Sidjil est quelqu'un de patient.
Ses bagues tintent parfois sur le verre de soda qu'il garde contre sa paume. La boisson n'est plus très fraîche, réchauffée par sa prise, ses glaçons fondus progressivement par la chaleur qui monte dans la pièce. La paille en papier qui accompagnait sa boisson a été mise de côté, posée à même la table, griffée, pliée, et aplatie sous plusieurs angles à force d'être triturée. Le dessous de verre est encore intact, mais la jolie fleur colorée frotte parfois sur ses phalanges, là où une pellicule transparente gondole légèrement, prête à se décoller.
La lampe à lave grésille juste un peu trop fort, ses vibrations effleurant ses épaules et son dos, le son rond presque aussi doux que la lumière diffuse qu'elle propage. Les bulles orangées qui dansent derrière lui créent des lueurs aléatoires, aussi impactante par ses ombres que par les halos chaleureux qu'elle propage partout devant lui. Les miroirs sont nombreux et leurs reflets créent des traits de lumières nets là où tout aurait dû rester flou, couvrant d'éclats les silhouettes qui s'animent autour de la table.
Sidjil participe du mieux qu'il peut. Le bordel est joyeux, les conversations variées et sonores, les anecdotes plus drôles et rocambolesques les unes que les autres. Il est facile de s'asseoir à leurs côtés, facile de partager leurs rires, de rejoindre la soirée qu'ils ont lancée pour eux tous. Il se joint aux autres pour complimenter Léna, gloussant avec eux quand Seb rougit à chaque éloge. Il questionne Laurène quand elle lui montre les photos de sa dernière excursion, curieux de ces récits marins si éloignés de ce qu'il connaît. Il écoute Sefy parler de ses derniers projets, de tournages, de lumières, de prises de vues, et s'étonne de ce métier qui semble le passionner. Il saute sur l'occasion quand Manas et Barbara se découvrent une passion commune pour les tatouages, et taquine son frère à coups d'anecdotes, relatant dessins bancals, cicatrisations éclaires, et artistes aussi loufoques que suspicieux.
Il y met du sien. Il s'amuse, partage, s'intéresse. Sincèrement. D'ailleurs, il est à peu près sûr d'avoir l'air aussi à l'aise qu'il devrait l'être. Personne ne note comme ses doigts s'agitent sur sa paille jusqu'à ce qu'il n'en reste que de grossiers confettis. Personne ne questionne pourquoi il réajuste son assise si souvent, pourquoi sa jambe tressaute sous la table, pourquoi ses griffes viennent triturer le bord de ses manches, pourquoi il perd parfois le fil des conversations qui rebondissent sans cesse... Personne à part Manas, bien sûr.
Sidjil est quelqu'un de patient.
S'empêcher de fixer l'encadrement de la porte ne devrait pas être si difficile.
Manas a beau lui jeter des regards en coin à chaque occasion qui se présente, Sidjil refuse d'admettre ce que les yeux rieurs semblent lui répéter tout bas. Il n'est pas stressé. Pas vraiment. Pas que. Il a juste hâte. Il anticipe. Il trépigne. Il patiente. Du mieux qu'il peut.
La pièce n'a pas vraiment de porte, juste un passage béant entre deux murs, comme découpé dans le joli décor dans lequel ils se trouvent. Sidjil n'a qu'à pencher la tête pour observer le couloir qui s'y devine, par delà les chaises encore vides et l'épaule de Seb, les murs végétaux et les ambiances des autres salons privés bien trop perceptibles pour ses sens à l'affût. Se faire violence n'y change rien, chaque mouvement qui agite l'air dans l'encadrement de cette porte happe son regard et fait monter en lui une pression lancinante. Un mélange d'espoir et d'excitation, un mélange d'angoisse et de joie. Un mélange qui lui fait décocher des regards noirs à quelques serveurs et clients de passage, victimes involontaires de sa patience bancale. Pas qu'il se sente beaucoup plus à l'aise pour accueillir les visages qu'il reconnaît.
Sous la musique discrète et les rires qui la couvrent, un claquement au rythme régulier se fraye une place dans l'ambiance sonore, avant de s'y imposer avec un certain panache. Le son est plutôt anodin, pourtant tous les lycanthes présents le reconnaissent sans avoir besoin de se concerter, se tournant déjà vers la porte alors que la discussion en cours s'interrompt.
VOUS LISEZ
Instinct [Maxime&Djilsi]
FanfictionMaxime et Sidjil sont des loups-garous. Sidjil trouve que c'est une bonne chose. Maxime, beaucoup moins. -- Les lycanthropes n'ont rien à voir avec les monstres des légendes. Cachés, esseulés et rarissimes, les spécimens vivant en France ne se comp...
![Instinct [Maxime&Djilsi]](https://img.wattpad.com/cover/355605552-64-k431799.jpg)