Chapitre 22

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OVERDOSE

Avez-vous déjà fait une overdose quelconque? Overdose de sucre - vous êtes surexcité pendant un temps puis finissez par vomir, dans ce qui était 20 minutes plus tôt une boîte joliment ornée plaine de bonbons à la fraise, les bonbons en question ? Overdose de Doliprane - vous êtes en boule dans votre lit et sentez votre ventre se tordre de douleur, les crampes sont telles que l'idée vous vient que votre estomac s'est rompu et que l'intégralité de l'acide qu'il contenait se vide dans votre ventre, faisant fondre les organes restant avant de vomir par réflex corporels le surplus de médicaments dans votre organisme ? Overdose de chocolat - vous êtes affalé dans votre canapé, les doigts et les coins de votre bouche d'un marron luisant, vous avez cette sensation huileuse dans la bouche, les effets aphrodisiaques de la friandise vous donnent l'impression d'être amoureux de la personne la plus proche de vous et, inévitablement, vous finissez par courir jusqu'au lavabo ou toilettes le plus proche pour l'y expulser ?

Si oui, alors vous avez une infime idée de ce que j'ai vécu il y a environ trois mois, peut-être moins. J'avais cette cruelle impression d'être seulement un chiffre dans la Matrix, un deux de pique dans un paquet de 52 cartes. Les informations fusaient dans ma tête à une telle vitesse que j'en avais du mal à respirer. J'avais alors pris mes médicaments, sauf que j'avais commis l'erreur de les mélanger en ignorant les doses prescrites. Je m'étais retrouvé en boule dans une baignoire à divaguer. Je sentais tout tourner autour de moi. Mon cœur battait plus lentement que jamais et mes oreilles bourdonnaient. Mon bras saignait tant je l'avais pincé pour ne pas m'endormir. Si jamais je flanchais, je risquais de ne jamais me réveiller. En soit, ça ne m'aurait pas dérangé, d'ailleurs il était probable que j'avais inconsciemment fait exprès de mélanger les mauvais médicaments. Mais par principe, je voulais tout donner pour ne pas crever.

Je m'étais finalement réveillé quelques heures (peut être des jours) plus tard. De la bille mélangée aux restes des médicaments sortait de ma bouche. Je m'étais endormie sur le côté et avait donc pu faire sortir cette sorte de vomi blanchâtre de ma bouche plutôt que de me noyer dedans comme le faisaient souvent les junkies après un surdosage de leurs substances favorites. J'avais alors allumé l'eau froide et m'étais rendormi en imaginant que cette douche glacée était de la pluie et que tout allait bientôt s'arranger.


C'était la première fois depuis aujourd'hui que je m'étais senti aussi misérable. Ash s'était accroupi, moi enfoui au creux de ses bras. D'une main il m'enlaçait tandis que l'autre caressait mes cheveux encore et toujours en bataille. C'était agréable, vraiment agréable. J'avais collé ma tête contre ton torse tiède et pouvais y entendre son cœur battre d'un rythme puissant et régulier. Bien que mes pleurs refusaient de cesser, Ash était parvenue tant bien que mal à me calmer. Je lui avais raconté les raisons de son chagrin et au lieu de me tourner au ridicule comme je l'aurais cru, il s'était contenté de me rassurer avec des paroles apaisantes qu'il ne croyait sans doute pas lui-même. Mais au moins, j'allais mieux.

Aussi loin que je me souvienne, je n'avais encore jamais ressenti ce qui se passait au fond de moi en cet instant. D'ailleurs, je ne pense pas avoir déjà été aussi proche de quelqu'un. Certes, il y avait Tao, mais ce n'était pas pareil. Tao, c'était d'avantage du sexe et la plus belle amitié que le monde ait créé que... Je ne saurais dire ce que c'était. J'avais moralement besoin de Tao, c'était indéniable. Mais j'avais le sentiment étrange que c'était bien plus pour Ash, que j'avais besoin de lui non pour vivre, mais pour exister. Il avait légèrement descendu sa main qui caressait ma nuque à présent. Ce geste me fit frissonner. Une telle caresse de la part d'Ash était pour le moins étonnante. Je ne me rappelais pas en avoir déjà eu de telles au cours de ma vie, peut être car je n'en avais encore jamais ressenti le besoin. Et même si j'en avais crevé d'envie, je me les serais refusé. Je voulais me savoir capable de vivre sans l'aide d'autrui. Evidemment, ç'aurait été un mensonge. Je m'en rendais compte à présent. Je me demandais si Ash avait déjà eu affaire à ce genre de situation, j'avais l'impression qu'il savait exactement quoi faire, quoi dire, comment le dire et sûrement quels sujets il était pour l'instant favorable d'éviter.

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