Le conseil des treize

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     Mettant fin au silence, Perséphone se leva et annonça qu'il était temps de voter. Iphigénie fut la première à s'exprimer. Son propre père ayant attenté à sa vie pour une guerre, elle vota en faveur de la révolution. Elle serait ravie d'envoyer son père dans le Tartare où il expierait son infanticide. Ariane aux belles boucles, malgré ce que Thésée lui avait fait, vota contre. Sa mère, Pasiphaé, se montra moins clémente. Elle rêvait de prendre sa revanche sur Poséidon qui l'avait forcée à s'accoupler avec un immonde taureau, et de Minos, son tendre mari qui l'avait cloitrée dans le labyrinthe pour échapper au déshonneur. Non content de cela, il lui avait aussi volé tous ses souvenirs. Hélène et Andromaque, les deux grecques, votèrent contre. Elles avaient déjà subi les conséquences d'une guerre : l'opprobre pour l'une et le deuil pour l'autre. C'était bien assez. Elles ne voulaient pas recommencer. Antiope quant à elle, était prête à mettre toute son armée de guerrières au service de cette noble cause.

     Ce furent ensuite aux déesses de se prononcer : Aphrodite était contre. Elle trouvait plus judicieux de vaincre les hommes d'une autre façon. L'Amour avait toujours était son champ de bataille à elle. Artémis, déesse de la chasse était pour.

     -J'ai l'habitude de chasser le porc, assura-t-elle avec nonchalance.

     -Tous les hommes ne son pas des porcs, contesta Andromaque, en pensant évidemment à Hector. Dans l'éventualité d'une guerre, que faites-vous des hommes comme Hermès, pour ne citer que lui ? Tous les hommes ne maltraitent pas les femmes, bien au contraire !

     -Dommage collatéraux, railla Héra, un air d'ennui plaqué sur le visage.

     Perséphone était pour également, mais sa mère contre. Héra voulait obtenir réparation de son mari et de tous les affronts qu'il avait pu lui faire. Mais Athéna tenta d'apaiser sa colère en ces termes :

     -Chères amies, avez-vous vraiment envie de vous montrer aussi cruelles que les hommes. Cherchez-vous la justice ou la vengeance ? Cherchez-vous l'égalité ou la supériorité ? Notre combat est noble, notre cause est juste. Ne la gâchons pas en nous conduisant comme les hommes. Nous pouvons-nous pas trouver une façon de nous faire entendre qui corresponde mieux à nos valeurs ?

     Les cinq autres femmes qui avaient voté contre firent oui de la tête.

     -N'es-tu pas la déesse de la guerre ? Ironisa Héra en s'adossant à sa chaise, les bras croisés sur la poitrine.

     -C'est justement parce-que je suis la déesse de la guerre que je peux me permettre de tenir ce discours. J'ai été sur des champs de bataille, je sais ce que c'est. J'ai dû choisir un camp dans chaque guerre humaine et porter secours aux soldats. J'ai vu bien plus de morts que tu n'en verras jamais Héra. Les guerres sont injustes, il faut toujours un gagnant et un perdant et elles font ressortir les pires penchants de l'humanité. C'est pour cela que pense qu'il faudrait trouver une autre solution. Notre but n'est pas d'écraser les hommes mais de ne plus nous faire écraser nous-mêmes. Nous voulons être respectées, pas dominer. Nous ne voulons pas devenir eux.

     -Que suggérez-vous que nous fassions alors ? demanda Antiope, perplexe.

     -Nous pourrions traiter à l'amiable. Nous allier aux hommes et aux dieux et leur demander leur aide pour établir un équilibre.

     -Avec tout ce qu'ils ont été capables de nous faire, les hommes comme les dieux, croyez-vous que cela soit possible, de bâtir un monde meilleur en s'associant à eux ? S'enquit Pasiphaé dont le visage était devenu rouge de mécontentement. Comme l'a fait Hadès quand Pénélope est allée le voir, ils nous riront au nez et nous renverrons chez nous avec une tape sur les fesses pour nous occuper de nos enfants !

     Certaines acquiescèrent. D'autres, pensives, murissaient les propositions d'Athéna.

     -Eh bien, intervint finalement Perséphone en digne maîtresse de cérémonie, étant donné que nous sommes à six votes contre six et qu'il reste encore une voix à écouter, laissons Pénélope trancher.

     Contre toute attente, celle-ci donna raison à la déesse de la sagesse.

     -Les hommes sont terribles. Ne nous comportons pas comme eux. Peut-être qu'effectivement, une guerre n'est pas la meilleure des solutions. Mais je crois aussi que Pasiphaé a raison et que nous ne pourrons pas tout simplement leur demander gentiment de nous laisser une place parmi eux et d'arrêter de nous assujettir. Nous allons devoir trouver un plan, et un bon. Nous devons sauver les générations de femmes à venir de la domination des hommes et nous devons leur montrer que nous pouvons faire cela sans violence. Nous devons montrer l'exemple.

     Après un énième long silence de réflexion, Perséphone leur proposa de remettre leur discussion au lendemain. Il se faisait tard et il ne fallait pas que l'on remarque leur absence trop longtemps. Elles se quittèrent les unes après les autres, le plus discrètement possible, en se promettant de réfléchir à une solution annexe, puisque la guerre avait été écartée.

Une saison en enferOù les histoires vivent. Découvrez maintenant