deuil

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En bas de la résidence de Marie, les filles ricanent autour de moi. Natalie a posé sa tête sur mon épaule. Adossée contre ma voiture, je l'observe s'esclaffer en se moquant de Hawa. Comme dans une bulle, mon coeur se gonfle d'une émotion que je n'avais pas ressenti depuis longtemps, une sorte d'excitation mêlée à un sentiment de tendresse. La fumée de la cigarette d'Aya me fait légèrement froncer le bout du nez. L'odeur emplit mes narines et quelques souvenirs me reviennent en tête. Ibrahim fumait. Une mauvaise habitude que j'ai tant détesté mais qui aujourd'hui, me manque. Pas tant dans le geste mais dans tous les souvenirs olfactifs qu'il m'en reste. Je déglutis difficilement quand un nuage de fumée me frappe le visage. Je tourne la tête brusquement vers Aya et la vois m'observer un sourire narquois sur les lèvres.

Elle est tellement pétillante et pourtant, parfois, seulement parfois, ses mots et ses yeux ne brillent pas aussi fort que son sourire. Tout en elle parait paradoxal. 

Elle s'approche de moi et écrase sa cigarette au sol. Elle repousse Natalie et me prends par les épaules pour s'appuyer à mes cotés sur la portière de la voiture.

- Hey, s'écrit Natalie en ricanant dans mon dos

Je m'esclaffe et tapote son épaule tendrement avant de me retourner vers Aya.

Aya m'observe depuis un moment et je sais que quelque chose se trame dans sa tête. 

- Quoi ? Je lui dis finalement

- Tu sais, quand je suis rentrée chez moi, le soir où on s'est rencontré, je n'ai fait que penser à toi. 

Je fronce violemment les sourcils. Et elle se met à rire franchement.

- Mais pas comme ça ! elle s'écrit. J'ai l'impression de te connaitre, de t'avoir déjà parlé ou même juste croisé. Elle me dit

Je réfléchis et l'observe un peu plus,  je scrute son visage, et ses traits me semblent tout à coup si familiers.

- T'as déjà travaillé dans un magasin de vêtement ou de maquillage ? Elle me demande

Je nie en secouant la tête. Elle se mordille légèrement la lèvre supérieure et ses poings se posent sur ses hanches.

- T'as déjà fait du basket alors ?

- Jamais, je lui réponds en souriant légèrement

Je cherche mais rien ne me vient.

- Oh, elle dit légèrement moins enthousiaste, les traits plus lourds.

- Umm ? Je lui demande intriguée

- Tu vas à la mosquée du 19 e pas vrai ?

Je hoche la tête, c'est vrai que j'ai beaucoup fréquenté cette mosquée pendant un moment.

Aucune des filles ne fait vraiment attention à nous, elles sont toutes concentrés sur leur débat. Dans notre coin, toute mon attention se porte sur Alyah.

- J'y allais beaucoup, il y a un ou deux ans mais je n'y vais plus du tout depuis un moment.

Les sourcils froncés, elle acquiesce seulement. Et toute l'aura lumineuse qu'elle avait disparait. Par mimétisme, je fronce les sourcils et ma main se pose sur son épaule.

- Mais pour- je commence quand elle me coupe

- Alyah, désolé, elle s'empresse de s'excuser, c'est quoi ton nom de famille ? Elle demande presque avec urgence

Je la regarde les yeux ronds, totalement déconcertée.

- Diarra, je lui réponds finalement

Un hoquet de surprise s'échappe de ses poumons, un voile noir recouvre ses yeux. Elle se tient la poitrine et appuie tout son poids sur le véhicule. Ses yeux se ferment mais ses paupière tremblement légèrement. Après quelques secondes elle reprend ses esprits et rouvre les yeux. Le regard vide, elle me sourit mais son sourire n'atteint pas ses yeux. Le regard luisant elle prend ma main dans la sienne et en caresse le dos.

DestinOù les histoires vivent. Découvrez maintenant