EMMÉNAGEMENT

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Chapitre 10

Mes deux jours de convalescence furent ponctués de sieste ; Jin ; sieste ; Shorter ; Nadia ; sieste ; Jin et encore Jin. Je ne savais pas comment il s'était débrouillé mais il passait tant me voir que j'arrivais à ne plus savoir lorsqu'il était présent ou non. Une des infirmières - celle qui mange de la salade au poivre - m'avait donné l'accès au téléphone de l'accueil et j'avais réussi à contacter Tao qui n'en fut que trop heureux et lui comptai mes incroyables mésaventures. Il s'était moqué de moi avant de raccrocher, m'expliquant hilare, qu'il avait un client qui l'attendait et qu'on se reverrait bientôt. Curieux personnage.

Ash quant à lui n'était pas repassé. Je n'allais pas m'en plaindre car s'il s'était donné cette peine, je n'aurais pas eu le temps de dormir.

Il était quand même passé me chercher à l'hôpital avec la vieille moto de Shorter. Elle faisait des bruits étranges à chaque virage mais celui-ci l'aimait bien trop pour s'en séparer. Ash venait de me déposer chez moi et enfonça la porte pour m'y faire entrer. J'avais égaré les clefs lors de mon enlèvement. De toute façon je n'y remettrais probablement jamais les pieds donc à quoi bon perdre du temps à crocheter la serrure ? Après coup, il aurait probablement été plus simple de passer par une fenêtre. C'était d'ailleurs sûrement comme ça qu'Ash était allé chercher mes médocs (lui ou le type qu'il avait envoyé à sa place).

Je ne m'attardai pas sur les pièces principales de la maison, traçant un chemin partant du hall d'entrée jusqu'à ma chambre. Elle n'avait pas bougé. Enfin presque. Mes médicaments avaient disparu mais je savais où ils étaient donc je me contentai de prendre quelques affaires, les mettre dans un sac puis partir. Mes bagages se limitèrent au minimum vestimentaire, le flingue que Ash m'avait ''fait gagner'', d'autres médocs au cas où, quelques livres - beaucoup - et une glace à la vanille. J'adorais les glaces à la vanille (ça, le poulet frit, le lait et le thé). Ash me dévisagea en train de la sortir du congélateur.

« Quoi ? » lui demandai-je.

Il leva les yeux au ciel, poussa un long soupir exaspéré et se dirigea vers la sortie. Je l'exaspérais souvent, c'était dégradant. Surtout venant d'un type qui a une peur bleue des citrouilles.

« T'en voulais une ? Fallait demander, ça ne me dérange pas tu sais.
_ Arrête de faire l'enfant ! dit-il en me prenant la glace des mains pour l'engloutir.
_ Tu veux vraiment mourir ? Je vais te la foutre dans le cul tu vas voir ! le menaçai-je en allant chercher le paquet cette fois.
_ T'es jamais dans l'excès toi.
_ L'excès est, par définition, un dépassement de la mesure normale. Comme ni toi ni moi n'est capable de définir précisément ce qu'est la normalité : non je ne suis jamais dans l'excès. » lui expliquai-je fier de ma réponse.

Il s'était contenté d'hocher la tête tout en méditant sur la réponse que je venais de lui fournir. Il finit par monter sur la moto. Il me fit signe de le suivre, jeta le bâtonnet de glace qu'il mâchouillait et nous nous rendîmes au Lynx.

Le bar était quasiment vide. Seuls trois hommes accompagnés d'une femme se tenaient assis à une table dans un coin. C'était l'endroit le moins fréquenté par la gent féminine que je n'avais jamais vu. C'était bien dommage, cette bande de barbares analphabètes plus stupides les uns que les autres auraient beaucoup à apprendre d'elles. Ils saluèrent Ash qui les salua à son tour. Et bien évidemment, il y avait également le barman. C'était un homme à la peau très noir, chauve et extrêmement volumineux, massif. S'il avait enlevé son t-shirt et qu'il s'était placé à côté d'une armoire, n'importe qui aurait pu les confondre. Il ressemblait davantage à un videur ou un garde du corps qu'à un barman. Et bon Dieu qu'il avait l'air con. Lorsqu'il nous vit, il salua Ash, me dévisagea longuement avant de me reconnaître et me saluer à mon tour. Faisant semblant de ne pas l'avoir vu, je l'ignorais.

Cats Street [mxm]Des histoires addictives. Découvrez maintenant