Chapitre 17/Orgueil et découverte

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World Music From Africa : https://www.youtube.com/watch?v=qnAGCrw7JH0

Je fus réveillée par un bruit singulier. Comme un rythme régulier et déchaîné, tel des mains violentes s'abattant sur une porte à multiple reprise, pour la démolir. Je sautai de mon lit, cherchant à l'aveugle ma dague. La fenêtre de la chambre était recouverte par d'épais volets et seuls de minces rayons parvenaient à percer à travers l'écorce brute dans laquelle ils étaient construits. Un picotement sur le bout de mon index droit m'indiqua que je l'avais trouvée. Je la saisis d'un geste automatique. Mes pieds nus souffraient le martyr alors que des échardes s'enfonçaient dans la chair rugueuse de ma plante. Je me dirigeai à pas de loup vers la porte, dont l'embrasure inférieure laissait paraître la forme de chaussures. Il y avait quelqu'un derrière la porte. Je posai mes doigts sur la poignée ronde et glacée, resserrant ma poigne pour la tourner et déverrouiller la porte. Je l'ouvris brusquement, prête à faire face à mon agresseur. C'est avec stupeur que je découvris Ludovic, exagérément dévêtu, arborant son sourire narquois que j'avais trouvé insupportable la soirée dernière. Ses yeux caressèrent ma silhouette de haut en bas, un air amusé prenant forme sur son visage bronzé et arrogant. Je me rendis compte avec effroi que je ne portais qu'une culotte et un débardeur, révélant mon corps pâle.

<< Tu enlèverais cette petite culotte pour moi ? Ça me ferait plus que plaisir ...>>

J'en avais assez entendu. Mon pied partit dans les airs pour frapper de plein fouet la zone voulue : les parties génitales, espérant que ça l'empêcherait de satisfaire ces pulsions sexuelles.

<< Je suppose que ça ne sert plus à rien que je l'enlève maintenant.>>

J'avais envie d'éclater de rire en voyant son air crispé. Plié en deux, il se tenait le pénis comme pour minimiser la douleur. Il ne l'avait pas volé. Je claquai ma porte, plus satisfaite de moi que choquée de la perversité de ce Ludovic plus dérangé encore que je ne le pensais. Malgré tout, une colère fulminait en moi. La réprimer, vite ! Les vieilles habitudes ont la vie dure. Je n'avais pas à faire ça. En y pensant,  notre façon de gérer nos émotions s'avérait plutôt malsaine. Alors je laissai librement bouillonner la rage en moi. Et étonnement, elle se consuma beaucoup plus rapidement qu'à son habitude. La réprimer ne faisait que l'attiser plus encore. La libérer la laissait s'éteindre progressivement.

Je constatai avec surprise que le rythme sonore ne s'était pas arrêté, et au contraire qu'il s'était amplifié. Ce n'était donc pas Ludovic qui toquait à ma porte avec ses intentions malsaines. Maintenant que les dirigeants n'étaient plus là pour nous surveiller il se lâchait. Lorsque nous vivions à Aveze, le sexe était considéré comme une chose répugnante et devait se limiter à la procréation. C'était un plaisir certes, mais notre devoir était de nous maîtriser face à nos pulsions et de les contrôler avant qu'elles ne nous contrôlent. C'était ce qui avait perdu les hommes d'avant : leurs désirs de vengeance et de guerre les animaient. Ils n'étaient plus des hommes en soi, ils étaient leurs désirs; ces derniers dominaient le monde et le but ultime d'une vie d'alors était de satisfaire ces plaisirs cependant insatisfaisables. C'est comme un cercle vicieux : on cherche à satisfaire un désir par tous les moyens pour au final chercher une autre désir à satisfaire. C'est pourquoi les DDF avaient réglementé l'usage du sexe. Comment le contrôlait-il ? Je ne préférais pas le savoir. Mais ils avaient tort de nous interdire le plaisir lié à celui ci. C'est un plaisir naturel à la base, je le savais de mes parents. Ils m'avaient expliqué que l'humain a été "programmé" pour ressentir du plaisir lors d'un rapport, afin que la procréation soit assurée. Mais quand on nous l'interdit, le sexe devient alors source de fantasme et engendre des pervers comme le salopard qui m'a violé. Mais peut être que c'est ce qu'ils voulaient après tout, les dirigeants. Peut être qu'en l'interdisant ils avaient anticipé les dérives pédophiles et qu'ils étaient d'accord avec ça. Je ne savais plus de quoi ils étaient capables.

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⏰ Dernière mise à jour : Aug 24, 2015 ⏰

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