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— Ainsi, j’ai décidé que ma place était là-bas.

Auriane venait de raconter le périple de sa vie aux trois paires d’oreilles attentives qui buvaient son récit. Elle avait parlé brièvement de son enfance riche et terne à Adara, de la manière dont elle avait fui la pression sociale de son entourage pour parcourir le monde en quête d’aventure et de passion. Elle était passée sur certains séjours marquants de sa formation de maîtresse d’armes, assurée du début à la fin par sa mentor, son modèle de vie.

Elle avait évoqué leur rude séparation après des années de voyages et d’action non sans un trait d’émotion dans sa voix, puis elle avait souri en parlant de ses élèves, dévoués à la couronne plus qu’à leur propre vie. La couronne et le sang royal. Esol avait tiqué à ces mots, mais il avait tâché de se concentrer sur le plus important : Auriane Ovena était la perle rare qu’il cherchait, et ses élèves de Sarin seraient sauvés de leur train de vie habituel en venant jusqu’au château.

Jihal posa la pointe de son couteau dans son assiette. Cela faisait deux heures qu’ils avaient commencé le repas, et même si ce dernier était conclu depuis un moment déjà, ils n’avaient pas bougé d’un pouce.

— Excusez ma curiosité, se permit le second Anhli. Vous ne nous avez pas parlé de votre cicatrice ?

Auriane passa un doigt sur sa joue meurtrie, le sourire aux lèvres.

— Vous imaginez un combat, ou un événement traumatisant au moins. La vérité est bien loin de toutes mes épopées. Un élève a donné un mauvais coup d’épée que je n’ai su anticiper, et voilà le résultat. Je pensais la blessure moins profonde, mais elle l’était assez pour ne pas disparaître en cicatrisant. C’est un bon souvenir qui restera gravé sur moi.

— Bon ? s’enquit le roi.

— C’est le bon choix de mot, Sire, avoua-t-elle fièrement. Les jeunes doivent apprendre, et cette voie qu’ils choisissent grandit en eux dans les erreurs les plus rudes à assumer.

— Intéressant.

— Vous ne cessez de le dire.

— Parce que je le pense.

— Voudriez-vous dire que j’ai mes chances à votre service ?

Esol fit mine de réfléchir. Il but une gorgée d’eau et jaugea ses trois invités du regard. Les deux seconds acquiesçaient sans un geste la moindre de ses pensées sans même les entendre, tandis que la femme qui attendait sa réponse avait déjà tout compris.

— Parlez-nous un peu plus de vos élèves, ajouta-t-il cependant avant de confirmer son idée. Combien sont-ils, peuvent-ils venir jusqu’ici, et qu’est-ce qui les motive autant que vous ?

— Pour faire court, ils sont seize, âgés de treize à dix-sept ans, formés depuis l’âge de huit ans environ à devenir l’élite de l’armée du roi. Ils sont fidèles au sang sous la couronne et dévoués dans leur mission. Leur objectif est de se démarquer parce qu’ils le savent, la vie ne gâte pas les plus méritants mais elle récompense ceux qui se battent pour ce qu’ils veulent vraiment. Evidemment qu’ils sont tous prêts à venir jusqu’ici.

Esol hocha la tête sans rien ajouter. Il avait pris sa décision, et il devait renvoyer des gens chez eux avant qu’ils ne prennent la peine de se présenter devant lui pour rien. C’était cruel, mais il pensait que ce le serait davantage de les faire espérer une place dans un château qui avait déjà trouvé sa salvatrice.

Il décida de laisser patienter Auriane dans la salle à manger pendant qu’il discutait avec les seconds à ses côtés sur le chemin pour le trône.

— Nous sommes d’accord ?

FallenOù les histoires vivent. Découvrez maintenant