Ma meilleure amie

484 33 11
                                        

-Arrête de chialer pour une fois ! Putain il aurait du vraiment te forcer peut-être que t’aurais accepter de me sucer après ça ! Je te jure que si je t’attrapes j’te ramène à mes potes et t’arriveras même plus à marcher sale folle !

Je me suis réveillé en sursaut.

Putain.

Je me suis redressé en soupirant et j’ai retiré mon tee-shirt trempé par automatisme.
Ça faisait deux mois que j’étais arrivé en Corse.
J’ai découvert plusieurs trucs depuis, déjà, mon propriétaire était passé chez moi un jour pour m’expliquer qu’il avait mis la clé dans mon appart parce qu’il ne pouvait pas me la donner en main propre.
Il puait l’alcool, et je pense qu’il était juste bourré le jour de mon arrivée.
Ensuite, mes parents payaient le loyer, avec les charges comprises. Tous les mois ils envoyaient de l’argent au proprio, ainsi qu’une enveloppe avec 30 euros pour que je me paye à bouffer.
C’est peu, et je vis comme une merde depuis.
Il n’y a rien dans l’appart, si ce n’est un canapé et un coin cuisine avec un four un peu cassé et une plaque de cuisson.
Quand je vais en courses j’achète des pâtes et du pain, mais j’essaye d’économiser au max en fait.
Quotidiennement, je lave mes fringues et le sol avec le savon que j’utilise pour ma douche, j’ai une casserole dans laquelle je fais cuire des trucs, je lave des trucs et je mange et je dors sur mon canapé.

Je vois personne. J’ai pas d’amis, je fais des cauchemars toutes les nuits et mon voisin fait que de hurler et de taper dans tous ses murs dès qu’un truc ne lui plait pas.
Et je me sens toujours pas bien, au fait.
Je suis épuisé, vide, j’ai envie de pleurer tout le temps et dès que je sors j’ai peur de me faire agresser.
Une merde parano en somme.

J’ai regardé l’heure sur le petit cadran du four.
5h30.
Je pars pour le lycée dans 30 minutes, c’est la rentrée aujourd'hui.
J’avais calculé, le jour où j'étais allé m’inscrire, le temps qu’il me fallait pour y aller.
Deux heures.
C’est pas comme si ça me changeait quoi que ce soit, je dors pas plus de trois heures par nuit de toute façon.

Je ne savais même pas que j’avais la possibilité d’aller au lycée, sans fric ni brevet, mais visiblement si.
Je suis juste passé pour un turbo con quand j’ai dit que j’avais raté mon brevet, au lieu d’avouer que je ne l'avais juste pas passé, mais le directeur a pas posé plus de question et m’a inscrit quand même. C’est toujours moins la honte que de retourner au collège.
De ce que j’ai compris, le lycée fait aussi internat, et la plupart des gens qui le fréquentent sont des bourges, le reste étant composé des gens qui habitent dans le même quartier que moi.
Personne m’a demandé d’y aller, mais j’ai 15 ans et aucune connaissance ici, alors je vois pas ce que j’aurai pu faire.

Comme tous les matins, je suis allé dans ma salle de bain, j’ai étendu mon pyjama parce que j’ai pas de machine à laver, et je me suis douché uniquement pour que mes parents se tapent la facture d’eau.
J’ai mis un des deux tee-shirt que j’avais et je suis parti en mangeant un bout de pain qui avait un peu durci.

Ensuite j’ai mis un stylo que j’avais trouvé par terre dans le sac que j’avais dans l’avion et je suis parti comme ça, parce que je n’avais pas assez pour m’acheter des cahiers, j’économise pour avoir des draps.

Même en m’étant involontairement réveillé trop tôt, j’ai failli finir en retard et j’ai quand même dû courir pour être à l’heure.
Je me suis retrouvé tout seul devant l’immense bâtiment, sans potes et comme seul souvenir de la scolarité les heures que j’ai passé à me faire tabasser dans les chiottes.
Je sais même pas pourquoi j’ai voulu retourner à l’école.
Je sais même pas pourquoi je suis encore en vie de toute façon.

J’imagine que je faisais pitié au milieu de tous les groupes de potes qui se retrouvaient, et je repensais amèrement aux moments que j'avais passé à m’imaginer comment ça serait, le lycée à Toulouse avec Manas.
Ici ils appellaient les noms de tout le monde en leur donnant la classe avec.
Je me suis retrouvé en seconde B, puis assis au fond de la salle dans un cours de maths.

Think about you ~ DjilsimeDes histoires addictives. Découvrez maintenant