Il était minuit. Jacob s'était endormi depuis une bonne heure, maintenant. Je n'arrivais pas à trouver le sommeil, j'étais si chamboulée. Je n'avais pas revu Paul depuis le soir de mon anniversaire, à mes dix-sept ans et je ne pensais pas le revoir de sitôt.
J'avais eu du mal à me remettre de notre rupture. Vous me direz, pourquoi avoir rompu ? C'est vrai, nous étions si heureux, dommage que ça n'ait duré que quelques mois. Si je l'avais voulu, je ne l'aurais jamais quitté, le souci, c'était sa mère. Oui, Lise était la principale cause de notre séparation. Elle ne m'aimait pas, c'était simple. Elle avait posé un ultimatum à son fils : elle ou moi. Il n'avait pas pu choisir, il a préféré me donner une raison de le quitter, il m'a trompée. J'avais vite fait le lien, lors de notre rencontre, l'été de ses dix-sept ans, il venait de se séparer d'une Manon. C'était cette Manon. Je ne voyais pas ce qu'il lui trouvait, elle était si différente de lui. Autrefois, il respirait la joie de vivre, l'humour, il était détendu, elle, elle était tout le contraire, vivre avec elle devait être un enfer. Il avait probablement changé en six ans, comme moi.
Je me levai du lit et éteint la télé, restée figée sur E!, la seule chaîne diffusée en anglais. Je descendis doucement du lit et sortis de la chambre. Je descendis, les lumières étaient toutes éteintes. Je décidai d'aller dans l'espèce de jardin, au bord de la piscine. Je trempai mes pieds dans l'eau chaude, éclairée par des spots lumineux à l'intérieur de l'eau chlorée. Je penchai ma tête en arrière et respirai. L'air était frais, loin de là la pollution parisienne. Je ne savais pas encore ce que j'avais prévu pour Jacob et moi, j'aurais bien visité la Malaisie, mais j'étais tombée amoureuse de l'hôtel, c'était comme si je ne pouvais pas le quitter tellement il était merveilleux.
Je me fis sortir de mes pensées par une ombre, arrivant par derrière. C'était Paul, torse nu, en short. De vagues souvenirs de lui descendant les marches de sa maison de vacances me revinrent en tête. Il faisait nuit noire, je ne suis pas sûre qu'il puisse voir mon visage. Tant mieux, je n'étais pas à mon avantage. Il vint s'asseoir à côté de moi, sur le bord.
- Salut, lança-t-il.
- Salut, répétai-je.
- Malaisie avec le petit Jacob, hein, dit Paul les pieds dans l'eau.
J'arrêtai de patauger un instant, puis repris. Il se souvenait donc de Jacob, qui lui au contraire, semblait n'avoir aucun souvenir.
- Sa mère tient l'hôtel je te rappelle, lui répondis-je sans lui jeter un regard.
- Au temps pour moi, dit-il ironiquement.
Je levai les yeux au ciel et me surpris en mimant les mêmes mimiques que j'avais l'habitude de faire six ans auparavant.
- Et toi, la fameuse Manon était finalement bel et bien la femme de ta vie. Une femme mûre, droite dans ses bottes, qui sait ce qu'elle veut et comment l'obtenir, tiens, ça me rappelle vachement quelqu'un.
Il laissa échapper un rire et se tourna vers moi.
- Ah ouais, qui ?
Je baissai les yeux et le regardai.
- Ta mère, annonçai-je calmement.
C'était vrai, Manon me faisait penser à Lise, avec trente ans de moins. Elles avaient le même caractère merdique, elles le dissimulaient tout aussi bien. Tu m'étonnes que Lise ait accepté cette Manon là. On dit que nous cherchons absolument quelqu'un qui ressemble soit à son père, soit à sa mère. Paul avait pris cette légende à coeur, jusqu'à prendre le sosie de sa mère.
Je voyais qu'il haussait les sourcils et pencha la tête, comme stupéfait du constat que j'ai pu faire en seulement quelques heures de rencontre. Il ne savait pas que j'étudiais depuis trois ans la psychologie et qu'examiner les comportements humains était un de mes principaux atouts. Je me re concentrai sur l'eau et je le sentis se tourner une nouvelle fois vers moi.
- Tu dis n'importe quoi, je ne voudrais pas du portrait craché de ma mère comme fiancée, cracha-t-il brusquement.
J'avais vexé le petit Brassin ? Enfin, "petit".
- Il n'y a que la vérité qui blesse.
- Je ne suis pas blessé.
- Pas certaine de ce que t'affirme là.
- Tu ne me connais plus.
Je m'arrêtai et le regardai. Il me fixa et sourit tristement.
- Excuse, lança-t-il en passant une main dans ses cheveux. Je voulais pas paraître méchant.
J'haussai les épaules. C'est vrai, je ne le connaissais plus. En six ans, les gens changent. J'ai moi-même changé et je ne reviendrais en aucun cas à l'ancienne Manon. J'étais heureuse de la femme que j'étais devenue. Je me mis à observer les étoiles. Demain allait être ensoleillé.
- Tu te souviens quand on regardait les étoiles, demanda Paul en m'imitant.
Comment oublier. J'avais passé les plus beaux moments de mon adolescence sur le toit de sa maison à contempler les constellations et l'entendre rire sur les formes des nuages. Notre préférée était celle d'Andromède. Les plus curieux iront chercher.
- Ma préférée c'était...
- Vénus, m'interrompt-il.
Je me tournai vers lui et hochai la tête. Alors il s'en souvenait. J'étais touchée, tous ces souvenirs que nous avions créés et que j'avais tenté d'oublier en les enfouissant au plus profond de moi, refaisaient surface et je ne savais pas si j'appréciais ce sentiment. J'avais mis du temps avant de pouvoir tourner la page et cette relation n'a pu que me rendre plus forte, j'étais sûre de ma force mais, nous avons tous des doutes et la crainte de retomber dans nos travers. Je me levai en m'étirant, j'étais fatiguée. Il se leva également et nous nous retrouvâmes face à face. Il était toujours plus grand que moi et seule la lumière réfléchie dans l'eau nous éclairait, seuls les grillons comblaient le vide et seule la pleine lune étincelait en cette nuit noire.
- Manon...chuchota-t-il.
Je soutenais le regard, je ne devais pas céder.
- Paul ?
- Pourquoi ça s'est fini ?
- Même nom, mauvaise fille.
Nos mains se lâchèrent et je retournai me coucher.
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Sunset Lover - 2
RomanceDeux couples, des vacances à l'autre bout du monde et une flamme ravivée.
