Auracio
Mon jet atterrit à Las Vegas après plusieurs heures de vol. L’atmosphère brûlante de la ville du vice ne m’étonne pas. Ce qui me surprend davantage, c’est l’accueil. Ce n’est pas un sous-fifre ou un second couteau qui vient nous réceptionner, non. C’est lui. Le sanguinaire en personne. Comme quoi, il tient vraiment à ce partenariat.
Et il a raison. On ne traite pas avec moi à la légère. Le respect est la première règle. Sinon, on finit la bouche pleine de plomb dans un coffre rouillé, au fond du désert.
À notre descente, nous sommes escortés vers un hangar sécurisé. Les contrôles sont stricts. Détecteurs de métaux, fouilles complètes, caméras braquées sur chaque geste. La confiance n'exclut pas le contrôle, comme on dit. Je laisse faire. J’ai appris à tolérer ce genre de formalités quand on traite avec des hommes sans foi ni loi.
Une fois les vérifications terminées, nous nous serrons la main.
— Bonsoir, bienvenue à toi. J’espère que le vol s’est bien passé ?
— Très bien, merci.
— Suivez-moi, je vous prie.
Dix véhicules sont alignés devant le hangar, comme un cortège de roi. Lui et moi montons dans le SUV du milieu, vitres teintées, cuir noir, parfum de pouvoir.
— J’ai privatisé tout un immeuble pour vous loger, toi et tes hommes. J’espère que cela vous convient ?
— J’avais déjà pris mes dispositions. Mais pour qu’un climat de confiance puisse s’installer, j’accepte. Merci.
Il incline légèrement la tête. Ce n’est pas de la soumission. C’est un accord entre deux prédateurs.
— Repose-toi, on se retrouve à vingt-deux heures dans mon club. J’ai quelques surprises à te montrer.
— Ça marche.
Le véhicule reste stationné le temps que mon lieutenant confirme que tout est sécurisé. Une fois le signal donné, je descends, escorté de mes gardes. Il est presque dix-sept heures. Le soleil tape fort. Vegas étouffe sous la chaleur, mais moi, je reste de marbre. Je monte directement à l’étage supérieur de l’immeuble. Ma chambre est spacieuse, tout en marbre et verre, avec vue sur le Strip. Celle de Philippe, mon bras droit, est juste à côté. L’étage nous est entièrement dédié. Le reste du bâtiment est rempli de mes soldats.
Je retire ma veste et m’affale sur le lit. Mon regard se perd dans le plafond.
Je pense aux femmes. J’en veux encore. Je suis insatiable. Deux, parfois trois, pour une nuit. Par besoin. Par rage. Par vide aussi, peut-être.
Je ne sais pas si c’est une bénédiction ou une malédiction. Ce besoin constant de posséder, de dominer, de jouir. Mais je n’ai pas d’attaches, je n’en veux pas. Une femme ne sert qu’à me donner ce que je désire. Le reste ? Illusion.
On me dit misogyne, brutal, primitif. Et alors ? C’est ainsi que j’ai grandi. Chez nous, une femme ne parle pas. Elle exécute. Elle plaît ou elle disparaît. Un point c’est tout.
Je m’installe plus confortablement sur le fauteuil en cuir, je consulte quelques contrats. Mon empire s’étend, les chiffres explosent. Je suis à la tête d’un réseau tentaculaire que même l’État n’ose affronter.
Mais voilà, je prends de l’âge. Quarante ans, c’est un cap. Je dois penser à ma succession. À une descendance. Un héritier qui portera mon nom, mon sang, ma rage.
Mais pour cela, il faut une femme. Une femme digne. Une vierge. Pure, parfaite, intouchée. Une qui m’appartiendra corps et âme. Une qui m’obéira sans discuter. Et surtout, qui n’aura jamais aimé avant moi.
L’amour ? Des conneries pour les faibles. L’amour affaiblit, rend vulnérable. Moi je veux de la passion. Du feu. De l’exclusivité.
Je veux brûler son monde et qu’elle me laisse régner dans ses ruines.
Je ferme les yeux, pensant à cette femme idéale, cette chimère que je construirai de toutes pièces si je dois.
Une erreur, et elle mourra. C’est non négociable. Chez moi, il n’y a pas de pardon. Il n’y a que la loi du plus fort. Et je suis le roi.
---
Ariane
— Réveille-toi, dormeuse…
— Pff… Laisse-moi encore cinq minutes, j’ai pas dormi de la nuit… Trop de pensées…
— Si on veut faire du shopping aujourd’hui, c’est maintenant ou jamais. Il est déjà midi !
— Quoi ?! Non… c’est pas possible…
— Hoo si, Marianne ! Allez, bouge-toi, va te laver, je prépare le déjeuner.
— Merci… Que ferais-je sans toi, hein ?
— Je me le demande encore, tiens !
Elle file sous la douche pendant que je me rends à la cuisine. Ce midi, ce sera risotto. Mon plat préféré. Rien de mieux pour débuter une journée de filles.
Marianne et moi, on se connaît depuis quatre ans. Depuis… la mort de ma mère. Fauchée par un chauffard ivre. Son oncle. Oui, le genre de tragédie qui tisse des liens indéfectibles.
Ses parents, toujours entre deux avions, n’ont jamais vraiment été là. Elle a préféré venir vivre avec moi, pour qu’on se soutienne.
Moi, je n’avais plus personne. Et elle, elle avait de l’argent mais personne à qui parler. Alors on a construit quelque chose. Un équilibre bancal mais sincère.
Chaque mois, ses parents lui envoient de l’argent, qu’elle partage avec moi. Non, je ne fais pas la fière. Je l’accepte. Parce que j’en ai besoin. Parce qu’elle est mon pilier. Mon ange gardien.
Sans elle, j’aurais probablement fini dans la rue. Ou pire. Et je ne l’oublierai jamais.
Elle revient, les cheveux encore humides, et s’installe pendant que je sers les assiettes. Moi, je cuisine. Elle gère les finances. Chacune son rôle.
— Alors ? On peut dépenser combien aujourd’hui ?
— Autant qu’on veut ! J’ai trop envie de me faire plaisir.
— Parfait ! Je suis pressée de dilapider notre petite fortune. Mais tu sais, un jour, je te rembourserai tout… Quand je serai riche.
— Ahahah, tu me fais rire avec tes rêves de princesse.
— Tu ne me crois pas ? Tu verras. Je vais me trouver un millionnaire. Un vrai. Et ce jour-là, c’est moi qui t’emmènerai faire du shopping à Milan ou Dubaï.
— J’ai hâte de voir ça… Mais en attendant, Dubaï ou pas, on commence par Vegas.
On rit. On vit. On fait semblant que tout va bien. On rêve un peu trop fort pour oublier qu’on n’a rien.
Mais parfois, c’est dans ces rêves qu’on trouve la force de survivre.
VOUS LISEZ
L'ATTRACTION FATALE DU MAFIEUX
RomanceElle est à moi, désormais. Qu'elle le veuille ou non, elle m'appartient. « S'il vous plaît... laissez-la partir. Elle est orpheline, ayez pitié d'elle... » Ces mots résonnent dans la pièce, une supplique fragile face à l'implacable volonté d'un homm...
