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— Mais les gars, arrêtez d'faire vos princesses, oh ! C'est un bolide du feu de dieu j'vous dis ! Regardez-moi ces lignes ! Ces pare-chocs en béton armé ! Ces pneus qui sentent bon le vécu ! C'est le top du top, le haut du panier, une vraie bête de mécanique !

Au milieu des éclats de rires, la voix de Lucas s'époumone en boucle, tricotant tant bien que mal un discours rassurant à coups d'expressions désuètes et d'arguments bancals. Face à lui, trop sidérée pour céder à l'hilarité générale, Barbara est une des rares à encore tenir debout.

— Oui, oui, d'accord Lucas, super. Mais comprend qu'on soit un peu... J'veux dire, est-ce que t'es sûr qu'il roule ton bolide, au moins ?

— Mais- ! Évidemment ! Lucas hurle presque, une veine saillante sur son front et sa voix éraillée allongeant le mot bien plus que nécessaire, déclenchant une nouvelle vague de rires dans l'assemblée. Vous croyez que j'suis venu vous chercher à pied et qu'je compte vous porter sur mon p'tit dos ?! Vous croyez qu'j'ai du jus de fruit à la place du cerveau ou quoi ?!

— Mais- Lucas ! Mate ta caisse ! Avoue qu'on peut s'poser la quest-

— On est quatorze Barb' ! Qua-tor-zeuh ! J'allais pas débarquer en Ferrari deux places ! Bordel de- Mathis, Sid ! Vous étiez-là, dites leurs ! Il roulait ou pas mon bolide ?!

Un peu plus loin sur le large trottoir que leur groupe occupe sans gêne, un éclat de rire tonitruant démarque Mathis des autres. Basculant d'avant en arrière, il s'appuie contre Sefy pour éviter la chute, ses tentatives de réponses aussitôt embrouillées par ses rires et ses respirations hachées. Alors, comme si cette conclusion coulait de source, les quelques regards qui s'étaient tournés vers Mathis s'orientent vers la façade de l'« Hôtel Mahfouf ». Ou plutôt, vers le coin de bitume où Sidjil est toujours assis, à peine à l'écart de l'euphorie générale. Position qu'il aurait bien conservée encore un peu, juste pour grappiller encore quelques instants de calme.

Mais Lucas lui fait les gros yeux, ouvrant les bras et agitant les lèvres pour l'inciter à lui filer un coup de main. Barbara arque un sourcil, un sourire déjà convaincu tirant ses traits en une grimace amusée. Les autres, que ce soit Manas à ses côtés, Billy, Jordan ou Sefy, le regardent avec les yeux brillants, leurs respirations encore chargées de leurs rires. Alors, Sidjil se laisse convaincre, comprenant que cette fois-ci, il n'échappera pas à l'humeur festive de ses camarades.

Pas qu'il ait grand-chose de positif à dire sur l'engin rapiécé garé en double file.

— Bah, il... Ouais ? De c'que j'ai vu en tout cas, il roule. 'Fin, il roule, quoi.

Il faut croire que son ton laisse deviner juste ce qu'il faut de scepticisme, parce qu'à peine sa phrase achevée, tous les lycanthes présents s'écroulent à nouveau. Lucas se remet à hurler, jetant ses bras en l'air, Barbara cède, explose de rire à son tour, et devant l'hilarité générale que déclenche ses quelques mots, Sidjil aussi se laisse embarquer.

Après tout, il était temps qu'il se remette dans l'ambiance.

Avec sa tête encore lourde de sa discussion avec Mathis, le retour de Lucas sur le trottoir du petit café parisien lui avait sonné comme une invasion aussi joyeuse que sonore. Le leader de leur petite bande n'avait mis que quelques minutes à revenir, leurs amis surnaturels à sa suite, sa voix joviale les rameutant comme une classe d'enfants prête à partir en sortie scolaire. Sauf que, évidemment, les non-enfants qu'ils sont ne pouvaient que tomber des nues devant le véhicule qui les attend, et le non-professeur qu'est Lucas ne pouvait que s'en offusquer. Plus pour garder la face que par réelle conviction, mais quand même.

Instinct [Maxime&Djilsi]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant