Je marche vers mon bâtiment, je veux voir Abdu. Je suis fatiguée. En arrivant devant la grande tour, je vois les gardients du bâtiments, les teneurs de mur. Je cherche Abdu du regard mais personne en vue. Je salue les garçons du regard avant de faire demi-tour vers le bâtiment d'Abdu, une tour plus loin. Ils ont l'habitude de me voir monter chez lui. Je crois qu'inconsciemment tout le monde sait que je suis une putain de dépressive. On est tous un peu comme ça ici, on se reconnait, on se comprends. Mais personne ne parle de ça. C'est comme un tabou, un truc de faible. On le cache, jusqu'à ce que quelqu'un saute le pas.
Vous croyez que tous les jeunes qui passent leurs journées à côtoyer la rue. À rien faire à part dormir, dormir, boire, fumer, vendre la mort, dormir, fumer. Vous croyez que c'est quoi selon vous ? Dormir pour oublier sa vie de merde c'est pas être paresseux. Enfin pas toujours. Beaucoup cachent leurs souffrances derrière ce mode de vie. Personne n'aime vraiment cette vie là. J'en suis profondément convaincue. Mais Allah y chafik. Chacun fait avec ses moyens.
Je monte les escaliers en courant avant de sonner à sa porte. J'attends quelques secondes avant de le voir sortir sur le palier.
- Il fait tard Alyah tu fous quoi dehors ?
Sur le coup, je n'ai pas su quoi répondre, qu'est ce que je fous là. Ouais c'est ça la question. Il m'a regardé de haut en bas. Je dois faire pitié avec mes yeux larmoyants. Il a soufflé en m'intimant de rentrer sans parler.
- Va t'asseoir au salon, j'arrive.
Je m'assoies et j'attend qu'il revienne avec un verre d'eau.
- Tiens. Qu'est ce que t'as ?
Mes larmes ont coulés toute seules. A ce moment là je me suis rendu compte que j'étais à bout. J'ai fait semblant pendant tellement longtemps que je me suis effondrée.
- Je suis fatiguée Abdu, j'y arrive plus.
- Qu'est ce que je t'ai toujours dis ? Arrête de dire ça.
- Je sais, je sais mais j'en peux plus. J'ai tout perdu dans ma vie. J'ai plus personne.
- Arrêtes de pleurer ça va al-
Nan nan tu comprends pas, je dors plus. Je fais des cauchemars tous les soirs. Je m'en sortirais jamais. Jamais je me relèverais. Chaque jour qui passe je me déteste encore plus et à chaque fois que je me regarde dans le miroir je me dégoute. Chaque centimètre de ma peau, chaque recoin de mon âme est marquée par toute cette merde qui m'est tombé dessus et je pourrais jamais l'oublier. JAMAIS. Je le coupe à bout de souffle.
- Viens là, viens
Il m'a pris dans ses bras et il m'a serré fort, très fort. Je me suis senti apaisée mais ma douleur ne s'est pas dissipée pour autant, elle est restée là comme un poignard dans le coeur.
POV ABDU
-Viens là, viens je lui dis en ouvrant mes bras.
Elle se jette dans mes bras, sans rien ajouter de plus. Son corps tremble entre mes mains et ses larmes mouillent mon t-shirt. Je lui caresse le dos pour essayer de la calmer, mais ses pleurs redoublent d'intensité. Elle tient fortement mon haut, elle le serre entre ses poings. Elle s'accroche à moi comme à une bouet dans la mer. Quand je pense à tout ce qu'elle a vécu, tout ce qu'elle a pu traverser, j'ai mal au coeur. J'ai pris cette petite comme ma fille. Et pourtant, la première fois que je l'ai vu elle souriait. Elle a toujours montré sa bonne humeur, elle a aidé tout le monde, les mères, les jeunes, les enfants et bien plus. Je lui caresse les cheveux pendant un moment avant de l'entendre chuchoter « je tiendrais pas ».
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Destin
RomanceAlyah a vécu toute son enfance entourée de son grand frère et du meilleur ami de celui-ci. Une enfance bercée par les vices et la cruauté de l'humain. Entre ombre et lumière elle profite tant bien que mal de la vie dans sa petite banlieue. Mais il a...
