Le crépuscule descendait lentement sur Montréal, une couverture sombre enveloppant la ville dans un silence presque inquiétant. J'avais suivi Mara après notre séance, une impulsion irrésistible dictée par une inquiétude profonde et un besoin de m'assurer qu'elle allait bien. L'air extérieur était glacial, un contraste frappant avec l'enveloppe chaude de mon anxiété intérieure. Les trottoirs, illuminés par des réverbères vacillants, se dérobaient sous mes pas lourds, comme si chaque mouvement était un pas de plus dans un abîme émotionnel que je ne pouvais pas éviter.
Le malaise de Mara devant la clinique m'avait laissé une impression dévastatrice. C'était comme si le monde autour de moi était devenu une sorte de scène où chaque geste et chaque expression étaient amplifiés, comme une performance tragique. Voir sa détresse avait ouvert une brèche dans mon cœur, une fissure que je n'avais pas voulu reconnaître. Sa vulnérabilité était une douleur poignante que j'avais essayé d'ignorer, mais qui avait insisté pour me rappeler à quel point elle était importante pour moi.
Je l'avais vue faire son malaise, et chaque instant qui avait suivi avait été un mélange d'angoisse et de désespoir. La manière dont elle avait trébuché, l'effort visible qu'elle avait fourni pour rester debout, avait déclenché une vague d'émotions que je peinais à contrôler. Mon désir de la protéger, de la secourir, avait été écrasé par la réalité de ma position, celle de l'observateur impuissant, exclu de la possibilité d'intervenir.
C'était alors que Gabriel était apparu. Le voir se précipiter vers elle, lui offrir son soutien, avait été une scène douloureuse et révélatrice. Je l'avais vu prendre soin d'elle avec une aisance qui m'était étrangère. Ses gestes, son attention, tout semblait tellement intime, tellement naturel. Une vague de tristesse m'avait submergé, mélangée à une jalousie intense et une frustration presque insupportable. Voir Mara se tourner vers lui, se confier à lui, avait exacerbé une douleur intérieure que je ne pouvais ignorer.
Mon cœur battait à tout rompre alors que je les observais, marchant côte à côte vers l'appartement de Gabriel. Chaque pas qu'ils faisaient, chaque sourire échangé, semblait être une accusation silencieuse de mon incapacité à être celui dont elle avait besoin. Le contraste entre leur proximité et ma solitude était brutal, un rappel cruel de ce que je ne pouvais jamais partager avec elle. Leur connexion était palpable, presque tangible, et cela me déchirait de l'intérieur.
Il y avait quelque chose de particulièrement déchirant dans la façon dont Gabriel l'enveloppait, comme si elle était sa responsabilité maintenant. La façon dont il posait sa main sur son dos, sa manière de lui offrir une épaule sur laquelle se reposer, était une déclaration silencieuse de ce que je ne pourrais jamais avoir. Ce soutien, ce réconfort, était un espace que je n'avais jamais pu occuper, une frontière que je ne pouvais franchir. Chaque détail de leur interaction était un poignard enfoncé plus profondément dans mon cœur, un rappel constant de mon incapacité à être celui qui pourrait offrir à Mara la sécurité et le confort qu'elle semblait trouver avec Gabriel.
Je m'étais arrêté dans l'ombre, juste assez loin pour rester invisible mais assez près pour tout voir. Le froid nocturne me mordait, mais c'était la douleur émotionnelle qui était la plus aiguë. La solitude et le regret se mélangeaient en moi, se transformant en une sorte de tourbillon insupportable. J'avais essayé de détourner les yeux, de me concentrer sur les petites choses autour de moi, mais chaque mouvement de Gabriel et chaque regard échangé entre eux semblaient amplifier ma souffrance.
La tristesse était devenue une compagne constante, me rappelant sans cesse l'écart entre ce que je voulais et ce que je pouvais réellement obtenir. La douceur avec laquelle Gabriel traitait Mara était un contraste frappant avec l'image de moi-même que je ne pouvais échapper. La reconnaissance de leurs émotions, la manière dont ils semblaient se comprendre sans effort, était une torture silencieuse, une démonstration constante de ce que je ne pourrais jamais avoir.
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Les Fragments de Nous
RomanceÀ Montréal, les vies de Mara, Thorn, Elio, et Gabriel s'entremêlent dans un jeu dangereux de passion et de manipulation. Mara, une psychologue mystérieuse, attire les désirs et les obsessions de ceux qui l'entourent, mais jusqu'où est-elle prête à a...