Soirée entre filles ou presque.

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Lorsque je rentre, Joen est là, assise sur son lit, les yeux dans le vide, une larme solitaire dévalant lentement sa joue. Je laisse tomber mon sac au sol, ce seul bruit la fait sursauter, elle efface la marque de tristesse de son visage et reprend son masque de bonne humeur. Pour peu son changement radical d'humeur me ferait presque penser que j'ai rêver sa mélancolie.

– Ma puce ! Je t'attendais. Je ne bosse pas ce soir et je me suis dit qu'on pourrait faire une soirée entre fille. J'ai acheté des pop corn et commandé des pizzas.

J'acquiesce avec un léger sourire et ôte mes chaussures.

– Allez raconte-moi ta journée.

Je la fixe un moment, ne sachant que lui dire. Elle me fait une place sur son lit comme une invitation à me livrer. Je la rejoins, m'adosse au mur et expire tout l'air contenu dans mes poumons. 

– Il y en a tant que ça ? me demande t-elle  en se frottant les mains. 

Je ris devant sa mine de petite fille et finis par acquiescer. Je lui déballe tout, mon cours de troisième année, ma proximité avec John, ses avances et surtout je lui parle de Loghan pour la première fois. Je lui raconte tout, depuis notre rencontre près de l'eau, jusqu'à aujourd'hui. Elle m'écoute silencieusement, parfois son expression devient grave, inquiète, triste, d'autres, plus joyeuses, son sourire arrive même à adoucir ma peine.

– Je suis perdue Joen. Qu'en penses-tu?

– Déjà, je tiens à te dire que c'est un connard.

Je ne peux m'empêcher de froncer les sourcils même si je suis d'accord. Elle sourit de nouveau face à ma réaction. 

– C'est un connard amoureux de toi. 

Ma tête bouge frénétiquement de gauche à droite. 

– Non, tu te trompes. Il ne...

– Si il l'est, toi même tu m'as dit qu'il a réagi quand tu as dit ne pas avoir mangé et quand tu étais en cours de quatrième année.

– Oui mais pourquoi il...

– Parce que c'est un connard. Je suis désolée c'est comme ça. Ou alors il tient à te faire souffrir ou alors il te tient éloigner ou alors il a un truc horrible à cacher et ne veut pas t'impliquer ou te rendre complice ou alors c'est un espion au compte de la police et il ne peut pas tomber amoureux pendant une mission. 

J'éclate de rire devant l'absurdité de sa dernière supposition. Elle joue avec ses sourcils en les faisant monter et descendre rapidement.

– Je te laisse méditer la dessus.

Je pouffe une dernière fois avant de continuer :

– Bon, admettons qu'il soit un tant soit peu amoureux de moi. Que vais-je faire demain lorsque je le croiserais de nouveau ?

– Fais le ramer, rends le encore plus jaloux.

– C'est contre nature. Cela ne me ressemble pas de faire ce genre de chose. Aujourd'hui était une première fois et sera la dernière. J'ai l'impression de m'être fait prendre à mon propre jeu et j'ai horreur de cette situation.

Elle pousse un soupir que l'on pourrait croire rêveur.

– On se croirait dans un bouquin. J'aimerais vivre ce que tu as.

L'intonation de sa voix a changé dans sa dernière phrase. Son ton m'alerte, je m'assieds en tailleur face à elle. Elle fixe mon lit, les yeux dans le vague. J'attrape doucement sa main. Elle tourne la tête dans ma direction et mon cœur se serre face à ses yeux emprunt de souffrance pure.

– Et pourquoi, ne pourrais-tu pas vivre la même chose ? Enfin peut-être une histoire plus simple ?

Un Hector semble avoir élu domicile dans sa trachée, elle me répond d'une voix cassée.

– Je suis trop abîmée pour que ce genre de chose m'arrive.

La tristesse dans sa voix déteint sur moi, je ne sais pas quoi dire et je ne sais pas si je peux lui poser la question sans la détruire un peu plus. Je hoche la tête, compréhensive. Elle acquiesce à son tour, les larmes aux yeux.

