Etrange cette discussion. Etrange ce qu'il découvrait. Comment avait-il fait pour ne s'apercevoir de rien jusqu'ici. Finalement, lui aussi le vivait bien, mais quand même... Plus personne dehors, ce n'était pas anodin ! Quand il avait fait ce choix, il était en marge de la société. Aujourd'hui il était devenu comme tout le monde, "un mouton" comme disait Le Gamin. Ça le dérangeait. Il commença à regarder sur le net pour voir ce que les gens en pensaient. Rien ne filtrait. Toujours ce même discours : le monde virtuel est ce qu'il y a de mieux, le monde extérieur c'est dangereux.
Il lui restait encore quelques heures avant sa rencontre immatérielle avec Eden. Il veilla à utiliser ce temps pour lui préparer un rendez-vous "aux petits oignons". De quoi l'émerveiller à coup sûr.
Eden n'étant pas une habituée des choses virtuelles, la tâche serait d'autant plus facile. D'abord, ils pourraient se poser un peu, les pieds dans l'eau, barboter au milieu d'une oasis en plein désert. Puis il la prendrait par la main et ils s'envoleraient vers des montagnes enneigées. Là, ils apprécieraient la vue magnifique, assis sur un renne. La sensation de froid serait une bonne excuse pour se blottir l'un contre l'autre... Avec une fille comme Eden, il fallait rester simple. S'il en faisait trop, elle allait trouver ça ridicule.
Il réfléchit de nouveau à la question. Mais pourquoi rester simple quand on est dans le monde virtuel ? Ça n'avait aucun sens ! Non, il fallait commencer par danser sur les anneaux de saturne avec un dragon qui joue du violon. Puis attraper un astéroïde pour revenir sur Terre. S'arrêter sur un nuage qui fait bar-volant. C'est là qu'il allait faire monter un peu la température. Il l'allongerait sur le sol onctueux du nuage en l'embrassant passionnément. Elle serait gênée de faire ça devant tout le monde mais c'était tout l'intérêt. Dans le virtuel, on n'a aucune raison de s'empêcher de faire ce qu'on veut, comme on veut, devant qui on veut. Plus d'interdits. Ils commenceraient les préliminaires et petit à petit, il la ferait glisser sur le bord du nuage jusqu'à la faire tomber. Ils continueraient à faire l'amour en chute libre (une sensation incroyable qu'il avait déjà expérimentée), puis ils tomberaient dans l'océan. Ils finiraient leurs ébats dans les fonds marins au milieu des poissons. Une baleine viendrait alors les chercher pour les ramener à la surface. Et là, dans les bras l'un de l'autre, sur le dos de la baleine, avec l'océan à perte de vue, ils apprécieraient un merveilleux feu d'artifice sur fond de coucher de soleil...
Il pensa aussi à inclure un passage dans un volcan pour rappeler la sensation de chaleur qu'ils avaient eu près du feu, mais se résigna en se disant que ça ferait peut-être un peu trop.
Tout était prêt. Il lui restait une demi-heure à attendre. Il se connecta. Il vit qu'Eden était hors ligne. Peu surprenant. Il essaya de s'intéresser à autre chose. Il demanda à la Voix de passer la vidéo du dernier combat de Total Empire. Encore une victoire écrasante de Mohamed Ariba... ça en devenait lassant.
L'heure tournait doucement mais Graal prenait son mal en patience, sachant qu'elle se rapprochait inévitablement de l'évènement attendu.
H moins cinq minutes. La tension montait. « C'est une fille, à tous les coups elle va se faire désirer » se convainquit-il pour anticiper une insoutenable attente supplémentaire.
Comme pour lui donner raison, cela faisait maintenant un quart d'heure que le rendez-vous était passé. Elle n'était toujours pas là. Il trépignait. « C'est inhumain de faire ça ! ».
Une demi-heure de retard. L'excitation changeait de forme. Graal commençait à s'énerver. Il se dit qu'il ne manquerait pas de lui faire une petite réflexion à son arrivée.
Le temps continuait à s'écouler et le sentiment d'inquiétude qui s'était peu à peu emparé de lui ne faisait qu'empirer à chaque minute. Plus d'une heure qu'elle aurait dû être connectée. Il lui envoya un énième message mais toujours pas de réponse. Que se passait-il ? Il en arriva à imaginer le pire et ça le rongeait. Il essaya de se changer les idées en s'occupant à faire autre chose. Peine perdue.
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BY-PASS Alpha
Science FictionSortir de chez soi a perdu tout intérêt. Les rues sont désertées. Le monde n'est plus que virtuel et il permet à chacun de réaliser ses rêves les plus fous, sans risque ou contrepartie. L'extraordinaire a eu raison des gens ordinaires, qui ne jurent...