Les voilà partis, lancés dans leur démence.
Les haïssez-vous à l'heure qu'il est, méprisants de leur folie absurde ? Ne sont-ils pour vous plus que des bêtes d'encre ? Cela serait compréhensible...
Ikare et Oriane, quelle ignoble plaisanterie. Ils croyaient se sauver l'un et l'autre, hein ? Malheureux qu'ils sont : ils ignoraient que leur alliance ne peut être qu'antonyme de paix, et qu'au contraire cela allait signer l'arrêt de mort de leur raison.
Et pourtant que je l'avoue : en secret je les jalouse. Eux au moins s'aiment, un amour hideux, malsain, destructeur, certes, mais au moins ils sont deux, ils sont unis, tandis que moi je porte seul mon fardeau...
Ils ont perdu la raison, et alors ? Attendez-moi, amis de papier, bientôt je vous rejoins...
En effet, moi aussi je deviens fou, envahi et hanté tout entier par le besoin d'écrire, d'étaler encore et encore mon encre sur la page. J'ai besoin de parler, j'ai besoin, même à demi-mot, de confier les actes que j'ai fait. Les ténèbres d'Oriane et Ikare ravivent les miennes ; aussi j'ai l'intime conviction que cette histoire se mêle à la mienne, et que maintenant qu'elles se trouvent ainsi nouées l'une à l'autre, il me faut à tout prix raconter le dénouement de la première pour obtenir l'apaisement de la seconde.
Dans cette tempête enfiévrée qu'est l'écriture, il me semble pourtant que tout s'éclaircit. Je tâtonne mais je sais où aller et quoi faire : "descendre à la cave" comme on dit, plonger tête la première dans mes propres entrailles pour finalement en faire sortir un roman - ce roman - et l'exhiber bien haut aux yeux de tous, à bout de bras.
Vraiment, drôle de chose que le cerveau d'un écrivain : un brin schizophrène, un brin marginal, un brin audacieux. Incapable de se contenter de la réalité, il veut la changer, soit en s'imaginant d'autres mondes ou d'autres personnes, soit en lui donnant juste une autre teinte, un point de vue nouveau exprimé par ses mots.
De ce fait, confrères de plume, nous ne sommes à mon humble avis rien d'autre que des Homo Sapiens insatisfaits.
Or moi, j'ai bel et bien besoin de modifier ma réalité, ou plutôt mon existence. Il me faut trouver la paix, et si cela me demande de revivre des moments douloureux, eh bien j'y suis prêt et tant pis si ce n'est pas agréable. Je redescendrai sans peur aux Enfers si c'est pour en sortir enfin pur.
Je veux, oui, je veux lâcher les fauves, devenir fou, pleurer, souffrir, défier Charybde et regarder droit dans les yeux Scylla, tomber dans un gouffre, douter, me relever, mourir puis vivre – pas le contraire – , être un autre et moi-même à la fois, laisser jaillir de ma plume tout ce qu'il y a de vieux démons, danser avec l'absence, jouer au nécromancien, te revoir toi, ma belle Élise.
En un mot : je veux écrire.
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Mauvais Rêves
Mystery / ThrillerLorsqu'un vieux romancier croise un soir une jeune inconnue en pleurs, il ne lui en faut pas plus pour lui inspirer une histoire. Tout d'abord, l'histoire de Laffiera, ville industrielle où la misère et la démesure se croisent, où règne en maître un...
