Première partie

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Chapitre 1

Depuis la route, personne ne peut deviner ce qu'est Spring Meadow. Le panneau, niché sous un grand chêne, pourrait être celui d'une résidence pour seniors. Ou d'une chambre d'hôte. Il fait penser au siège d'une grosse société ou à une antenne universitaire.

Le chemin qui conduit au bâtiment principal donne une impression trompeuse. Au début, on croit arriver sur une sorte de campus et puis on se retrouve à longer une suite de pavillons. Mais on voit bien qu'aucune famille ne vit dans ces maisons.

Au bout, on tombe sur un édifice moderne, de plain-pied, qui rappelle une école ou un complexe de bureaux. Il n'y a toujours aucun indice qui permette de savoir ce qu'est cet endroit. Pas de matériel médical, ni de fauteuils roulants. Pas de gens en blouse avec des blocs-notes, de gardiens ou d'agents de sécurité. On ne croise pas la moindre personne aux aguets, au cas où il faudrait gérer une situation d'urgence.

Si tu arrives par une nuit pluvieuse, dans des vêtements mouillés, avec du vomi dans les cheveux , personne ne court vers ta voiture pour t'aider à rentrer. Personne ne propose de te nettoyer. Tu te laveras plus tard, si tu veux. Comme pour beaucoup de chose à Spring Meadow, ça dépendra de toi.

Une odeur chimique règne dans le bâtiment. On finit par s'y habituer. Si tu es venu avec tes parents, ils iront parler à Mme Rinaldi. C'est elle qui recueille les informations pour le dossier médical du patient et les formulaires d'assurance. On t'installera dans une chambre une fois tout les papiers dûment remplis. Et si tu as 16 ans, bien-sûr, il faudra régler les questions de consentement et d'autorité parentale.

Si tu tremble légèrement ou que tu vois trouble parce que tu as des doses massives d'alcool et/ou de drogue dans le sang, tant pis pour toi. Ce n'est pas comme dans les films. Il ne faut pas t'attendre à une piqûre de sédatif pour calmer tes nerfs, ou à ce que quelqu'un t'enveloppe dans une couverture et passe un bras autour de tes épaules en te promettant que tout ira bien. Non.

La première nuit, tu restes couché dans une espèce de cellule, sur un matelas trop dur, la tête posée sur un oreiller trop fin, à fixer le mur jaune et nu en face de toi. Si tu as, mettons, volé une voiture ce jour-là et que tu t'es mis dans le fossé avec, il est possible que tu sentes encore l'impact de l'accident dans les poignets et la poitrine. Tu auras des coupures, des égratignures, et peut-être des bleus à cause de l'airbag. Tu verras sans doute des choses foncer sur toi à toute vitesse quand tu fermeras les yeux. Ce n'est pas marrant. Mais c'est ton problème. 

Dans deux jours, tu seras propre et correctement habillé. Tu n'auras plus la nausée et tu y verras clair. Tu te promènera en peignoir et chaussons, avec ton infusion à la main et ton programme du jour dans la poche :

- Reunion d'information médicale sur l'alcool et les drogues.

- Séance de thérapie contre l'addiction à l'alcool et aux drogues.

- Groupe de parole sur l'indépendance à l'alcool et aux drogues.

Les sujets ne sont peut-être pas variés. Mais c'est le but. Spring Meadow. Centre de désintoxication. Ce sont tes vingt-huit premiers jours.

D'une certaine façon, ce sont les plus faciles.

Addiction [TERMINÉE]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant