Chapitre 40 : Croqueuse de bite

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Ariane

Je les vois entrer. Tous les deux. Les deux traîtres. Main dans la main, presque, comme s’ils revenaient d’une promenade champêtre. Comme si tout était normal.
Comment peuvent-ils oser ?
Comment peuvent-ils baiser sous le même toit que la femme de ce connard et réapparaître au petit matin, la tête haute, sans l’ombre d’un remords ?
Est-ce que ce type a le moindre respect pour sa femme ? Pour leur histoire ? Pour la vie qu’ils ont construite ?
Et elle… cette pauvre femme, cette Angèle, est assise là, droite comme une poupée sans vie. Elle encaisse. Elle sourit même vaguement.
Mais putain, réveille-toi ! Tu n’as pas de fierté ? Pas de dignité ? Tu es SA FEMME, bon sang ! Debout ! Lève la main, balance une gifle à cette Marie-couche-toi-là, fais quelque chose ! N’importe quoi sauf rester là à te faire humilier vivante !

— Bonjour à tous, dit le connard, sourire en coin. Vous avez bien dormi ?
— Bonjour tout le monde, lance la pétasse avec un air faussement aimable. Excusez-moi, mais je ne pourrai pas prendre le petit déjeuner avec vous. Mon jet décolle bientôt.

Mon sang ne fait qu’un tour.

Bien sûr que tu ne peux pas petit-déjeuner, salope. T’as déjà pris tout le jus qui restait dans ses couilles cette nuit. T’es en surcharge.

Elle me regarde. Elle a entendu. Et là, je sens ses yeux qui s’embrasent.
Parfait. Qu’elle s’approche. J’attends ça. Je suis prête à lui arracher les yeux à mains nues.

— Tu m’as très bien entendue, madame "Baise-moi-pour-un-billet". Tu n’as pas honte ? Coucher avec un homme marié ? Et ici, dans la maison de sa femme ? Devant elle, comme si c’était normal ? Mais t’es pas humaine, espèce de femelle sans honneur. Tu n’as même pas l’excuse d’être ivre ou perdue. Tu sais très bien ce que tu fais.

Auracio tente de m’attraper pour m’éloigner. Il murmure mon prénom, il insiste. Mais je me débat. Je ne veux pas qu’il me calme. Je veux que ça explose.
Angèle est rouge tomate. Rouge d’humiliation. Rouge de colère rentrée.
Et cette garce ? Elle me fusille du regard.

— Vous devriez surveiller votre langage, jeune fille, me crache-t-elle. Si vous ne voulez pas que je vous donne une correction bien méritée.

Je saisis le verre de jus d’orange devant moi et le lui balance à la figure sans hésiter.

— Tiens, commence par ça, espèce de pétasse de luxe. Tu veux me corriger ? Viens, je t’attends !

Elle bondit, prête à se jeter sur moi, mais son amant l’attrape juste à temps, la retenant par les bras.

— Lâche-la ! Laisse-la venir ! Qu’on règle ça comme des femmes, une bonne fois ! Que je lui refasse le visage façon mosaïque !

— Assez ! rugit le maître de maison. Auracio, emmène cette sauvage d’ici ! Fabiola, va te changer, tu es ridicule. Angèle, accompagne ton invitée dans la chambre. J’ai à parler avec mon… invité.

Auracio m’empoigne et m’arrache de la salle à manger. Il me tient fort, mais doucement. Il murmure à mon oreille :

— Calme-toi, Ariane. Tu vas trop loin. Ce n’est pas notre histoire.

— Tu rigoles ? Comment tu peux dire ça ? Ce n’est pas notre histoire ? Tu l’as vue, elle ? Ce regard vide ? Elle ne dit rien. Elle ne se défend pas ! Et lui, il l’humilie devant tout le monde, et toi, tu veux que je ferme ma gueule ?

— C’est leur cuisine interne. Ce n’est pas à toi de t’en mêler.

— Leur cuisine ? Mais toute la maison a entendu la friteuse exploser, Auracio ! Tu veux que je fasse semblant ? Jamais de la vie !

Angèle me rejoint. Douce. Brisée.

— Ariane… calme-toi. S’il te plaît.

Je me tourne vers elle, furieuse.

— Tu veux que je me calme ? Je me bats pour toi, et tu me demandes de me calmer ? Tu te rends compte dans quel état il t’a mise ?

Je l’attrape par les épaules. Je la secoue doucement.

— Réveille-toi, Angèle. Il t’écrase. Il te piétine. Et toi, tu baisses la tête ? Ce n’est pas toi, ça. Tu vaux mieux que ça. T’as oublié qui tu es ?

Ses yeux s’embuent. Une larme roule. Puis une autre.

— Bien sûr que ça me fait mal… Mais… que veux-tu que je fasse ? Je suis coincée.

Je fais signe à Auracio de nous laisser seules.

— On a besoin de parler entre femmes.

Il hoche la tête, résigné.

— Très bien. Je vais calmer mon cousin. Avant qu’il ne décide de t’enterrer vivante. Vous avez une heure. Pas plus.

Je prends Angèle par la main et l’emmène dans ma chambre. Une fois la porte refermée, je l’installe sur le lit. Elle s’assied, silencieuse. Fatiguée.

— Tu te souviens de ce qu’on s’est dit hier soir ? Ce pacte qu’on a fait ?

— Oui…

— Ce n’est pas le moment de reculer. C’est le moment de sortir les griffes. Tu entends ? On ne se laisse pas écraser. On ne se laisse pas voler ce qui est à nous. Ce mec, il est à toi, bordel ! Tu as porté ses enfants, supporté ses absences, ses silences, ses sautes d’humeur ! Et aujourd’hui, il te remplace par une traînée ?

Elle me regarde. Quelque chose a changé dans son regard. Une étincelle. Enfin.

— Tu m’as ouvert les yeux. C’est vrai. Et je vais les garder ouverts cette fois. Je vais me battre. Je vais défendre mon honneur comme une tigresse. Fini les larmes. Fini les silences.

Je souris. Fier de voir renaître cette lionne.

— Voilà ce que j’attendais de toi. Maintenant, on fait comme eux. Ces hommes, ils se battent pour leur territoire. Eh bien nous aussi. Leurs cœurs, leurs foyers, leurs promesses : c’est notre territoire. Et on le défend bec et ongles.

— Une attaque ? Une riposte, dit-elle avec un sourire en coin. Compte sur moi. Je te tiendrai au courant de chaque pas qu’elle fera. Je veux tout reprendre. Tout. Même lui.

— Parfait. Alors toutes pour une ?

— Et une pour toutes.

On s’étreint. Fort. Sœur d’armes. Alliées.

Elle quitte la pièce, le dos droit. Le regard déterminé.

Je reste seule. Et là, l’angoisse me rattrape.
Et si j’avais foutu la merde ? Et si Auracio me le reprochait ? Est-ce que j’ai dépassé les limites ?
Mais je ne pouvais pas me taire. J’étais en feu. Et il fallait que ça sorte.
Je m’allonge sur le lit, le cœur battant.
Je sais qu’il va venir. Il va me sermonner. Me traiter d’impulsive.
Mais je préfère mille remontrances à mille silences.
Je préfère vivre brûlante que survivre éteinte.

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