La sonnerie de mon téléphone interrompt notre conversation. Claudine me parle de Robert et d'elle-même, mais je dois la laisser un moment pour répondre. C'est ma mère. Merde, pourquoi maintenant ?! Je m'éloigne en direction des toilettes, mais malheureusement elles sont prises à entendre les bruits et les voix, et je préfère ne pas vérifier, alors je tourne à droite et monte à l'étage, ou tout semble calme. Je m'accroupis contre le mur, entre des vestes accrochées et décroche.
-Allô ?
-Alsa, j'ai une mauvaise nouvelle.
Mon cœur se sert. Que peut-elle avoir de mal à m'annoncer ? À entendre le son de sa voix, je sens déjà que celane va pas me plaire.
-Ton père ne viendra pas ce week-end comme prévu. Je suis désolée, j'ai voulu te prévenir sur le moment, ta sœur est très déçue, je crains que tu ne le sois aussi.
-C'est pas juste.
-Je sais, je sais ma chérie. Ton père n'y peut rien, souviens-toi, il fait ce qu'il peut.
Oui, et bien ce n'est pas suffisant je trouve. J'en ai marre.
-Mm, je marmonne, les larmes aux yeux. Merci.
Je raccroche, la boule au ventre. Mon père est homme d'affaire et doit toujours voyager. Il se trouve à l'étranger et ne peut quasiment jamais venir nous voir. En ce moment il est à Pékin, et il nous avait promis de venir ce week-end, car cela fait maintenant six mois que l'on ne l'a pas vu, et je m'en réjouissais depuis une semaine. Et là, ma mère m'annonce qu'il ne viendra pas. Il me manque tellement, que parfois je lui en veux de ne pas être là pour nous, ma sœur Emilie et moi. Pourquoi nous fait-il subir ça ?
Depuis mes trois ans, je ne le vois que deux ou trois fois par ans, pour Noël et parfois le Nouvel An. Cela fait quatorze ans que ça dure, et j'en ai assez. Il n'a jamais pu être là pour voir mes représentations à l'école, lors des réunions, mes certificats comme quoi j'étais bonne élève, il n'a jamais pu être convoqué pour parler avec mon professeur. À cause de ça j'ai, il y a quelque années, fait exprès de m'attirer des ennuis, désespérément on peut le dire, pour prêter son attention, mais cela n'a servit à rien. Sauf à m'attirer des problèmes. Je n'ai jamais pu participer à ces soirées, père et fille, qui s'organise à l'école primaire. Je voyais mes amies, qui se précipitaient dans les bras de leurs pères à la fin du cours, et moi qui marchait lentement, avec l'espoir de le voir apparaître.
Bon, il est vrai qu'il y a toujours eu ma mère pour moi, elle a très bien joué son rôle, mais pours ceux qui ont vécus cela aussi, ils sauront que ne pas avoir un père provoque un vide chez nous, et dans notre vie. Je ne veux pas m'éterniser sur ce sujet, me plaindre comme quoi la vie n'a pas été généreuse jusque là envers moi, car ce n'est pas vrai, elle m'a donné une petite sœur formidable, et des amis inoubliables.
-Te voilà ! Je t'ai cherché partout ! Tu étais ici tout ce temps ? Tu fous quoi là ? me lance une voix surprise, un brin moqueuse.
Je lève la tête, surprise et vois Carla, se tenant devant moi. Son expression change quand elle aperçoit mon visage embué, mes yeux rouges et mouillés. Elle me rejoint et je la remercie du regard d'être venue seule.
Hier soir, on s'est endormies tard. Je ne me souviens même plus de l'heure, mais j'ai la certitude d'être rentrée bourrée. La soirée s'est bien déroulée si on efface le passage à l'étage, où Carla a été très compréhensive et m'a entraînée après dehors, pour m'ôter tout ça de la tête. On s'est assises au rebord de la piscine, ou Jordan avait allumé les lumières, et on a plongés nos pieds dans l'eau. Des garçons se sont approchés et nous ont tirées en riant dans l'eau, complètement habillées. On a émergé nos têtes de l'eau et éclaté de rire. Lorsque l'on est rentrées chez Carla, nos robes étaient trempes, mais on s'en foutait totalement, on avait passé une bonne soirée. Heureusement que sa mère dormait déjà, car je suis certaine qu'elle aurait piqué une crise en nous voyant, et appelé ma mère.
Je me redresse du lit et tourne la tête vers Carla, encore profondément endormie. Un coup d'œil au réveil posé à côté m'indique qu'il est neuf heures. Je m'extirpe silencieusement du lit pour ne pas la réveiller et passe à la salle de bain. Ma tête, mon dieu ! J'aurai dû me démaquiller, le résultat aurait été moins révoltant. Et mes cheveux ! En bataille. J'empoigne la brosse à cheveux posées sur le rebord et m'efforce de défaire tout les nœuds qui se sont formés. Je me passe l'eau sur le visage et enlève les restes de maquillage.
Quand mon visage me semble à peu près correct, je retourne dans la chambre et débranche mon téléphone.
Le temps que je consulte mes messages, mes notifications et tout ça il ne s'était écoulé que cinq minutes. Je soupire, avec un air ennuyé. Je jette un regard à Carla toujours profondément endormie, la tête tournée vers le mur, enfouie sous la couette. Je ne veux pas la réveiller, elle m'en voudrait peut-être. Je finis par me lever et attraper un des romans rangés soigneusement dans son étagère installée contre le mur, et retourne m'allonger pour commencer ma lecture.
Finalement, quand Carla se réveille, j'en étais à la soixantième page, à fond dans le livre. Son bâillement sonore me fit sursauter. Elle me fixe avec des yeux ensommeillés, la tête dans le cul, comme le dit l'expression. Elle se relève et se dirige vers la salle de bain. Je souris et reprends mon livre. Dix minutes plus tard, elle en ressort avec une tête potable. Je me redresse et pose son livre sur la table de nuit à côté et rassemble mes affaires dans mon sac pendant que Carla finit de rassembler ses boucles en chignon.
Puis on descend déjeuner des croissants, des pains chauds et du jus d'orange. Il est dix heures moins quart lorsqu'on a terminé. Samedi, je n'ai jamais rien de prévu avec ma mère donc on décide régulièrement de passer une journée tranquille à regarder des films, ou aller faire du shopping, ou bien pour les week-end chargés, réviser ensemble. Aujourd'hui, on a de la chance, les profs nous on pas bombardés de devoirs ni d'évaluations donc on décide, après la soirée de hier, de rester chez elle relaxe et regarder deux trois films. Sa mère travaillant le samedi également, on a son appart pour nous seules. C'est bien pour ça qu'on vient plus souvent passer nos vendredi soir ici, c'est plus simple. On peut passer de ces journées ! En plus, on a la voie libre sur le grand écran plat dans le salon ; parfait pour se mater des films. Pour moi le samedi c'est notre journée, sans compter les autres, bien sûr. En plus, ça m'arrange aujourd'hui, j'aimerais décompresser et oublier l'appel de ma mère hier. Je n'y ai plus pensé jusque maintenant.
Après avoir rangé et débarrassé nos assiettes, on s'installe sur les divans noirs en cuir pour se regarder un film. À la fin, on se retrouve toutes les deux à pleurer tristement.
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Roman pour Adolescents#EXTRAIT " − De toute manière tu ne crois en rien Alsa. − Pas en rien. Mais à l'amour véritable qui te fait perdre la tête. C'est de la comédie. Les gens veulent juste pimenter leur couple en simulant une folie dûe à l'amour. Au fond, peut-être que...
