Lundi Quatorze heures et huit minutes
Je regarde des deux côtés sans arrêt. J'ignore à qui j'ai affaire, donc je fais très attention. Je sais pourtant que la personne a largement l'avantage sur moi. Elle me connait, elle sait des choses, et c'est elle qui a fixé le point de rendez-vous...
J'arrive derrière la grande administration et je patiente pendant quelques secondes. J'essaie d'appeler le numéro, mais c'est peine perdue, elle ne la décroche pas. Je reste debout, aux aguets.
J'entends venir des pas vers ma direction. Je me tourne rapidement. Ce n'est personne. rien, à part le vent qui vient de soulever une vague de feuilles mortes...
Qu'est ce qui m'arrive ?
J'ignore dans quoi je me suis encore fourré. Mais j'ai l'impression que tout cela ne va nullement me plaire. Quelqu'un me touche l'épaule gauche, je me retourne vivement, le cœur battant à rompre. A ma grande surprise, je découvre Florentine.
« Que fais-tu ici, Florentine ? »
Je regarde à nouveau dans les deux sens, craignant qu'un responsable ne me découvre ici, en compagnie d'une fille de surcroit. Face à moi, Florentine arbore un sourire espiègle, elle me répond :
« Sanon ! Sanon ! Sanon ! »
Je faillis de m'écrouler. C'était elle au téléphone ! Je fais deux pas en arrière. Florentine ne s'arrête pas de sourire étrangement.
« Qu'est-ce que tu me veux ? »
« Calme-toi, Sanon. Arrêtes de faire la mauviette. »
Elle doit être folle ou un truc du genre. Comment peut-elle me demander de me calmer dans une pareille situation ?
« Je n'ai rien à voir à ce qui est arrivé à Victor ! Je n'ai rien à voir à tout cela ! »
Elle sourit encore plus bizarrement que les fois précédentes. J'ai envie de courir.
« Tu t'es bien démêlé pour que ton nom ne soit pas mêlé à tout ça. Tu t'es arrangé pour te mettre à l'écart lors des furies. Tu n'as fait qu'afficher de petits sourires par moments. Mais, il arrive que dans tout ce qu'on fait, nous laissons nos traces. »
« De quelle trace fais-tu allusion, Florentine ? »
Elle s'avance vers moi, puis retire une feuille de sa poche, elle lit :
« Dans les 25 raisons pour lesquelles tu ne devrais pas voter Victor, dans la 5ème raison, tu as utilisé les mots ''déceler le contenu''. Ce matin, en distribuant les feuilles de dissertation, j'ai remarqué dans ta copie, au niveau de l'introduction ''Ainsi, tenterons-nous tout au long de notre exposé de déceler le contenu...'' Ça ne fait aucun doute, c'est toi l'auteur des 25 raisons... »
Je palis sans le vouloir, je tente de me défendre :
« Simple coïncidence, ce n'est pas moi que tu cherches... »
« J'ai toujours eu le pressentiment que c'était toi. Tu détestes Victor autant qu'il te déteste, tu détruis à chaque fois les arguments qu'il présente en cours de littérature et en Sciences Sociales et de plus, sa présence à la tête de la promotion aurait anéanti ton petit groupe de lecture ! Tu sais parfaitement tout ça, pas vrai ? »
Elle me regarde droit dans les yeux, puis poursuit :
« Je te tiens Sanon ! Victor n'aura besoin d'aucuns preuves pour te refaire le portrait, j'aurai qu'à lui souffler ton nom et il s'empresserait à se défouler sur toi. Et, je ne parle même pas de la direction, tu as violé deux lois de la charte mère en postant cette chose sur le panneau d'affichage : d'abord, tu as utilisé ce tableau à des fins personnels et ensuite, tu as ouvertement dénigré un camarade. Le renvoi, Sanon, c'est ce qui t'attend ! »
Je perds mon calme, je lui crie dessus :
« Okay Florentine ! Je l'ai fait, d'accord ? Je l'ai fait ! J'ai brisé cet imbécile en mille morceaux, il est foutu, il est la risée de la promotion ! T'es contente ? »
Mon action n'a pas eu l'effet escompté, elle semble plutôt satisfaite de ma confession. Je poursuis :
« A ce que je sache, tu détestes toi aussi ce mec. Tu devrais être satisfaite, non ? Pourquoi fais-tu tout ça ? Qu'est-ce que tu veux Florentine ? »
Elle baisse le regard pendant quelques secondes, puis, relevant la tête, ses yeux viennent croiser les miens. Elle me déclare:
« J'exige que tu m'aides dans mes dissertations... »
« Tu veux que je te rédige tes dissertations ? Tu devrais avoir honte de toi Florentine ! »
« Non, contrairement à toi Sanon, j'ai des limites. Je veux que tu m'aides à mieux faire mes dissertations. Je veux dire, que tu m'enseignes les techniques de rédaction. »
« C'est à ca qu'ont servi les cours de dissertation de ces trois dernières années ! »
Florentine baisse la tête pendant quelques secondes. D'un autre côté, je me sors plutôt pas mal, je devrais plutôt accepter ce qu'elle a à m'offrir. C'est toujours mieux que le renvoi définitif... »
« D'accord Florentine. On commence quand ? »
***
Jeudi, dix-neuf heures
Je finis l'exercice de mathématiques, et je me laisse aller sous le lit. J'ai eu une dure semaine jusqu'ici. Avec papa qui voyage dans deux semaines, ce sera encore plus difficile pour moi. il claironne à chaque instant que je vais devoir me comporter en tant qu'homme de la maison pendant les trois semaines que dureront son périple.
Autre chose me domine. Depuis ma discussion avec Florentine, je ne trouve plus le sommeil. Elle a réveillé quelque chose d'étrange en moi. Je crois que ça s'agit du remords.
Suis-je mauvais ? C'est le parfait moment pour que je recommence à me poser ces genres de questions. J'ai détruit Victor, j'ai brisé sa réputation et j'ai dormi d'un trait. J'ai anéanti un garçon et j'ai passé l'une des meilleures fins de semaine de ma vie.
Je n'ai pas de limite
Florentine m'a plutôt tendu la perche lundi dernier. Je n'ose imaginer ce qui se serait passé si ça avait été Katia ou une autre fille sous le charme de Victor. Je me demande si maintenant, les mots que j'ai utilisés, les paroles que j'ai écrites, valaient la peine.
Je ne vaux pas mieux que Victor...
Ce dernier utilise sa force pour me brutaliser, et moi, j'ai usé des mots, les choses que je maitrise parfaitement pour l'abattre. Je ne vaux pas mieux que lui, je suis un égoïste, je ne pense qu'à défendre mes intérêts...
Couché sous le ventre à travers sur le lit, les doutes sur ma personne m'assaillent à nouveau, comme jamais auparavant. Je me pose la fameuse question qui fâche :
Qui suis-je réellement ?
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Sanon III
Teen FictionSa question m'invite à me questionner. Suis-je malade ? Je suis anxieuse, Je m'énerve pour un rien, rien ne m'intéresse, et je n'ai plus l'envie de sourire. Mon cœur palpite. Mes mains tremblent tout en répondant au message de mon ami : « Ça t'e...
