Dans la nuit qui suivit le meurtre d'Hadès, de nombreux hommes furent exécutés dans leur sommeil par leur propre femme, leur propre sœur ou même leur propre fille. Celles qui échouèrent furent battues ou tuées et les maris, pères et frères restés vivants se réfugièrent sur l'île des Bienheureux, un endroit réputé pour abriter les plus grands héros. Beaucoup d'hommes et peu de femmes.
Bien que prêts à se défendre, beaucoup étaient choqués par la soudaineté de la rébellion. Elle s'était dessinée dans l'ombre des couloirs des Enfers, dans des chuchotements inaudibles et discrets circulant d'oreille en oreille. Ils ne comprenaient pas ce qu'il se passait et ils voyaient encore devant leurs yeux la rage déchirant les traits de celles qu'ils croyaient connaître. Ils n'avaient rien vu venir.
Certains étaient hésitants aussi et ils se questionnaient. Devait-on tuer des femmes ? Comment avaient-elles fait pour s'organiser ainsi ? Frapper toutes en même temps sans qu'ils aient le moindre soupçon ?
Tout ceci était dû à Pasiphaé. Après avoir été approchée par la Reine, qui lui avait raconté toute son histoire, à elle aussi, elle avait patiemment volé tous les souvenirs des femmes, retenus prisonniers dans les fioles de son mari. Un à un, elle avait subtilisé les flacons et les avait substitués par d'autres, remplis d'eau du Styx. Minos ne s'était rendu compte de rien. Il avait pris les visites anodines de sa femme pour de l'ennui et il ne s'était pas plaint des délicieuses récompenses qu'elle lui avait offertes en échange de petits bavardages innocents.
Elle avait ensuite rendu leurs souvenirs à ces femmes et les avait convaincues de rallier la cause de la Reine. Elle était devenue la deuxième espionne officieuse de Perséphone et doucement, fiole après fiole, souvenir après souvenir, une armée s'était constituée.
Mais ce n'était pas assez pour Pasiphaé. Malgré le grand rôle qu'elle avait joué dans tout cela, elle rêvait du jour où elle pourrait exécuter sa véritable vengeance : celle qu'elle prendrait sur Poséidon. L'heure n'était pourtant pas encore venue.
Les femmes mirent le feu à leurs anciennes maisons, laissant les corps brûler avec. Leur vie serait désormais bien différente et elles se délestèrent de tout ce qui pourrait encombrer la nouvelle. Elles se réunirent ensuite dans le Pré de l'Asphodèle pour attendre la bataille.
La droite Andromaque n'avait pu se résoudre à égorger son doux Hector et à le perdre une deuxième fois. Elle était restée avec lui et les autres hommes. Quant à la Reine, elle était toujours inconsciente et on l'avait conduite dans son antre secret pour guérir ses blessures. Le conseil des treize ne comptait donc plus que onze femmes. Mais les combattantes étaient nombreuses et les plus valeureuses, conduites par Antiope, échafaudaient déjà des stratégies militaires.
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Une saison en enfer
General FictionQui est cette femme, qui va et qui vient, qui peut sortir des Enfers sans même être vue de Cerbère, le chien à trois têtes ? A qui doit-elle rendre compte de cette mission qui l'amena loin de chez elle, loin du royaume des Morts ? Et de quelle missi...
