Je décidai de rentrer à la maison, éreintée, après avoir convaincu MJ et Remy qu'ils n'avaient aucun souci à se faire. La colère et la tristesse se livraient bataille en moi et je me sentais au bord de l'implosion.
Une collègue avait perdu la vie et son assassin rôdait toujours dans la nature. Je ne croyais absolument pas aux dires des policiers qui supposaient que Clara avait fait un arrêt cardiaque dans les toilettes du Choc O' Cœur. C'était juste de l'humour macabre et égoïstement, je pensais également à ma soirée d'anniversaire fichue en l'air. J'avais laissé tous mes cadeaux au restaurant et ils y resteraient probablement pour longtemps.
Et si le meurtrier était l'homme que j'avais cru apercevoir l'espace d'un instant assis à table dans la pénombre ? S'il avait réellement été là finalement et que je sois la seule à l'avoir vu ?
Je secouai la tête de dépit. Personne ne me croirait.
Arrivée devant la porte de chez moi, je tâtonnai dans mon sac à main pour récupérer mes clés. Effort inutile puisque ma mère ouvrit la porte presque aussitôt. J'entrai sans même la saluer et posai mon sac sur la table de la cuisine. Mon père ne leva même pas les yeux du téléviseur.
- C'est à cette heure-ci que tu rentres ? me demanda-t-il.
- Oui, soupirai-je en prenant un Tupperware dans le réfrigérateur.
- Tu sens l'alcool. Tu étais encore avec ta bande d'ivrognes, observa ma mère.
- Je travaillais ce soir, leur rappelai-je, dents serrées. Et ce n'est pas « ma » bande d'ivrognes mais eux ils se soucient de mon anniversaire, au moins.
- Tes cadeaux sont dans ta chambre, contra-t-elle.
- Formidable ! répliquai-je, sarcastique.
Puis, je tournai les talons pour aller frapper à la porte de mon frère.
- C'est pourquoi ? grogna-t-il.
- C'est moi. J'ai une question à te poser.
- Entre.
Je m'exécutai et refermai derrière moi. Brandon était allongé sur son lit en train de lire le meilleur des mondes d'Aldous Huxley.
- Je t'écoute, dit-il sans lâcher son roman des yeux.
- Est-ce que tu es passé me voir au restaurant, ce soir ?
- Ça, c'est une question à laquelle tu peux répondre toute seule, petite sœur.
- Je veux quand même te l'entendre dire.
Il posa son livre sur son ventre avec exaspération.
- Non, je n'ai pas mis les pieds dans ton cabaret miteux !
Je hochai doucement la tête sans relever la pique.
- Alors, ce n'était pas toi, murmurai-je.
Je ressortis de la chambre en me mordant le pouce. J'étais à la fois soulagée et inquiète. J'avais le pressentiment que cet homme mystérieux en imperméable noir n'était pas étranger à la mort de Clara mais comment le prouver ?
Après une douche rapide, je me réfugiai dans mon sanctuaire... ma chambre. Les quatre murs étaient recouverts de posters de groupes musicaux, d'acteurs et de séries que j'aimais bien. J'allumai une bougie parfumée et glissai un CD dans mon lecteur pour créer une ambiance relaxante et propice au repos. Je me pelotonnai dans mon lit en fermant les yeux et le sommeil m'emporta.
- Pitié ! je vous en prie, suppliai-je, sans bien savoir à qui je m'adressais.
Ma voix résonna dans la nuit et j'ouvris les yeux dans un sursaut. Je tâtonnai sur ma table de chevet pour trouver mon portable. 3h32. Génial. Je composai le numéro de Remy... avant de refermer le clapet de mon téléphone. La soirée avait été aussi difficile pour lui que pour moi.
Je me levai pour m'asseoir à mon bureau et mettre mes écouteurs. Je choisis la playlist aléatoire sur mon lecteur mp3 et c'est une chanson de Marie Mai qui débuta : Cauchemar. En ces circonstances, on ne pouvait mieux choisir.
