{ Dormir sous la pluie }

844 78 4
                                        

"- Wendy, tu es prête ?

- J'arrive ! Crie ma soeur à l'autre bout du couloir."

Je soupire de désespoir et m'avance vers ma porte d'entrée. J'ai autorisé Wendy à partir en classe verte. Elle part à la neige et je pense que ça lui changera encore plus les idées. Je regarde par les cadrants de la fenêtre et aperçois le ciel grisâtre surplombant la ville. Je me tourne à nouveau vers la cuisine entendant les pas lourds de ma soeur se rapprocher de moi. Elle tient dans sa main sa petite valise voyage ainsi que le sac à dos de Gray sur ses épaules.

"- Tu as tout ? Lui demandais-je en lui agrippant son bagage.

- Heu... susurre-t-elle, non ! j'ai oublié Carla !"

Elle se précipite vers les escaliers et redescend quelques secondes après, sa peluche chat blanche en main.

"- Range là dans ton sac. Il va pleuvoir et il vaudrait mieux ne pas la mouiller.

- C'est vrai..."

Elle colle sa joue au doudou et la frotte légèrement, puis ouvre son petit sac pour la ranger précieusement dedans. Elle lève subitement son regard vers moi et me demande en se triturant les doigts :

"- Tu vas pas pleurer, hein, quand je serais là bas? "

Je rigole doucement et pose ma main sur sa tête.

"- Viens, avant qu'ils ne partent sans toi."

Excédée par cette remarque, elle se précipite vers la sortie, me laissant fermer la porte de la maison. Elle court jusqu'à l'arrêt de bus et me crie à présent la voix paniquée et légèrement aigu :

"- Vite Juvia ! Ils vont partir sans moi à cause de toi!

- Eh ! M'indignais-je, c'est pas moi qui aie oublié de prendre Carla j'te rappelle."

Elle croise soudainement ses bras, marmonnant des paroles incompréhensibles. Je la rejoins rapidement, attendant patiemment le transport. Je sens ma soeur à côté de moi s'agiter d'impatience.

"- Tu vas te calmer oui ? Grognais-je.

- Désolée, bougonne celle-ci."


_______________________________________________________________________________________________________________________________________________________________


"- Tu fais attention à toi d'accord ?

- Oui... c'est promis, se dandine Wendy devant l'entrée du bus. Je peux y aller maintenant ?"

Je souffle, puis la prend dans mes bras. Elle agrippe ses mains dans mon dos et enfouie sa tête dans ma poitrine. Puis elle finit par se décoller et me fais signe qu'elle doit rentrer.

"- Et surtout amuse-toi bien d'accord ? Je t'aime !"

Je n'obtiens une réponse de sa part, la porte du bus se ferme simplement devant mon nez, tandis que je la regarde à travers la vitre. Elle me fais des grands signes de la main, et je peux voir qu'elle est assise non à côté de Cherrya mais d'un petit garçon, brun avec des grands yeux sombres. Elle lui chatouille le cou, ne s'occupant plus à présent de moi. Le transport s'éloigne petit à petit de mon champ de vision et je sens déjà le regret m'envahir de l'avoir laissée partir loin de moi.

De fines gouttes de pluie commencent à s'écraser sur le sol goudronneux de l'arrêt de bus. J'avais prévu d'aller rendre visite à ma mère. Je sors vite mon téléphone, enclenchant une nouvelle playlist puis le range dans ma poche en sortant de l'abri. La ville se donne un ton triste et vide. Les gouttes de pluie sont les larmes du ciel qui a revêtu ses habits de tristesse. Je lève lentement ma tête vers les nuages, plongeant mes pensées vers un monde vaste.

J'ai perdu ma force et ma vie, et mes amis et ma gaieté; j'ai perdu jusqu'à la fierté qui faisait croire mon génie. Une partie de mon coeur vit là haut, dans le ciel, auprès de ma mère. Je pousse le grand portail noir qui annonce l'entrée du cimetière. Je circule à travers les allées, glissant mes doigts le longs de chaque pierres tombales. La tombe de ma mère se trouve au fond de la 5ème allée, incinérée.

