Pdv : Elyana
Le garde ne prononce pas un mot. Son regard sombre est braqué sur moi et il se contente de me tourner autour avec sa longue lame en métal argenté qui reflète la lumière du soleil. Il n'a même pas tenté d'appeler ses amis. Peut-être a-t-il compris à mon regard que je ne le laisserai pas appeler de l'aide ou peut être pense-t-il ne pas en avoir besoin. Mon regard est attentif, scrutant chacun de ses mouvements, dans l'attente qu'il attaque. Mes paumes légèrement moites sont fermement serrées sur mes dagues. Seules nos respirations troublent le silence pesant de la forêt. Les secondes s'écoulent aussi lentement que des minutes sans qu'aucun de nous n'attaque. Je lève les yeux au ciel dans une mimique faussement lassée.
- Prends ton temps surtout, ce n'est pas comme si j'étais pressée.
Je place dans mes paroles toute l'insolence dont je suis capable. Les yeux bleus du garde me fusillent alors que tous les muscles de son corps se crispent. Ses poings se resserrent sur le manche en cuir de son épée et ses jointures blanchissent. Je sens l'adrénaline qui coule dans mes veines alors que l'on continue à se tourner autour. La distance se fait de plus en plus petite entre nous et un léger sourire se dessine sur mes lèvres.
Je souris quand je suis sur le point de me faire tuer maintenant ? Ce monde m'a complètement détraquée.
Le pied droit du garde glisse vers l'avant tellement rapidement que je ne suis pas sûre d'arriver à éviter l'attaque qui arrive. Plus par chance qu'autre chose, je me décale sur le côté, je sens le métal froid passer si proche de mon visage qu'une petite mèche rebelle de ma tresse est coupée net. Je retiens un frisson de terreur, mon semblant de confiance envolé. Mon cœur semble vouloir s'échapper de ma cage thoracique tellement il y cogne rapidement. Je suis emportée par mon élan et bascule au sol. Je roule sur le flanc pour amortir la chute et me redresser, félicitant mentalement mes réflexes. Le garde a déjà redressé son épée pour m'asséner un second coup. Je m'accroupis juste à temps pour éviter l'attaque mais je vois trop tard son genou foncer vers mon menton. Ma tête est violement envoyée en arrière. Durant quelques secondes, ma vision se brouille et je ne sens plus que la douleur qui éclate dans ma bouche. Sonnée, je titube maladroitement vers l'arrière, cherchant à me mettre hors de portée. Un goût métallique se répand dans ma bouche. Du sang. Merde. Du revers du bras, je frotte le coin de ma bouche, où un peu de sang a coulé. Ce qui n'échappe pas au garde qui affiche un sourire satisfait.
- Tu aurais peut-être préférer que je prenne mon temps, Humaine, crache-t-il avec un dégout non dissimulé.
Mon regard s'enflamme d'une rage incomparable à celle que je n'ai jamais ressenti. Merde, je ne peux pas le laisser gagner. Je ne lui laisse pas le temps de réfléchir et fonce. Je m'élance à toute vitesse vers l'homme, les doigts serrés autour de mes lames. Une dans chaque main.
Il ne me battra pas deux fois.
Je ne le laisserais pas faire.
Le garde écarquille les yeux, surpris. Il lève son épée devant lui, dans l'espoir de m'arrêter mais à la dernière minute je me laisse tomber au sol une jambe tendue vers celle de l'homme, en appui sur mes bras et ma seconde jambe. Je me fais tourner en calant ma jambe entre celles du garde qui s'écroule au sol surpris par mon croche-pied. En quelque secondes, je suis debout face à lui. Son épée lui échappe des mains et je profite de ce moment d'inattention pour donner un coup de pied dedans pour l'envoyer promener un peu plus loin. J'hésite quelques instants avant de lancer mes deux lames près de la sienne.
Ce sera un combat équitable. S'il n'a pas d'arme, alors moi non plus.
Avant qu'il n'ait le temps de se relever, j'attrape ses épaules entre mes paumes et lance un violent coup de genoux dans son nez qui émets un craquement inquiétant.
Un peu fort peut-être ?
Il semble ailleurs quelques secondes. La culpabilité me tord le ventre mais je la chasse.
Je n'ai pas le choix, je me répète.