Je laissai passer quelques heures avant d'envoyer un texto à Remy et me préparer pour le travail. La pluie tombait à verse et j'arrivai au Choc O' Cœur dégoulinante et les bottes chuintantes.
- Tu es bien matinale aujourd'hui, Léo, m'accueillit MJ, souriante.
Elle était en train de nettoyer des verres et des assiettes.
Je m'assis sur un haut tabouret devant le comptoir, le cerveau embrumé.
- Bonjour MJ. Oui, j'ai eu une nuit mouvementée.
Elle glissa jusqu'à moi une tasse fumante de chocolat chaud.
- Tu tiens le coup, ma puce ?
Je hochai lentement la tête.
- Il le faut bien.
J'avais beau faire bonne figure, mon regard ne pouvait s'arrêter sur la photographie de Clara punaisée près de l'entrée. Je redoutais que l'homme en imperméable ne revienne au restaurant faire d'autres victimes. Je l'imaginais comme Jack l'Éventreur.
La clientèle commença à affluer seulement vers onze heures et la valse des plats put commencer comme dans un jour ordinaire. Calepin à la main, je virevoltai d'une table à l'autre pour prendre les commandes, oubliant presque le terrible drame de la veille.
Tandis que le jour déclinait, je passai un coup d'éponge sur les petites tables rondes en merisier tout en écoutant la radio d'une oreille distraite. L'anniversaire de Remy était dans quelques jours mais je n'avais toujours pas trouvé le cadeau idéal.
- Tu peux rentrer, tu sais. Tu as fini ta journée, Léo !
- C'est gentil, MJ. Je vais aller à la chasse au cadeau.
Dehors, la bruine avait remplacé l'averse du matin. Je me promenai dans les rues de ma petite ville sans but précis. Je passai devant une boulangerie, une pharmacie, une bijouterie... rien qui ne puisse m'inspirer. Remy adorait les objets rétro, comme le réveil en forme de pompe à essence que je lui avais offert l'an passé. Seulement, les antiquaires n'étaient pas légion par ici.
Finalement, je traversai la rue pour rejoindre le trottoir d'en face et continuai à marcher jusqu'au bout de l'allée. À l'angle, après un distributeur de billets, se trouvait une petite boutique d'antiquités dont l'entrée formait une arche en briques rouges. La vitre à côté était si crasseuse que rien n'était visible de l'extérieur si ce n'est des formes indistinctes. Avec un haussement d'épaules, je poussai la porte en bois. Qui ne tente rien n'a rien comme dit le proverbe.
- Il y a quelqu'un ? Questionnai-je en m'avançant vers le comptoir.
La poussière me prenait à la gorge si bien que j'en vins à me demander depuis combien de siècles cet endroit n'avait pas été nettoyé. Les lustres au-dessus de ma tête étaient manifestement hors fonction et les miroirs sur pied devant lesquels je passai me mirent mal à l'aise. Sans parler du tic-tac inquiétant des horloges et le plancher qui grinçait sous mes pas. Sur le comptoir, les poupées en porcelaine me fixaient de leurs grands yeux terriblement humains. À ma gauche, il y avait un coin librairie et des étagères sur lesquelles étaient disposées toutes sortes d'objets non identifiés.
- Il y a quelqu'un ? répétai-je d'une toute petite voix.
N'obtenant aucune réponse, je contournai le comptoir et poussai la porte entrouverte juste derrière. Mon cœur battait à toute allure à l'idée de découvrir un cadavre. Un autre.
- Oh, bon sang ! m'écriai-je soudain en plaquant ma main sur ma bouche.
Un homme s'était pendu au plafond de son bureau.
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Anomalies
Siêu nhiênCroyez-vous à l'impossible ? Notre héroïne y croit et pour cause : c'est une Anomalie. Après avoir survécu à un coup de feu tiré à bout portant, Léona se découvre un don exceptionnel qui fait d'elle la cible potentielle d'un tueur en série. Elle d...