psychose

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PDV externe 

Ses petits pas claquent sur le sol froid du bâtiment au rythme cardiaque de cet homme. Chaque pas résonne dans sa tête et chaque minute qui passe, son cerveau se rappelle de ses yeux, de son visage mais surtout de son regard. Elle ne le voit pas, comme chaque fois...Mais pourtant, il la VOIS, il l'observe. Et c'est de la même manière qu'elle ignore sa présence, son existence qu'il se soucis de son absence.

Comme une ombre derrière son maître, il scrute ses faits et gestes.

En roulant une cigarette du bout des doigts, ses sourcils se froncent en observant les traits tirés de la jeune femme. Les yeux larmoyants et les joues rosies, elle s'empresse de s'enfouir dans les ténèbres. Alors comme si son esprit était lié à celui de la jeune femme, des frissons lui parcourent le corps et l'empêchent de détourner le regard. Bien plus qu'il n'a jamais voulu quelque chose dans sa vie, il désire effacer, essuyer, arracher toute la misère qui consume la jeune femme.

Cette scène pourtant si courte, qui ne s'apparente même pas à une rencontre ne l'empêchera pas de veiller tard la nuit. Dans son petit studio au dernier étage de la tour, la fumée embuant la pièce, il repense à son visage, à ses traits, à ses lèvres, à ses iris marrons et ce regard perçant qui illumine son visage. Mais parfois, parfois même, seulement quelques fois, il pense à son corps, à ses formes... Seulement parfois, il s'imagine la tenir dans ses bras et ces jours là, il se déteste autant qu'il l'AIME, qu'il en fait son obsession.

Aussi triste soit-elle, il souhaite la briser puis la ramener à la vie cherchant à prendre possession de son âme.

La première fois que ses yeux ont véritablement posé leur dévolue sur elle, la passion et la pointe d'excitation qu'il a ressentit a réveillé son attention, son obsession. Parce que la nuit même, il savait déjà qu'il poserait un jour, la main sur elle.

Un jour....

Les couteaux, les fourchettes, les cuillères à soupe, les cuillères à café alignées comment dans la cuisine d'un restaurant étoilé, le jeune homme replace de nouveau le couteau pour l'aligner parfaitement aux autres couverts. De retour, chez lui, il repense à cette femme qu'il désire. Chaque recoin de son appartement plié et rangé méticuleusement l'homme abrite sous son toit le secret d'une vie, la honte d'une génération...

Une nouvelle fois ses mains passent sous l'eau du robinet et le savon vient frotter violemment ses paumes. Comme pour expier son âme, il frotte, frotte, et frotte encore jusqu'à ce que cette sensation de satiété emplisse son estomac. Alors le calme revient dans sa tête et ses pensées s'ordonnent de nouveau.

Assis sur son canapé un bouquin à la main, il repense à ce qu'il a vu dans les yeux de cette femme lorsque leurs regards se sont croisés. La crainte, la peur et enfin le dégout. Pendant quelques secondes, il avait apprécié, presque adoré lire la frayeur dans ses yeux. Mais lorsque que sa bouille s'est tordu de douleur et que son expression s'est transformé en dégout puis en tristesse, le coeur du jeune homme a raté un battement et le plaisir qu'il avait ressentit quelques secondes plus tôt s'est transformé en terreur. En peur. En peur de devenir à son tour le démon de quelqu'un. Et pourtant, si contradictoire soit-il, il a éprouvé de du plaisir à la voir s'agiter. Alors il a voulu réparer son coeur et sécher ses larmes. Et au fond de lui, il sait. Il sait qu'il ne désire la réparer que pour la briser de nouveau de ses propres mains. En caressant la petite cicatrice au dessus de ses lèvres, ses yeux se referment et il aspire une longue respiration de sa cigarette. La douleur n'est plus là, et pourtant la fine peau de son visage est encore sensible parce que la violence restera à jamais encrée dans son corps, dans sa peau.

Cette nuit, quand le soleil s'est enfin couché, les cauchemars ont repris et les démons de minuit se sont réveillés pour envahir ses rêves. Une nuit après l'autre, son coeur s'est gonflé d'orgueil et de désir. Alors, son envie de la toucher au sens figuré du terme n'a fait qu'accroitre. Toucher son soeur, pour prendre possession de son âme.

Mais comment la réparer quand même l'amour n'y est pas parvenue ? 

DestinOù les histoires vivent. Découvrez maintenant