21 h 34 – Clamart, 15/03/2020
Léana — Vendredi soir
Je suis sur mon balcon, un livre ouvert entre les mains, emmitouflée dans un plaid que j'ai remonté jusqu'aux genoux pour me protéger de la fraîcheur persistante de mars. La nuit est encore jeune, mais l'air a déjà cette froideur un peu humide qui s'insinue partout, jusque dans les plis du tissu et au creux de mes bras. La basse de la musique venue de l'appartement du dessus fait vibrer la rambarde sous mes coudes, comme un battement sourd et obstiné qui m'empêche de trouver le calme. Je tourne à peine les pages, plus distraite que vraiment absorbée par ma lecture, quand quelque chose vient s'écraser sur mon livre.
Des cendres.
Je relève lentement la tête, déjà agacée, avec cette sensation très nette que ma soirée vient de basculer dans une contrariété dont je me serais bien passée. Sur le balcon du dessus, quelqu'un s'est visiblement cru autorisé à me balancer ses mégots. Avec la musique à fond, ça finit de m'achever. Je referme mon livre d'un geste sec, rentre dans l'appartement et laisse la porte-fenêtre se refermer derrière moi, comme si elle pouvait me couper du vacarme et de l'irritation qui me serre déjà la poitrine.
Je pose mon livre sur le plan de travail, glisse mon marque-page entre les pages, puis attrape mes clés. J'enfile mes chaussures et monte chez mon voisin, pestant à voix basse à chaque marche. Plus je grimpe, plus l'agacement me gagne, dense et tenace. Il y a des soirs où je supporte beaucoup de choses, mais pas qu'on me prenne pour une idiote chez moi, pas qu'on transforme ma tranquillité en terrain de jeu pour des types qui trouvent ça drôle de faire comme si les autres n'existaient pas.
Arrivée devant sa porte, je frappe plusieurs fois. Aucune réponse. La musique résonne jusque dans le palier, lourde, envahissante, presque moqueuse. Je finis par sonner.
Quelques secondes plus tard, mon voisin apparaît enfin. Il ouvre la porte, un verre à la main, un sourire tranquille sur le visage, l'épaule calée contre le cadre comme s'il n'avait aucun souci au monde, comme si je n'étais qu'une petite contrariété parmi d'autres et non la personne qu'il vient d'agacer pour la seconde fois en moins d'une heure.
— Alors, ça va, la voisine ? demande-t-il en souriant, faussement détendu.
— Non, ça ne va pas, Pruski. Baisse ta musique, et la prochaine fois que je reçois des cendres sur la tête, je te jure que les pneus de ton Audi ne vont pas faire long feu.
Il ricane, sans se démonter, et me regarde droit dans les yeux avec cet air satisfait qui m'énerve au plus haut point. Il a cette façon de me défier sans même avoir besoin d'élever la voix, comme s'il savait déjà qu'il me faisait perdre patience, comme s'il prenait un plaisir évident à me voir m'énerver pour de vrai.
— Détends-toi, wesh, lâche-t-il avec un petit rire. Mes potes n'ont pas fait exprès de t'envoyer leurs cendres. On ne sait jamais si quelqu'un est chez toi, il y a toujours un silence de mort là-dedans.
— J'ai du respect pour mes voisins, moi, monsieur, rétorqué-je, pincée.
— Dans cette tenue, tu n'as clairement aucun respect pour moi, ajoute-t-il en me détaillant de la tête aux pieds.
Je baisse les yeux sur mon jogging, puis remonte lentement le regard vers lui. Il a cette moue franchement dégoûtée qui me donne presque envie de sourire, mais je refuse de lui offrir cette satisfaction. Je lui montre mon majeur, fais demi-tour et redescends chez moi. J'entends son rire derrière moi avant qu'il referme sa porte, et ce rire, plus que tout le reste, me reste coincé dans la tête.
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Kochanie - PLK
Fanfiction"Des souvenirs plein la tête, j'aime pas quand tu fais la fête sans moi, t'es tellement belle, j'sens la pression des regards sur toi, c'est la magie hein et quand tu pars si loin, j'me sens abandonné par l'monde entier comme un syrien" Mathieu Prus...