– J'avais une sœur jumelle.

Ho mon dieu. Je suis horrible, mes états d'âmes me paraissent tellement minables face à l'horreur de sa situation.

– Et des parents.

Elle éclate en sanglots, je la serre instinctivement dans mes bras. Mes larmes accompagnent les siennes, c'est horrible. 

– J'ai tellement mal, Kiara.

J'aimerais tellement prendre une partie de sa douleur. Je ne sais pas ce qu'elle ressent exactement mais imaginer perdre ma mère m'est déjà insupportable, alors sa sœur jumelle, sa moitié, et ses deux parents. C'est inhumain, inconcevable, et finalement je crois qu'aucun mot ne peut décrire ce qu'elle ressent tellement cela doit être terrible et profond.

 Elle pleure ainsi pendant de longues minutes, peut-être même plus d'une heure. Au bout d'un moment, je nous allonge dans son lit. Maintenant, elle dort, recroquevillée contre moi. Sa main serre la mienne avec force comme si elle avait peur que je disparaisse. J'ai tellement mal pour elle. Nous n'avons pas mangé. Les pizzas posées sur son bureau sont froides, nous n'avons même pas allumer son ordinateur pour regarder un film. Je pense que ce n'est pas ce qu'elle avait imaginé comme soirée entre fille. Je me demande si elle a d'autres amies avec qui en parler. La blessure est-elle fraîche ?

Mon téléphone vibre dans ma poche arrière de jean me sortant de mes réflexions. Je l'attrape et le déverrouille.

Isaac : [Tu me manques mi Passeroto]

Moi : [A moi aussi, tu me manques]

Moi : [J'ai peu de cours demain, puis-je venir te chercher, et si tu veux, nous pourrions manger ensemble. ]

Isaac: [Avec plaisir, j'ai hâte de te serrer contre moi]

Isaac : [Je dois manger avec les gars demain, ça ne te dérange pas si nous mangeons avec eux ?]

Je souffle, jette un œil à mon amie et prends ma décision.

Moi : [Pas de soucis]

Isaac : [Il sera peut-être là]

Qu'il aille au diable avec ses humeurs contradictoires et incompréhensibles.

Moi : [Peu importe, j'ai envie de te voir et les autres aussi]

Moi: [Luke sera là ?]

Isaac : [Non.]

Dommage, j'aurais aimé le voir, son sourire et son insouciance apparente me manque un peu. D'autre chose me manque mais je m'interdis d'y penser. 

Isaac : [Je ne l'ai pas vu depuis la rentrée. Il me cache quelque chose :-(]

Moi : [Je suis désolée pour toi, j'espère ne pas être à l'origine de son départ :-(]

Isaac : [Ne t'inquiète pas pour ça et si c'est le cas, c'est un gros con.]

Moi : [ Isaac ! C'est ton ami.]

Isaac : [Tu es mon amie]

Isaac : [Bonne nuit,bella. A demain.]

Moi : [A demain,j'ai hâte]

Isaac : [:-)]

Je pose mon téléphone prés de ma tête, Le cœur en berne pour mes amis. Mes histoires ne sont peut-être finalement pas grand chose. La main de Joen toujours accrochée à la mienne a de l'importance, ma relation avec Loghan va devoir passer au second plan même si tout ce chaos qui s'est installé entre nous me fait mal, je dois relativiser et peut-être le laisser partir si tel est son choix. Pourquoi se faire souffrir sciemment ? Parce que l'on laisse la colère diriger nos sentiments et non l'amour. J'ai aimé le Lohgan de mes souvenirs, maintenant, est-ce que j'aime celui d'aujourd'hui ? et ses deux Loghan sont-ils si différents ? Dois-je abandonner ou me battre honnêtement ? C'est sur ses questions sans réponses que mes paupières se ferment. J'espère que la nuit pourra me les apporter.




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⏰ Dernière mise à jour : Apr 24, 2022 ⏰

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