Graal se réveilla, seul, dans la maison abandonnée. « Eden ?! ». Pas de réponse. Il regarda aux alentours et trouva un petit mot. Elle s'excusait d'avoir dû partir mais promettait de le revoir ce soir en virtuel. Elle avait même précisé l'heure. Sûrement pour le rassurer. L'idée qu'ils allaient se revoir dans la soirée contrebalança un peu l'oppression de son absence. Il allait pouvoir lui montrer ce qu'il valait sur son terrain. Il se rhabilla pour affronter le froid et sortit rejoindre son appartement.
Une fois arrivé, il s'allongea sur son lit afin de retrouver les vestiges des sensations de la veille. Une nuit incroyable. Il ne pensait plus qu'à ça ; à elle. Eden. La revoir. Il se demandait ce qu'il pourrait bien faire en attendant.
Alpha ?... L'envie n'y était pas, bizarrement. Il essaya de travailler un peu, en vain. Il voulait juste revivre encore et encore son visage, son rire, son odeur, sa peau, son goût, sa chaleur...
Il lui fallut plusieurs heures avant qu'il ne se décide à faire autre chose. Il demanda à la Voix de lancer les actualités. Elles ne parlaient que du Grand Pop.
Le Grand Pop se montrait rarement mais à chaque apparition, il y en avait pour une bonne semaine de news, qui n'en étaient rapidement plus. Le Grand Pop, c'était l'actualité à lui tout seul. Du pain bénit pour tout journaliste, qui décortiquait méticuleusement chaque parcelle de ses phrases afin de satisfaire l'appétit insatiable d'un audimat friand, se noyant allègrement dans les moindres espoirs que les analystes laissaient entrevoir.
Le Grand Pop, c'était en quelque sorte, le Dieu tout puissant.
Il connaissait l'avenir de chaque monde. Il savait tout, sur tout, car tout venait de lui.
Avant d'être le sommet commun des pyramides, il avait été à la tête d'un studio de jeux vidéos emblématique et mondialement reconnu pour la qualité de ses produits : 4Real. En quelques années, 4Real était devenu une référence en la matière et tutoyait les plus grands. Après l'arrivée des Glocs, il concentra tous ses efforts sur la conception d'un jeu d'une simplicité et d'une addiction imparable : Baz!. Ce fut un tel succès que très rapidement, on ne vendit plus aucun Gloc sans que son fameux jeu ne soit fourni avec. Comme le disait le slogan, Baz! c'était la base.
Ce succès sans précédent lui permit d'obtenir un budget illimité pour créer un nouveau jeu. Le plus grand jeu qui soit : Alpha 0. La première version ne ressemblait en rien à l'actuelle, elle fut améliorée au fur et à mesure des nombreuses mises à jour. Néanmoins ce fut immédiatement la plus grande success story de toute l'histoire du jeu vidéo, ce qui revenait à dire, de toute l'histoire de l'humanité. Un succès tel que le Grand Pop fut instantanément considéré comme l'une des personnes les plus influentes de la planète. Tout le monde avait un Gloc chez lui ; et presque tout le monde s'en servait pour mener une deuxième vie dans Alpha.
L'entreprise qu'il avait fondée devint incontournable. Il se mit à racheter de nombreux autres studios et bientôt, tout ce qui était créé dans les mondes virtuels lui appartenait d'une manière ou d'une autre. Quelques années plus tard, il racheta même internet et ses infrastructures mondiales. Il ne s'arrêta pas là... Petit à petit, il racheta également toutes les sources d'électricité, puis toutes les sociétés qui construisaient des machines. Rachat après rachat, il se mit à étendre son empire sur l'ensemble du globe. Au final, toutes les entreprises finirent par se plier à son emprise. Soit elles lui appartenaient, soit elles travaillaient pour lui et donc, lui appartenaient.
Toute personne travaillant pour quelqu'un, travaillait indirectement pour le Grand Pop. Chaque action réalisée avait nécessité son aval. Si on était payé, c'est parce qu'il le voulait bien, si on mangeait, c'est parce qu'il nous nourrissait, si on vivait, c'était dans son monde.
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BY-PASS Alpha
Science FictionSortir de chez soi a perdu tout intérêt. Les rues sont désertées. Le monde n'est plus que virtuel et il permet à chacun de réaliser ses rêves les plus fous, sans risque ou contrepartie. L'extraordinaire a eu raison des gens ordinaires, qui ne jurent...