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Assis en retrait, une bière fraîche en main, le regard pensif, Gary regarde Lalla assise dans le jardin avec leurs parents venus rendre visite.

Une question trotte encore et encore dans son esprit depuis qu'il a ramené Lalla et leur enfant à la maison.
La question de son père le hante depuis trois bonnes semaines.

En effet, que compte-t-il vraiment faire de Lalla ? Pourquoi la garde-t-il toujours chez lui alors qu'elle n'a plus besoin d'y rester ?
Mais il se sent tellement bien de les voir, elle et leur bébé, qui anime la maison par ses pleurs et les oblige à rester éveillés jusqu'au petit matin.
Il a comme l'impression de fonder la famille qu'il a toujours rêvé. Surveiller à tour de rôle l'enfant, tricher et dormir pendant que la mère se tape des heures supplémentaires, faire semblant de se rattraper en lui apportant son déjeuner...

— Pourquoi j'hésite autant ?

— De quoi ? — demande son père en arrivant vers lui, la mine rayonnante, heureux d'être papi.

— Rien. — répond Gary, l'esprit ailleurs.

Monsieur Byrne prend place près de lui. Gary ferme les yeux, essayant de recentrer son esprit.

— Un homme a le droit de pardonner l'infidélité de son épouse.

— Je le sais.

— Alors pourquoi hésites-tu ?

— Papa, tu sembles oublier avec qui elle m'a trompé ! Tu crois que je peux vraiment faire l'aveugle là-dessus ? Si ça avait été avec un autre que lui, cette histoire serait déjà classée, et je ne serais pas là à me poser toutes ces questions. Mais dès que j'envisage de recoller les morceaux, je les revois, eux deux ! Comment suis-je censé faire abstraction de ça ?

— Je ne sais pas. Franchement, j'en ai aucune idée. Mais prends la décision qui te rendra heureux.

— J'ignore laquelle me rendra heureux, papa. Je suis à deux doigts de finir en hôpital psychiatrique.

— Pourquoi ne pas quitter le pays un moment ?

— J'ai un nouveau-né, je ne peux pas laisser Lalla s'en charger toute seule ! Elle doit se reposer, je ne peux pas la surcharger.

— Alors partez tous les trois.

— Tous les trois ?

— Oui. Toi, elle et le bébé.

— Non... j'en vois pas l'utilité. Pourquoi faire ?

— Pour voir si vous pouvez repartir sur de nouvelles bases tous les deux. Ça me chagrine de te voir aussi triste, et ça m'énerve de te voir gâcher ton bonheur à cause de l'idiotie de ton frère.

— C'est tellement compliqué... — dit-il en se redressant. Il est complètement perdu et ne sait plus quoi faire. Même le travail ne parvient plus à lui changer les idées.

Il est crevé à force de cogiter, et cela a un impact considérable sur son rendement depuis quelque temps.

— Il me faut des vacances. J'ai besoin de vacances. — dit-il en regardant son père, qui acquiesce.

— Oui. Va te ressourcer, et reviens revigoré. Peu importe ta décision, sache que ta mère et moi te soutiendrons. Rien de ce que tu feras ne nous décevra. — dit son père en lui touchant affectueusement l'épaule.

— Merci, papa... Mais tu me trouves idiot d'aimer encore une personne qui m'a trahi, pas vrai ?

— Et pourquoi je penserais ça ? Tu sais, c'est une vieille histoire, mais ta mère m'a trompé avec un ami d'enfance, avant ta naissance. Je l'ai très mal vécu. À cette époque, j'étais obnubilé par le travail, je la délaissais énormément. Il suffit qu'on leur donne moins d'attention pour que certaines femmes fléchissent émotionnellement.

— Maman ? Vraiment ?

— Oui. On était de jeunes mariés. Elle était pleine de vie, moi plein d'ambition. Je n'accordais pas de temps aux loisirs. Lui, il était jeune, ambitieux, et toujours disponible pour elle. Il répondait présent à chaque fois. Je me sentais rassuré qu'elle ait un ami pour combler sa solitude... mais jamais je n'aurais cru qu'elle développerait des sentiments pour lui.

— Comment l'as-tu su ?

— Elle me l'a avoué un soir, dans notre chambre. Et c'est là qu'elle m'a demandé le divorce, disant qu'elle n'était pas heureuse. Elle m'a dit, je cite : *« Je croyais que l'amour que je te portais était infaillible. J'ai cru pouvoir supporter ton absence, attendre que tu atteignes tes objectifs. Mais on est à peine à trois ans de mariage, et je me sens comme un meuble. Je veux divorcer. Je ne peux pas vivre ainsi. Je développe des sentiments pour lui. »* Quand elle m'a dit ça, je n'avais qu'une seule idée : ne pas la perdre.

— Et vous avez pu vraiment passer à autre chose ?

— Oui. Elle m'a dit qu'elle ne voulait pas détruire complètement ses sentiments pour moi, qu'elle était désolée, mais qu'elle voulait essayer avec lui. Alors je lui ai demandé une autre chance. J'ai promis de changer, à condition qu'elle coupe les ponts avec cet homme.

— Et ?

— Elle a accepté. Et voilà où nous en sommes aujourd'hui.

— Tu n'as pas douté qu'elle recommencerait ?

— Non. Ta mère a toujours su ce qu'elle voulait, et elle ne cachait jamais ses intentions.

— Elle s'est sentie coupable ? Parce que d'après ce que tu racontes, on dirait qu'elle n'avait pas de regrets...

— Oh si ! Elle était désolée de me faire subir ça, mais elle pensait sincèrement que notre mariage la ferait souffrir. Je lui ai prouvé le contraire. Et je me suis appliqué à la rendre accro à moi. J'en suis fier ! — dit-il en levant fièrement le menton.

— Sérieusement, papa... Comment as-tu pu lui refaire confiance ?

— Mon instinct. Je savais qu'elle ne me referait pas le coup une seconde fois.

— Ça me fait bizarre d'entendre cette histoire. J'ai vu maman te couvrir d'éloges, recadrer des hommes qui la draguaient, poser des limites à ceux qui la flattaient... Ça me fait bizarre de l'imaginer infidèle.

— Et pourtant, j'ai failli laisser cette chance à un gêneur.

— Raah, pourquoi tu m'as raconté ça ? J'avais une image parfaite de vous !

— Un couple parfait, ça se construit. Ça se façonne, et ça apprend de ses erreurs. L'important, c'est de transformer les imperfections en perfections.

— Et si elle t'avait trompé avec ton frère ? Tu lui aurais pardonné ?

— Je ne sais pas. Mais me connaissant, je n'aurais jamais laissé un autre homme me voler mon épouse. Peu importe qui c'est, je me serais battu.

Gary laisse son regard se poser sur sa mère, qui sourit en tenant leur enfant. Elle semble heureuse — et il ne l'a jamais vue autrement.

Cette histoire de ses parents le bouleverse. Il réalise que personne n'est parfait.
Si son père n'avait pas pardonné à sa mère, ni lui ni Terence ne seraient nés. Ils n'auraient jamais connu la joie de vivre dans une famille heureuse et complice.

Le pardon peut tout changer, et il le sait.
Mais il ne se croit pas capable de tout reprendre avec Lalla. Si seulement elle l'avait trompé avec quelqu'un d'autre que Terence... En cet instant, elle serait dans ses bras.

— Je vais me coucher. — dit Gary, avant de quitter le jardin.

Insoutenable Désir  [ CORRIGÉE ]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant