"Des souvenirs plein la tête, j'aime pas quand tu fais la fête sans moi, t'es tellement belle, j'sens la pression des regards sur toi, c'est la magie hein et quand tu pars si loin, j'me sens abandonné par l'monde entier comme un syrien"
Mathieu Prus...
19 h 30 – Clamart, 09/04/2020 Léana – Mercredi soir
Je rentre du boulot à l'instant, encore un peu prise dans le rythme de la journée, les épaules lourdes et l'esprit déjà tourné vers la soirée qui m'attend. Je gare ma voiture sur le parking de l'immeuble, puis je monte à mon appartement d'un pas rapide, impatiente de souffler enfin. Une fois à l'intérieur, je prends une clope et un verre de blanc, puis je m'installe sur le balcon, comme si ce petit rituel pouvait immédiatement me faire basculer ailleurs. Je poste une photo sur Instagram.
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@Léanaa_ : 🤍
Je termine ma cigarette avant de rentrer pour prendre une douche. Je mets mes vêtements dans ma panière et je me glisse sous l'eau chaude, laissant la fatigue se délier peu à peu. Une fois propre, je me sèche, fais ma skincare et mets de la crème pour le corps, avec cette lenteur presque mécanique que j'ai quand je suis enfin seule. Je me dirige ensuite dans ma chambre, enfile un débardeur et un mini short, puis je retourne dans la cuisine, allume la musique sur la télé et décide de me mettre aux fourneaux.
Je commence à faire cuire mes pâtes dans l'eau en sirotant mon verre de blanc, quand ça frappe à la porte. J'ouvre sans regarder qui c'est, et c'est une erreur que je comprends trop tard.
Jules est là, devant moi, tout sourire, avec un œil au beurre noir passé au jaune sale, comme une trace de violence mal effacée. J'essaye de refermer la porte, mais il glisse son pied pour l'en empêcher. D'un mouvement brusque, il la repousse et le battant me heurte le front. Je recule aussitôt, une main sur la tête, le souffle coupé.
— Qu'est-ce que tu fous là ? — Alors, ton nouveau mec n'est pas là pour te protéger ?demande-t-il avec un rictus. — Casse-toi, Jules, je ne rigole pas.
Il s'approche et attrape mes cheveux dans sa main, assez fort pour que je sente la tension monter d'un coup.
— Moi non plus, je ne rigole pas, dit-il. — Comment tu as su où j'habitais ? — Ça parle les cités, tu le sais, dit-il.
Son ton est calme, presque moqueur, et c'est ce calme-là qui me glace davantage encore.
— Qu'est-ce que tu me veux ? — Tu as gâché quatre ans de ma vie. Je suis allé en prison à cause de toi,dit-il. — N'importe quoi, ce n'est pas de ma faute.
La gifle part si vite que je n'ai même pas le temps de la voir venir. Les larmes me montent aux yeux presque aussitôt, mais je pense au cours de boxe de Mathieu, à sa voix, à sa façon de me dire de ne pas me laisser faire. Dans un réflexe brutal, je lance mon genou vers ses parties, mais il l'attrape avant l'impact et serre avec force, m'arrachant un gémissement de douleur.