StormSound : A Golden Age : https://www.youtube.com/watch?v=s78mnzXCJsk&list=PLpzOwWCSckxykrnOf53ZHiKdRa0g3zzw5&index=60
De désagréables démangeaisons commençaient à se propager sur toute ma peau. Mes doigts de pierre ne répondaient plus aux messages nerveux que mon cerveau s'obstinait à lui envoyer. Dren, Eva et moi marchions groupés, tentant de coller nos corps au maximum, à la recherche de chaleur. Je me demandais comment Dren tenait le coup, portant en plus le poids de sa sœur sur ses épaules. Plusieurs fois je lui proposai mon aide, sachant pertinemment que je n'étais pas capable de supporter cette charge, mais il me répondait sans cesse qu'il n'avait pas besoin d'aide. Sa fierté semblait lui donner une énergie inattendue. Maintenant, on avait tous trop froid pour parler, la faiblesse nous gagnait. Cependant, alors que le liquide qui était désormais tout sauf de l'eau nous engloutissait petit à petit, je trouvai en moi la force d'envoyer un code à Dren.
« Tu sens ces démangeaisons ? »
Sa réponse positive m'alarma. Les démangeaisons n'étaient pas un symptôme naturel du froid, à ma connaissance. Elles étaient dues à autre chose. Nous n'avions plus le choix, il fallait qu'on sorte de ce marais et vite, ou on y resterait.
« Il faut accélérer. » parvins-je à articuler fébrilement.
Travis, entêté, répondis que cela ne nous aiderait en rien. Tant pis pour lui. S'il voulait mourir de froid ou de je ne sais quels effets de cette substance tournant au violet, ce n'est pas moi qui m'y opposerais. Je sentis quelque chose me frôler la jambe. J'aperçus avec effroi une ombre se faufiler entre nos mollets. Peu importe ce que c'était, je ne voulais pas le savoir. Il fallait qu'on s'en éloigne au plus vite.
« Courrez » les alarmai-je.
Je pris la main de Dren et l'entraînai dans ma course vers, je l'espérais, la sortie. De violents jets d'eau projetés derrière nous me signalèrent que les Rebelles d'I-3 s'étaient finalement décidés à courir. La température de l'eau était soudainement montée, des nuées de vapeur se diffusaient quand le liquide rentrait en contact avec nos corps frigorifiés, mais nous courions, l'adrénaline fusant dans nos veines. Je me sentais revivre. Les cris de douleur d'Eva parvinrent à mes oreilles, me rappelant ma peau brûlée par cette eau corrosive, malgré l'épaisseur de mes vêtements. Je m'empêchai de hurler. Dren me tenait toujours la main, s'y agrippant comme à sa propre vie, et ce contact me permettait de tenir le coup. On courrait aussi vite que nos jambes nous le permettaient, mais ce n'était pas suffisant. Cette chose était littéralement en train de nous engloutir, brûlant nos corps qui malgré tout se débattaient. Soudain je sentis quelque chose glisser dans mon dos et couler au fond de l'eau dans un bruit d'éclaboussement. Sara. Le regard de Dren, mêlant affolement et désespoir, me fendit le cœur. Il commença à plonger ses mains nues dans le liquide qui nous arrivait maintenant à la taille, serrant les dents, puis les ressortis. La vue de ses mains m'horrifia : sa peau à vif virait au noir. Elle semblait carbonisée.
« Je ne peux pas la laisser ici, cette chose va la décomposer Emm ! cria-t-il, sa voix se brisant.
-C'est trop tard Dren, si tu plonges pour la remonter, ton visage, ton cou vont brûler. Tu n'y survivras pas. Je suis désolée. »
Je me laissai emporter, lui caressant la joue du revers de la main, plongeant mes yeux dans les siens, tentant de lui transmettre un peu de réconfort. L'eau monta d'un coup, atteignant presque ma poitrine. Je tournai la tête brusquement, et m'aperçus que les Rebelles d'I-3 se trouvaient à une vingtaine de mètre devant nous. Le tunnel remontait en une pente progressive, ralentissant la montée de l'eau dans la partie suivante des souterrains. Travis appuyait ses mains sur une grosse pierre rectangulaire entreposée à la verticale juste avant que la pente n'apparaisse. Je mis une seconde à comprendre ce qu'il était en train de faire : il poussait la pierre de toute ses forces, de sorte à nous bloquer l'accès. On se mit à courir aussi vite que l'on pût, mais l'eau menaçait maintenant de nous submerger d'une seconde à l'autre. Prise au dépourvu, j'appelai Eva dans mon esprit, j'utilisai le Code N, ne pouvant plus ouvrir la bouche à moins d'avaler ce liquide mortelle. J'imaginai ma voix, crier son prénom. Je laissai ce hurlement envahir totalement mon esprit. « Reviens. » la suppliais-je ensuite. La gorge littéralement en feu, la douleur devenait insupportable. L'évanouissement nous guettait. Mes yeux allaient bientôt être forcés de se fermer. Je jetai un dernier regard à Dren, prenant conscience de la peur qui me submergeait face à l'annonce de ma mort. Mais je me sentie aussi bénie d'avoir quelqu'un à mes côtés, pour affronter cette épreuve effrayante et évidemment inédite. La solitude intérieure qui me rongeait depuis ma fuite se dissipa. Je voyais alors en Dren un réconfort et une compagnie bienvenue. Je m'abandonnai dans ses bras, qu'il referma sur moi, tout espoir maintenant disparu. Cette chose allait nous submerger et brûler nos corps. Et ce serait la fin. Mourir m'apparaissait certes comme une vision cauchemardesque, mais cette vision emplie de la noirceur de l'inconnu laissait éventuellement percer la lumière du soulagement. Le soulagement de ne plus ressentir ce vide dans ma poitrine, de ne plus être hantée par les cris hystériques de May. J'acceptai le fait que j'allais quitter cette vie, et supportai ainsi la douleur des brûlures recouvrant mon visage et mon corps tout entier. Mais mon heure n'était pas venue.
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Aveze
Ciencia Ficción"Cache tes émotions. Refoule les. Enfoui les au plus profond de ton être. Ne laisse rien paraître. La moindre étincelle de colère, de haine ou de jalousie te trahirait. Tes yeux te trahiront. Oui, tes yeux. Ces miroirs révélateurs ne trompent pas...
