Je regardais Anaclet enfiler méthodiquement sa tenue de Nettoyeur. C'était une combinaison intégrale qui, bien qu'elle n'ait pas été créée pour mettre en valeur la personne qui le portait, seyant toujours étrangement les Douzes. Le gris bleuté du tissu un peu raide de l'ensemble était coupé par les nombreuses sangles que les Nettoyeurs utilisaient pour s'accrocher aux surfaces toujours pleines de reliefs des constructions de Semerande.
Ils étaient d'une certaine façon les humains les plus proches du ciel, nos voisins à nous, les démons célestes. Les Douzes prenaient soin de la ville comme elle le nécessitait. Ils nettoyaient les cœurs, les sens et les rues de notre cité, ils effaçaient la corruption, ils entretenaient les plantes de vapeur, ils corrigeaient la trajectoire des êtres perdus et préservaient la faune mécanique.
Je remarquais que le joli derrière d'Anaclet était particulièrement bien moulé dans sa combinaison. Ce devait être un choix personnel, car je n'avais jamais observé cela chez aucun autre des Douzes. Ou alors était-ce mon esprit qui se concentrait sur un nouvel aspect des choses ?
Il se tourna vers moi. Il enfilait ses gants en me regardant. Ses yeux me transperçaient toujours autant. Il s'approcha, une main toujours dénudée. Il la posa sur ma joue en se penchant. Ses lèvres délicates se posèrent sur les miennes et je fermais les yeux. Puis il s'écarta et je pus de nouveau plonger mon regard dans le sien, si hypnotique.
« — Je ne sais pas si tu t'interroges trop ou pas assez. Tu es si silencieux Ray... »
Je ne répondais rien, je ne savais pas quoi répondre. Cette nuit avait été déboussolant pour moi et j'avais le besoin impérieux de rentrer à la caserne dans mon environnement habituel pour procéder à une analyse. La façon dont j'avais si facilement succombé à ces deux humains me paraissait étrange et je voulais m'éloigner pour vérifier que toute cette émotion provenait bien de moi.
Après avoir rapidement avalé le thé préparé par Dalmas, je saluais les personnes présentes, seuls deux des corsaires s'étaient réveillés, le capitaine et la petite brune. Tandis que je me dirigeais vers la porte d'entrée, Dalmas me rattrapa et glissa une main dans mon dos pour m'arrêter et m'embrasser tout doucement. Je ne savais pas quoi penser et le laissais faire avant de sortir, finalement.
Je rejoins rapidement la caserne et justifiais mon absence par l'excuse fourre-tout « nuit de méditation ». Les Hanges demandaient parfois ce genre de chose, ils s'éloignaient alors de la caserne pour la nuit et marchaient comme des fantômes dans les rues de Semerande, respirant l'air humide de la cité des vapeurs, vidant leur esprit des peines de la journée. Personne ne releva, je n'étais pas un Hange, mais quelle différence, j'étais sans doute moi aussi un être assommé par ses réflexions existentielles...
Je devais cependant avoir en effet l'air tout à fait détendu. Ce lever de soleil avait réchauffé quelque chose dans mon cœur glacial de Haug. Je passais la journée à la salle de sport pour étirer et travailler, mine de rien, les muscles dont j'ignorais l'existence jusqu'alors qui avaient été particulièrement utilisés ce matin. Je n'avais pas l'habitude de ces mouvements et bien que mon corps soit en très bonne forme, je me doutais que laisser cela ainsi risquait de me causer des douleurs le lendemain.
Toutefois, une fois dans mon lit, enfermé dans la petite cellule qui me servait de chambre, je ne parvins pas à trouver le sommeil. Le sourire tendre d'Anaclet apparaissait sous mes paupières closes et m'empêchait de laisser la réalité s'effacer pour le monde onirique. Je me sentais terriblement déchiré, comme si j'étais au mauvais endroit et que mon corps entier désirait si ardemment être ailleurs qu'il refusait tout repos.
Je ne pliais pas. C'était inconcevable que quelques heures auprès du jeune homme lui aient ainsi permis de prendre possession de mon sommeil. Il n'était qu'un humain et si son toucher et celui de Dalmas étaient le plus pur délice, mon cœur n'avait jamais été aussi serré auparavant. Aucun des deux n'était faible et pourtant, jusqu'à l'heure du changement de garde, je ne pouvais détacher mon esprit de l'idée terrifiante que quoi que ce soit n'ait pu arriver depuis mon départ.
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Surplombe
FantasíaDans un monde qui se résume à une ville flottant au dessus de flots calmes d'un lac immense, qui est le plus libre ? Ce soldat qui flotte dans les cieux à la lisière du soleil ? Cet être étrange qui nettoie la ville d'on ne sait quoi ? Ce corsaire à...
