Bon, je pense qu'on va y aller, nous, annonce finalement Morad dans mon dos, en passant la tête dans l'encadrement de la cuisine.
— Ok, je lui réponds en déposant les assiettes sur le plan de travail.
Je lui adresse un sourire avant de retourner à ma tâche. Il reste là quelques secondes, immobile, comme s'il étudiait chacun de mes gestes.
— Tu restes encore un peu ou on te raccompagne ?
— Je vais rester encore un peu, merci Morad.
Il entre alors dans la cuisine et rabat doucement la porte derrière lui. Son regard se pose sur moi avec cette intensité propre aux grands frères, un mélange de bienveillance et de perspicacité, comme s'il cherchait à deviner ce que je cache au fond de moi.
Je m'éclaircis la gorge, un peu mal à l'aise.
— Morad ?
— Alyah ? répond-il sur le même ton.
— Oui ?
Le silence retombe. Je reprends le torchon que j'avais en main pour essuyer la vaisselle. Toute la soirée, j'ai été entourée des personnes qui comptaient pour mon frère. Pour la première fois depuis longtemps, j'ai réussi à mettre mon anxiété de côté. Maintenant que le calme revient, mes pensées reprennent leur place, lentement, au rythme du tissu qui glisse sur les verres.
Un petit rire discret m'arrache à ma bulle.
Je fronce les sourcils, cherchant la raison de son amusement.
— Ça faisait longtemps que je ne t'avais pas vue discuter en silence avec toi-même, dit-il avec un sourire en coin.
Je hausse les épaules. Sa remarque me rappelle immédiatement Ibrahim. Lui et Morad se moquaient souvent de moi, de ces moments où mes lèvres bougeaient toutes seules pour suivre le fil de mes pensées.
— Ça fait du bien de t'avoir auprès de nous, Alyah.
— Hmm... j'avais besoin de prendre du recul, je murmure.
Il acquiesce lentement.
— Je comprends. Et je suis heureux de te voir entourée aujourd'hui... ça me rassure.
Je baisse les yeux, un peu troublée par la sincérité de sa voix.
— On dirait que certaines choses reviennent, poursuit-il, même des habitudes qu'on croyait perdues.
Je le regarde, sans comprendre.
— Des sourires un peu plus présents...
Je secoue la tête.
— Tu te fais des idées.
— Peut-être... mais permet moi de douter de ta sincérité.
Je détourne le regard.
— Hmm ?
Il secoue doucement la tête.
— Ce qui m'inquiéterait, c'est que tu oublies de penser à toi. Même les intentions les plus sincères peuvent parfois blesser, sans le vouloir.
Mes joues s'échauffent et je reste silencieuse. Peut-être trop longtemps, car il reprend :
— Je sais que je ne suis pas de votre génération, Alyah. Mais j'ai eu votre âge, et je sais ce que je vois. Tu as travaillé dur pour remettre ta santé en priorité. N'abandonne pas tout pour quelque chose... ou quelqu'un... qui n'en vaudrait pas la peine. Faites les choses bien, et dans le bon ordre.
Ma gorge se noue. J'acquiesce en silence, consciente qu'il essaie de me conseiller comme Ibrahim l'aurait fait.
Il pose une main réconfortante sur mon épaule, accroche mon regard.
— Ne t'éloigne pas trop de nous, d'accord ? dit-il doucement.
Je hoche la tête et lui souris. Il passe sa main dans mes cheveux, les ébouriffe comme autrefois. Un geste si familier qu'il déclenche un rire sincère, mêlé à une vague de nostalgie.
— Allez... c'est tout ce qui compte, souffle-t-il. Viens, on ne va pas les laisser s'interroger trop longtemps.
POV MORAD
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Destin
RomanceAlyah a vécu toute son enfance entourée de son grand frère et du meilleur ami de celui-ci. Une enfance bercée par les vices et la cruauté de l'humain. Entre ombre et lumière elle profite tant bien que mal de la vie dans sa petite banlieue. Mais il a...
