Chapitre 2 : Fripouille(s)

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Anaclet referma la porte derrière lui en soupirant. Il était fourbu. Quelle journée... Les habitants de Semerande n'étaient pas des tendres, il avait grandi parmi eux, mais il continuait à se sentir étranger dans leurs rangs. C'est ce qui l'avait poussé à devenir Nettoyeur. Il était parmi les plus jeunes à l'époque, ses camarades de classe ne comprenaient pas pourquoi il voulait faire ce métier, lui s'en fichait bien de l'avis qu'ils pouvaient bien avoir.

En sortant de Guite, il s'était directement rendu chez chacun des Douzes en partant du plus loin. Neuf, puis dix, huit, etc. Ce fut finalement le dernier, le vieux de Trois, qui le prit en apprentissage. Pendant deux ans, il avait suivi le papy athlétique dans toutes ses activités puis avait pris la relève. Papy s'était installé près de la caserne, il allait le voir parfois, il se faisait toujours envoyer paitre, puis ils prenaient un thé ensemble, comme deux vieux amis.

Anaclet retira ses différentes sangles et vida ses poches dans son tiroir à trésors. Il avait trouvé plein de jolies choses ce jour-là et avait hâte de pouvoir les analyser pendant son prochain jour de repos. Il accrocha ses lunettes de protection en cuir au clou à côté de son miroir avec ses gants. Il retira finalement sa combinaison grise et la plaça consciencieusement au cintre accroché à la porte de sa salle de bain. Ses sous-vêtements tombèrent rapidement dans le bac à linge sale alors qu'il se glissait sous le jet d'eau glacial. Le chauffe-eau était encore en panne. Il le réparerait après manger, dommage, il n'aurait pas l'occasion de regarder la jolie lune grise ce soir.

Une fois sec, il attrapa son onguent et entreprit de se masser l'intégralité du corps. Sa peau mate nécessitait un soin tout particulier qu'il aimait s'accorder. Les années de nettoyage n'avaient pas encore eu raison de son épiderme soyeux. Il finit par son visage pour lequel il utilisait une autre crème, plus délicate encore. Il payait assez cher les ingrédients pour ne laisser personne fabriquer ses soins à sa place. C'est alors qu'il entendit du bruit. Il arrêta toute activité et se tendit de tout son mètre quatre-vingt.

Quelque chose faisait du ramdam dans le garage. Enfilant rapidement une longue tunique, Anaclet descendit la volée de marche qui menait au salon et se dirigea vers la porte de ce qu'il appelait la cave. Il arrivait souvent que les vieux aigles du gouverneur viennent lui quémander des friandises. Papy avait pris l'habitude de laisser des petites choses pour ces grands rapaces. Il disait que c'était une tradition de la maison Trois, qu'on n'abandonnait pas les traditions sans raison.

Alors qu'il descendait les premières marches et se penchait un peu pour distinguer ce qu'il se passait dans l'immense pièce qui pouvait à l'époque abriter deux vaisseaux diplomatiques, il se retrouva étouffé dans une étreinte d'ours qu'il reconnut instantanément. Ses lèvres furent rapidement prises d'assaut et il ne résista pas une seconde, se fondant contre la personne qui venait d'envahir son espace personnel comme s'il lui appartenait.

Il se coula tendrement dans les bras si particuliers de Dalmas, son amant. Il se préoccuperait de la raison de son arrivée par le garage plus tard. Pour le moment, il pouvait bien savourer les lèvres épicées de l'homme de sa vie. Tandis qu'il passait ses bras autour du cou tant aimé et qu'il sentait les mains épaisses de l'astronome se glisser sur son postérieur, il entendit un raclement de gorge qui lui intima très efficacement de repousser gentiment son partenaire pour accueillir le reste du débarquement.

Et pour un débarquement... Il resta un instant coi en constatant de ses yeux la présence d'un vaisseau de vieille facture dans son garage. Alors que ce genre de chose était interdite. Et impossible. L'escadron se chargeait de bloquer toute entrée en dehors de la base principale. Or, il n'y avait pas trente-six façons de placer un véhicule de ce calibre dans son garage. Et il pouvait parier sa main que celui-ci n'était pas là la veille.

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