Chapitre 16

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J'enfilai un bas de survêtement en attendant la venue d'Alex.

Mon ventre ressemblait à une grosse pastèque toute en chair sur le point d'exploser. L'enfant à l'intérieur s'agita, me faisant ainsi comprendre qu'il n'appréciait pas la comparaison.

Tout sourire, j'ouvris les fenêtres pour aérer. Tout le monde était en mission et personne ne rentrerait avant la nuit, j'avais donc la maison pour moi. Il faisait frais malgré le soleil qui dardait ses rayons sur le toit.

Trois coups frappèrent à la porte et je bondis pour aller accueillir Alex.

- Bonjour !

Il m'embrassa sur la joue.

- Je suis content de voir que ma présence te met d'aussi bonne humeur.

Je haussai les épaules.

- Tu es le seul à te soucier réellement de moi et j'ai entièrement confiance en toi. Tu veux boire ou manger quelque chose ?

- Si tu as du thé, ça me va.

Il me suivit dans la cuisine. Si mes souvenirs étaient exacts, ma mère mettait toujours ses précieuses boîtes de thé sur la dernière étagère dans le placard du milieu. Je montai donc sur un tabouret pour pouvoir l'attraper.

- Si tu as besoin d'aide, Léona...

Je secouai la tête tout en palpant l'intérieur du placard. Aromates, pain de mie, brioche, quatre-quarts...

- Non, j'y... j'y suis presque... Ouille !

Je me pliai en deux, lâchant la boîte de thé aux fruits rouges dans l'évier au passage. Je ressentis une douleur déchirante juste au-dessus du nombril.

Enroulant un bras autour de ma taille, Alex me porta à moitié jusqu'à mon lit pour que je puisse m'y asseoir. Sans même me le demander, il souleva mon tee-shirt. Je baissai les yeux sur mon ventre devant son expression horrifiée... et fronçai les sourcils.

- Que tu le veuilles ou non, je crois qu'une échographie s'impose, Léona.

Je touchai les quatre petites marques rose pâle perplexe et soucieuse à la fois. Je venais d'être griffé de l'intérieur.

- J'ignore ce qui évolue en toi mais ce n'est pas humain.

Il avait raison, évidemment. Sauf que je refusais de l'admettre.

Je tirai sur mon tee-shirt pour recouvrir mon ventre.

- Ne traite pas mon enfant de monstre, s'il te plaît.

L'air grave, il posa ses mains sur les miennes et je dus me faire violence pour ne pas les enlever.

- Sois réaliste, Léona. Aucun bébé n'aurait une croissance si avancée à seulement trois mois de grossesse. Aucun bébé ne peut griffer sa mère de cette façon. Aucun bébé ne se nourrit que de viande...

- Stop ! le coupai-je brutalement.

- Léona...

Je fondis en larmes.

Pourquoi la malchance s'acharnait-elle sur moi ? Ne pouvait-elle pas trouver quelqu'un de moins vulnérable ? Étais-je victime d'une malédiction ?

- Excuse-moi, Alex. Il...Il est tout ce qu'il me reste de Léo alors...

Secouée par les sanglots, je ne terminai pas ma phrase. Avec une infinie douceur, il mit sa veste sur mes épaules et me guida jusqu'à sa voiture, téléphone portable en main. Dans un état second, je n'écoutais pas la conversation tout comme je ne vis pas le trajet menant à la clinique. Mes yeux, mes oreilles, mes lèvres étaient hors fonction. Une seule pensée tournait en boucle dans ma tête. Mon fils n'était peut-être pas humain. Qu'allait-il se passer à sa naissance ? Quelle vie aurait-il ? Que fallait-il faire ?

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