Que se passerait t'il si les créatures surnaturelles ne pouvaient ressentir que l'exaltation du sang et les plaisirs de la chair ? Ce serait le chaos.
Après tout, un homme se sent t'il coupable d'écraser une fourmi ? Alors pourquoi un vampire se se...
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Je me sens glisser, lentement, hors de ma propre conscience, tandis qu'Eleonora prend le contrôle. Sa présence n'est plus une vague sensation, mais s'impose, prenant toute l'espace de sa douce lumière.
Une énergie sourde, une force implacable s'empare de mon esprit, le plongeant dans l'ombre. Je suffoque. Mes pensées se font lointaines, évanescentes, comme si j'étais poussée sous l'eau, alors qu'Eleonora prend possession de chaque fibre de mon être. Elle surgit avec cette rage ancienne, une colère profonde qui semble avoir mûri pendant des siècles.
Je ne suis plus qu'une observatrice dans mon propre corps.
Devant nous, Nikolay se tient, l'air imposant, maître de lui, chaque muscle tendu. Son regard sombre est rivé sur nous, ou plutôt sur elle. Ses yeux trahissent une lueur que je n'ai jamais vue, et je comprends qu'il la reconnaît, qu'il sait qu'Eleonora a pris le dessus.
Peut-être qu'il comprend aussi, pour la première fois, ce que cela signifie. Pourtant, son visage reste de marbre, impassible, comme s'il s'était déjà préparé à cette rencontre.
-"Nikolay !", lance Eleonora à travers moi, sa voix rauque, aussi venimeuse qu'une morsure.
Cette voix ne m'appartient pas — douce, menaçante, emplie de cette rage qui me consomme aussi. Elle avance vers lui d'un pas déterminé, traînant mon corps qui ne semble plus qu'un pantin. Les mots s'échappent de ma bouche, des mots que je ne contrôle pas.
-"Je n'ai jamais demandé à revenir. Je n'ai jamais voulu cela. Une vie pour la mienne... Tu sacrifierais des innocents pour ramener une morte ? Tu ne comprends rien, Nikolay. Rien n'a de sens si c'est ainsi que je reviens", crache t'elle.
Son ton est acide, et chaque syllabe pèse comme une accusation. Nikolay ne cille pas. Il la laisse déverser sa haine, il se tient là, solide comme un roc, absorbant chaque parole, chaque poison qu'elle crache. Il semble peser chacun de ses mots en réponse, chaque regard, chaque respiration. Finalement, il rompt le silence d'une voix calme, glaciale.
-"Je le fais parce que je t'aime, Eleonora. Je suis ton grand frère. Tout ce que j'ai fait, tout ce que je fais... c'est pour te ramener auprès de moi".
Ses mots me traversent comme des lames ; ils semblent sincères, mais en eux vibre une note fausse, une teinte qui me met mal à l'aise, même dans cet état de spectatrice. Un frisson glacé m'a parcourt.
Eleonora rit, un éclat amer qui résonne, teinté de douleur, de souvenirs qu'elle seule connaît.
-"C'est ce que tu te dis pour te donner bonne conscience, Nikolay. Mais la vérité, c'est que tu fais tout cela pour toi, pour combler ton propre vide, pour étouffer ta propre folie. Tu t'es perdu dans ta soif de contrôle, et tu oses appeler ça de l'amour ?", s'insurge t'elle.
Ses mots sont un fouet, chaque coup semble ouvrir une nouvelle blessure dans l'âme de Nikolay. Lui aussi, malgré sa carapace, frissonne. Il porte la main à sa cravate, la resserre d'un geste vif, comme s'il cherchait à étouffer l'angoisse qui monte en lui.