Elle était à mes côtés.
Sous un voile gris, terne et pourtant scintillant. Il était à la fois transparent et ne laissant passer aucune lumière.
Elle me tenait la main.
Ses falanges me faisaient mal. Elles me transperçaient la peau.
Elle était grande, immense.
Elle me traînait derrière elle tel un vieux sac.
Deux grandes ailes noires recouvertes de plumes goudronnées attachées à son dos m'empêchaient de voir devant.
Le bruit strident et malsain du métal qui crissait sur le sol me faisait saigner les oreilles.
Elle traînait une faux à ses côtés.
Des étincelles jaillissaient du frottement du métal contre la pierre.
Elle s'arrêta et se retourna vers moi.
Je vis enfin son visage.
C'était un visage de vieille femme et de vieil homme en même temps. D'un bébé et d'un enfant. D'un squelette en décomposition et d' une personne en pleine forme venant d'appliquer une crème de beauté.
J'eus l'impression de reconnaître mille personnes dans son visage alors qu'il m'était inconnu.
Elle se tourna alors d'un angle de 35 degrés.
Je suivis son regard et je remarquai alors que les formes que je pensais anodines jusqu' ici étaient en fait des dizaines de silhouettes couchées et quelques unes se dressaient debout.
Celles couchées étaient reconnaissables malgré qu'elles soient en décomposition.
Je vis mes parents, je vis Sébastien, je vis Stefania, je vis des monstres mi- homme mi -bête, je vis que tous étaient en décomposition, recouverts et rongés par des mares de vers pourpres et par de grands corbeaux noirs.
Une odeur ignoble montait jusqu'à mes narines et une atmosphère étrange, lourde et effrayante pesait.
Je reconnus ensuite les silhouettes levées. Je vis mon groupe, mes amis, ma sœur, ma meilleure amie, Léa...
Son mouvement me fit me ramener à elle.
Elle me fit un hochement de tête et un rire creux et sans vie sortit de sa bouche.
Elle saisit à deux main sa faux.
Elle la brandit.
Et avec toute la force du monde et avec, pourtant, une lenteur déconcertante, la lame se dirigea droit vers les dernières silhouettes debout.
Un cri d'agonie immense, indescriptible émana des corps encore debout. Elle emplit la salle et remonta jusqu'à moi. Pour m'emplir de ce son mortuaire.
Ce son résonna dans ma tête et atteignit enfin mon conscient qui me réveilla précipitamment.
Je me suis réveillé d'un coup. J'étais allongé sur une paillasse dans une grotte. Mes amis discutaient à côté. Quand ils virent que je venais de me réveiller, ils se précipitèrent vers moi.
Léa : << Tu vas bien ? >>
<< Ouais et toi ? >>, d'une voix encore embrumée par le sommeil
Seb : << C'est toi qui nous intéresse pas nous >>, dit- il sur un ton moqueur
<< La seule chose que je sais c'est que je suis heureux d'être avec vous >>
Léa m'embrassa et tous mes amis nous enlassèrent.
Nous étions tous enchevêtrés de manière assez inconfortable et quand quelqu'un désserra enfin son étreinte, nous nous écroulâmes tous les uns sur les autres. Il y eut un fou rire général qui dura plusieurs minutes. Il me permit d'oublier ce rêve troublant, mais pas entièrement. Il restait là, au fond de ma tête. Même s'il était bien enfoui. Tapi dans l'ombre, telle une hyène qui attend que le lion attaque en premier avant de surgir. Ce rêve attendait là, ne se décidant pas à disparaître, tel un rêve prémonitoire.
Mais désormais mon esprit ne s'en rappelait plus et vaquant à d'autres occupations, continua son chemin. Il s'attarda alors sur ma petite sœur qui, certe, semblait creusée par la fatigue, mais rayonnait d'une joie de vivre anormale, inhabituelle et surtout, ne semblait blessée suite aux événements. Un sourire arbora alors mon visage.
Mon regard continua alors de balayer la grotte. Il s'arrêta sur une silhouette recroquevillée en retrait derrière les autres, contrastant avec la grotte bruyante et agitée de son silence et de son immobilité qui semblait rare aujourd'hui dans cette pièce de pierre pourtant calme dans sa logique habitude.
Mon regard s'attarda assez sur cette silhouette pour comprendre que ce contraste d'immobilité n'était pas dû a l'isolement de la personne. Non. Son corps était réellement et atrocement immobile.
J'ai alors lâché la main de Léa, elle m'adressa un regard inquiet mais elle n'aperçut pas mon regard devenu d'un noir pétrole et continua alors sa conversation.
Je m'étais levé dans une lenteur déconcertante mais pourtant avec toute la rage du monde. Je me suis alors dirigé vers cette silhouette immobile. Utilisant le trajet le plus court, quitte à traverser des cercles de personnes qui parlaient. Mon silence, ma détermination et la gravité de mon attitude se répandit dans la grotte et celle-ci fut alors prise d'une atmosphère lourde et pesante et elle venait de retrouver son silence habituel caractérisé par l'écho régulier des gouttes d'eau s'écoulant des stalactites et s'écrasant sur le sol de la grotte et ses stalagmites.
Petit à petit la silhouette me sembla familière. Les longs cheveux que j'aperçus m'aidérent à découvrir qui c' était. Mais quand je vis son visage, je ne découvris rien d'humain. Il était recouvert de plaques, de boutons noirs et sa peau était teintée de la même couleur. Une flaque de sang entourait ce visage noir comme pour inciter nos regards à revenir quoi qu'il arrive à cette vision d'horreur.
Je me suis retourné vers mon groupe, ma famille qui venait a nouveau de perdre un de ses membres et je n'ai pourtant lancé qu'une phrase sans émotion : << Brûlez le corps et faites vos affaires ! On part dans les 10 minutes. >>
Et j'ai continué ma route. Traversant cette foule qui me laissa passer et qui, je le savais, m'écouterait à la lettre. Mais leur état de choc dura d'abord jusqu'à ce que j'arrive au balcon qui surplombait le reste de la crevasse et toutes les autres grottes.
Je les entendis se précipiter vers la silhouette inerte. Je les entendis crier d'effroi. Crier "Leïla". Je les entendis pleurer. Mais aucune émotion n'arriva à sortir de ma carapace que je m'étais construite malgré moi. Je me retournai et vis que les plus braves avaient commencé à ramener du bois et les autres s'étaient détournés de ce spectacle morbide et commençaient à ramasser leurs affaires et à se préparer au trajet.
Mon sac était déjà fait vu que je n'y avait pas touché. Tout était resté sur le dos de Blizzard qui s'ennuyait, seul, en bas de la crevasse. Avant de me téléporter le rejoindre je leur dis d'une voix froide et métallique : << Et lavez-vous ainsi que vos vêtements à la cascade en contrebas je ne veux pas qu'une épidémie se répande. >>
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Gaïa - Tome 1
FantasyDracke, c'est mon nom. J'ai toujours eu du mal à me trouver une place dans l'ancien monde. J'avais peu d'amis, jamais connu l'amour et beaucoup de problème dans ma famille, à l'école. Mais depuis ce fameux soir, qui m'a fait chavirer et qui a failli...
