Il y a des soirs comme ça, où plus rien ne paraît avoir vraiment d'intérêt. Alors on s'assoit simplement sur le rebord de son lit, et on fixe la lune à travers la fenêtre, qui n'est ni pleine, ni grosse, ni rouge et n'a rien d'incroyable. C'est juste une lune, pas vraiment blanche, un peu bancale, totalement banale.
On s'assoit et on pense. On réfléchit à sa condition de mortel, à la breveté d'une vie humaine. On se dit qu'une vie, c'est bien trop court pour pouvoir vivre, bien trop bref pour faire tout ce qu'on aurait envie de faire. Une vie, c'est comme être un aveugle dans un couloir rempli de portes, tu tâtonnes, tu sais pas bien où tu vas, et sous tes doigts, tu fais pas bien la difference entre une porte de bois de rose, une porte en chêne ou une porte en plastique : tu sais pas ce qui est le mieux pour toi, alors tu ouvres la première venue, ou parfois celle vers laquelle on t'a poussé, et tu sais jamais sur quoi tu tombes, c'est comme un kinder surprise. Sauf que là, le jouet peut être une joie innommable, un gouffre sans fond, ou un ennui infini. Et le problème de ne vivre qu'une fois, c'est que t'as pas d'expérience. Si on vivait deux fois, on saurait que la troisième porte à gauche en partant du fond ne nous mènera à rien, et peut être qu'on prendrait celle d'en face. Et si elle n'est pas mieux, et qu'on vit trois fois, on prendra la suivante, et ainsi de suite, jusqu'à trouver la bonne.
Mais on vit qu'une fois, et on est condamné à seulement trébucher et à se prendre des poignées de portes dans la poire.
