Chapitre 18

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LE PROSTITUÉ

Ash s'était endormi. Je le savais aux petits bruits qu'il faisait lorsqu'il atteignait le stade de somnolence qui précédait généralement le sommeil. Il me tournait le dos, mais je pouvais voir ses omoplates bouger au rythme de sa respiration.

J'avais longuement réfléchi et avais décidé d'oublier ce qu'il venait de se passer. Je ne considérais pas le fait d'embrasser quelqu'un comme un acte d'amour, d'attirance sexuelle ou autre. Ma considération de la chose variait selon la personne que j'embrassais _ qui m'embrassait _ et du point de vue de celle-ci. Pour Tao c'était une forme de ponctuation ou un tic de langage comme "du coup". Pour Nath, c'était sans nul doute un appel au sexe, mais pour Ash... Il n'était pas comme eux. Plus que ça, il n'avait rien à voir. Il était mature, réfléchi, intelligent et - santa mierda – indéchiffrable comme personne, à part père, ne l'était.

J'étais allongé dans mon lit, les mains entrelacées derrière ma tête. Mes yeux voyaient floue et j'étais dans un état semblable à une transe ou un bad trip. Le plafond tournait au-dessus de ma tête mais dès que je m'assoupissais, ma tête me lançait et la douleur me ramenait à la réalité : Nadia était morte, Shorter avait été tué par la personne juste à côté de moi et Ash (alias l'une des deux seules personnes qu'il me reste en ce monde) avait potentiellement perdu la tête. Me le rappelait me serrait le cœur avec une telle force que par moments l'air ne parvenait plus à entrer dans mes poumons et je me sentais partir. Le réveil n'avait encore jamais été aussi dur. Sauf peut-être la fois où j'avais volé la Fire Bird de mon père pour finalement finir dans un ravin lors d'un voyage d'affaire au Texas : une jambe cassée, un bras dans le plâtre et l'autre dans une attelle, l'arcade et ma lèvre inferieure ouvertes, trois cotes fêlées et deux doigts que je _ pour votre bien _ ne décrirais pas.

Quelqu'un toqua doucement à la porte de verre, je me relevais à la vitesse de la lumière. C'était Laurent qui vérifiait qu'il n'avait pas réveillé Ash. Je fis de même. Épuisé par les nombreuses mutilations de la journée, il était plus endormi qu'un mort – un de plus sin originalidad. Je me levais rejoindre Laurent. Il se forçait à sourire, sans doute avait-il assisté à la fin tragique de Shorter. Au moins il faisait l'effort de feindre une prétendue ignorance légèrement déplacée. Il posa son arme contre la porte et fouilla dans ses poches et en sortie un petit cachet blanc qu'il me fit passer dans les trous d'aération de la vitre fière de lui. Je pris mon verre d'eau toujours plein et avalai mon aspirine d'une traite. Apres avoir vidé mon verre l'idée que ce cachet pouvait être tout et n'importe quoi me vint à l'esprit mais comme je n'étais plus franchement a ça près, ne fis aucune remarque.

« Toi, je te jure que dès que je sors d'ici je me charge de ton cas et proprement.» lui promis-je.

Il se mit à rire et s'appuya contre la vitre. Si quelqu'un arrivait et le voyait désarmé, épaule contre la porte et en train de rire avec le détenu qu'il était supposé surveiller, il allait se faire virer.

« T'es mignon gamin mais pas franchement mon genre, je les préfère plus... féminines.»

Il avait sorti une photo de sa poche qui le montrait lui en tenue d'été avec à ses côtés une jeune femme rousses en robe verte. Objectivement elle était très belle. Il la regarda quelques secondes d'un regard rêveur puis la rangea dans sa poche.

« Je comprends, je comprends. Vous allez bien ensemble.
- Oui, on nous le dit souvent.»

Je n'avais rien à répondre à ça et de toute façon, un peu de calme ne pouvait me faire que du bien. Ce n'était pas son cas. Laurent semblait mal à l'aise.

« Je ne savais pas, déclara-t-il.
- De quoi tu parles ?
- Tu le sais très bien, ne me force pas à le dire s'il te plait. Je n'ai pas un haut grade, ils ne me disent rien. Si j'avais su je...
- Tu n'aurais rien fait et tu le sais. Mais je ne t'en veux pas, à ta place je ne me serais même pas adressé la parole. Et tu m'as apporté une aspirine.
- Tu parles d'un bon saint Maritain, souffla-t-il. Je ne pense pas que ton copain en penserait la même chose, il m'aurait probablement déjà tué, déclara Laurent une pointe de méfiance dans le regard.
- Sûrement oui. Mais je ne suis pas lui. Notre rencontre était un miracle _ ou peut être plus une malédiction supplémentaire _ donc qu'on se ressemble... Non même pas en rêve. » affirmais-je catégorique.

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