Je me prépare à lui assener un second coup de genoux mais ses mains s'enroulent autour de mon mollet. D'un coup sec, il tire ma jambe. Je bascule en arrière et mon crâne percute le sol dans un bruit sourd. Ma vue se trouble à nouveau alors que le choc résonne dans mon cerveau comme un cri dans une grotte.
Wow.
Le temps que je reprenne mes esprits, le garde est au-dessus de moi, les jambes de chaque côté de mes hanches.
L'impression de déjà-vu me frappe aussi violement qu'un coup de poing.
Je ne vois même pas son coup venir. Il me touche sur la joue où je sens déjà fleurir un gros bleu. Je vois le second coup partir et décale ma tête sur le côté. Le poing du garde vient s'écraser sur le sol. Je profite de ces quelques secondes de surprise pour retourner la situation d'un coup de hanche et me retrouve maintenant au-dessus de lui. Son visage est salement amoché, son nez est tordu d'une façon peu naturelle alors que ses mèches châtaines sont rougies par le sang. J'hésite quelques secondes à envoyer mon poing dans sa figure.
Quelques secondes de trop.
Ça suffit à l'homme pour attraper la dernière lame accrochée ma cuisse, il me l'envoie dans le bras, la seule partie de mon corps qu'il sait atteindre de sa position. J'ai un mouvement de recul, pas suffisant pour éviter son attaque. Je retiens un grognement de douleur alors que la lame entaille ma chair. La douleur irradie dans tout mon bras alors que le sang chaud coule de la plaie, teintant de rouge ma chemise déjà recouverte de terre.
Merde.
Je serre les dents. D'un mouvement vif, j'attrape son poignet qui tient l'arme et le tort dans un sens peu naturel pour lui faire lâcher prise. Sans succès.
Putain.
La panique me gagne, sans que je n'arrive à la contrôler.
J'envoie un coup de poing maladroit, visant sa joue. Il l'évite sans difficulté. Avec une rapidité que je ne me connais pas, je me redresse et m'éloigne de plusieurs mètres. Je glisse ma main sur ma cuisse jusqu'à attraper la dernière lame qui s'y trouve. Etrangement, la fraicheur du métal contre ma paume me rassure tout de suite.
En face de moi, l'homme s'est redressé également. Il tient toujours fermement la dague qu'il ma volé pourtant, je surprends son regard à s'attarder sur son épée, échouée avec mes deux dagues au pied d'un arbre.
Je n'attends pas que le garde soit près et me jette sur lui. Je lui envoie un coup de lame maladroit qu'il évite sans trop de difficulté. A son tour, il attaque et j'évite avec une facilité qui m'étonne le coup visant mon estomac.
Il est maintenant à ma portée et, cette fois, je n'hésite pas à lui envoyer mon poing dans la mâchoire. Le choc resonne dans mes os mais malgré ça, ma bouche s'étire en un petit sourire lorsque je vois un filet de sang s'échapper d'entre ses lèvres. Il s'efface quand je me rends compte qu'il ne bronche même pas.
Il me lance son coude dans le ventre et mon souffle se bloque dans ma poitrine. Il vise ma gorge avec sa lame pensant que je ne suis pas encore prête à l'éviter mais quand son bras arrive à ma portée, je plante ma lame qui s'enfonce dans sa peau comme dans du beurre. Il pousse un glapissement de douleur. Son bras retombe mollement le long de son corps laissant tomber sa lame dans les feuilles mortes. D'un mouvement sec, j'arrache ma lame de son bras. Un flot de sang s'en échappe, éclaboussant mon visage et ma chemise, déjà dans un piteux état. Une haut le cœur me prend. Je plaque ma paume contre mes lèvres laissant tomber mon arme. Je m'éloigné, titubant vers l'arrière.
Qu'ai-je fait ? J'aurais été prête à le tu...
Le garde est tombé au sol et tente de contenir le sang qui coule le long de son bras de manière abondante. Mes haut-le-cœur sont de plus en plus puissants à la vue du liquide rouge qui s'infiltre entre ses doigt et forme une flaque à ses pieds. En reculant, je me suis rapproché sans m'en rendre compte des armes qu'on a laissés plus tôt. Je me baisse maladroitement pour attraper mes deux dagues et les ranger contre ma cuisse.
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Le Sacrifice
FantasyLors d'une visite scolaire, la vie d'Elyana Viline bascule brusquement. Se retrouvant propulsée dans un monde sans pitié, elle devient une menace au yeux de tous. Pour s'en sortir vivante des mains du roi et des dangers qui l'entourent, elle n'aura...
