froid

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Son souffle contre mon visage me brûle plus que je ne l'aurais cru possible. Le temps semble suspendu, comme si la pièce retenait son souffle avec moi. Ses doigts serrent ma main, fermement, sans brutalité, mais assez pour m'empêcher de fuir immédiatement.

Je sens son regard peser sur moi, insistant, mais pas envahissant. Il ne cherche pas à m'enfermer, seulement à me retenir dans ce moment que je m'efforce de nier. Mon cœur bat trop fort, beaucoup trop fort.

Je finis par retirer ma main doucement, presque à contrecœur.
— Je... je devrais y aller, dis-je dans un souffle, la voix à peine audible.

Amine ne répond pas tout de suite. Il me fixe, comme s'il voulait graver cet instant avant qu'il ne s'éteigne.


— D'accord, murmure-t-il simplement.

Je me redresse aussitôt, fuyant ses yeux pour protéger mon coeur vacillant. Simba entrouvre une paupière, m'observe un instant avant de replonger dans son sommeil. Amine passe machinalement une main sur son dos; son petit corps frissonne, se détend, comme s'il avait trouvé refuge là.

J'attrape mon manteau, mes clés, et me dirige vers la porte. Mais avant que je n'aie le temps de poser la main sur la poignée, je sens sa présence derrière moi, trop proche pour être anodine.

— Attends, je te raccompagne.

Je secoue la tête sans me retourner.


— Non, c'est bon, ne t'inquiète pas.

— Il fait nuit, Alyah. Laisse-moi au moins descendre avec toi, jusqu'en bas du bâtiment.

Alors seulement, je pivote vers lui. Nos regards se croisent, et cette tension qui me ronge depuis des semaines se resserre comme un étau. Ses yeux cherchent les miens, insistent, et je sens mes barrières ployer dangereusement.

— S'il te plaît... je souffle à peine, ma voix comme un secret que je n'ose confier qu'à lui.

Mes mains se posent sur son torse, presque malgré moi, comme pour l'arrêter, comme pour me protéger. Mais sous mes doigts, je sens son cœur cogner plus fort, battre à l'unisson avec le mien.

Je retire mes mains aussitôt, comme si sa chaleur venait de me brûler.

S'il te plait, Amine. J'ai juste besoin de souffler, de réfléchir.

Sa main se pose sur mon visage et comme par habitude, ses doigts parcourent le long de mon menton à la naissance de mon cou. Ma respiration se coupe, elle devient presque halletante.

Je ferme les yeux une seconde, juste une petite seconde, mais mes paupières sont lourdes, bien trop lourde. Tout mon corps réclame sa présence. Mais ma raison hurle de ne pas franchir cette limite. Pas maintenant. Pas comme ça.

Je recule brusquement d'un pas, rompant le contact. L'air froid du couloir me frappe aussitôt, cruel contraste avec la chaleur qu'il laissait sur ma peau.

— Je... je dois y aller, dis-je, la voix tremblante.

Amine reste immobile, la main encore suspendue comme si le geste n'avait pas eu le temps de s'éteindre. Ses lèvres s'entrouvrent, mais il se ravise, se contente d'un hochement lent.

Sans un mot de plus, je me glisse dehors. Le battement de mon cœur résonne encore dans mes oreilles, comme s'il voulait me rappeler ce que j'essaie d'oublier.

Dans le couloir désert, le silence m'engloutit.

Et cette fois, ce n'est pas lui, c'est moi. C'est moi qui fuis.

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⏰ Dernière mise à jour : Sep 21, 2025 ⏰

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