Je m'accroupi en face de ce bout de pierre et caresse une énième fois la gravure.

"- Coucou, maman."

A l'instant précis, je sens déjà l'absence de mes mots. Il s'enfuient comme un vol d'oiseaux, laissant mon esprit solitaire, tandis qu'eux survolent les nuages les uns avec les autres.

"- Tu sais, Wendy est partie en classe de neige pendant une semaine, a-alors je serais seule à venir te parler."

Ma gorge se noue et je ne peux m'empêcher de lâcher un rire jaune.

"- Je pleure ton absence, maman. Mais ma plus grande souffrance, c'est quand je me rends compte que tu ne reviendras plus jamais." 

Je m'appuie contre la tombe et verse mes perles de larmes. Je finis par m'assoupir doucement, sous le temps orageux de la journée.


________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________


"- Juvia ! Juvia, c'est pas vrai... Tu m'entends ?"

Mes épaules vrillent mollement dans tous les sens, lorsque je peine à ouvrir mes yeux, comme si mes paupières refusaient de voir la lumière.

"- Allô? Oui, tu m'entends? Il faut que tu me rejoignes au cimetière. Tu verras, dépêche !"

Sa voix se brise et m'appelle désespérément. J'ouvre enfin mes yeux et tombe nez à nez avec des prunelles bleu océan.

"- Juvia, oh mon dieu... ça va ? Elle s'étrangle presque d'angoisse, avalant une bonne partie de ses mots."

Je me relève difficilement et acquiesce, bien que ma tête tourne légèrement.

"- Qu'est ce que tu fais là ? Demandais-je simplement.

- Ca fais des jours que je te cherche ! S'exclame-t-elle, une pointe de regret dans la voix.

- Pourquoi ? Omis-je agacée.

- Juvia, ca va faire bientôt trois semaines qu'on a plus de nouvelles de toi.

- Pas étonnant, crachais-je. Vous allez dire que c'est de ma faute maintenant ?

- Ne dis pas n'importe quoi... souffle-t-elle. Est ce qu'on pourra en reparler plus tard ? Gray va venir te chercher."

Elle atrappe gentiment ma main.

A l'entente de son prénom, je me lève brusquement les poings serrés.

"- Pas question ! M'écriais-je. Je ne veux plus le voir." Sussurais-je, trouvant le moyen aussi de me persuader de cette verité.

Alors que je m'apprête à sortir de l'allée, mon corps se fige instantanément. Mon souffle se coupe brutalement et mes tripes se tordent. Il est déjà là? Je retiens un hoquet lorsque Mirajane se poste près de moi et m'incite à m'avancer. Je regarde à nouveau vers l'horizon. Il se tient droit, au bout du chemin. Son casque de moto en main, il le lâche promptement et se précipite vers nous. Je n'ai pas le temps de relâcher mon souffle, je me retiens à nouveau sentant un poids s'écraser sur mes frêles épaules.

Ses bras viennent entourer ma taille du plus fort qu'il le peut, broyant presque mes entrailles. Son souffle est saccadé, presque brisé. Il enfouie sa tête à l'intérieur de ma nuque, plongeant son nez dans ma chevelure. Ses cheveux viennent chatouiller mes joues, je laisse mes bras pendre le long de mon corps. Celui-ci est complètement paralysé. Qu'est ce que ça veut dire?

J'aperçois la blanche près de moi se frotter l'extrémité de ses yeux et sourire d'une manière bienveillante. Gray souffle un bon coup contre mon cou et finit par me lâcher.

"- Bordel, gémis le taciturne. C'est dans cet endroit là que je te retrouve ?"

J'aime marcher sous la pluie, parce que personne ne peut voir mes larmes. La pluie est la grâce, la pluie est le ciel descendant vers la terre.

Une pluie marécageuse Des histoires addictives. Découvrez maintenant