Chapitre 16 Douleurs

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Le tour du bâtiment avait été laborieux. Entre les couloirs effondrés et les quelques pièges que Exsercratio avait peu efficacement cachés, vu qu'ils les avaient tous repérés, ils avaient mis une journée entière ainsi que la plus grande partie de la matinée suivante pour en visiter tout les recoins. Il avaient remarqué que des panneaux de score étaient installés à chacun des trois étages ainsi qu'au rez de chaussée et sur le toit. Les trois amis se retrouvèrent comme prévu en fin de matinée dans le hall d'entré devant les marches descendants au sous sol de l'édifice. Ils avaient laissé cette partie là pour la fin et avaient décidé d'y aller à trois. Thomas, l'arme à la main commença à descendre les premières marches et arriva face à la double porte en métal qui fermait le passage vers le sous sol. Après un rapide coup d'œil en arrière pour vérifier que les deux autres le suivaient de près il tourna la poignée et entrouvrit légèrement la porte. Le sous sol était plongé dans les ténèbres. Thomas ouvrit alors en grand la porte qui tourna dans une grand grincement. Grâce au peu de lumière qui passait par la porte, le groupe pouvait voir une grande pièce, très humide, meublée de trois étagères en métal complètement vides. Une porte en bois, fermée, leur faisait face. Thomas s'avança doucement jusqu'à se trouver au milieu de la pièce, avant de se détendre légèrement.

« C'est bon, il n'y a rien, vous pouvez venir. »

Hector avait un mauvais pressentiment mais la pièce étant vide il ne dit rien. Il s'avança avec Sophie et s'approcha de la porte en bois. Il tendit l'oreille, vérifia s'il n'y avait pas de piège et ouvrit la porte. C'était un placard avec, à hauteur d'homme, une télé éteinte. Tout à coup les lumières de la pièce s'allumèrent, éblouissant les trois présents. Un grondement sourd se fit entendre puis un claquement. La porte en métal venait de se refermer. En s'habituant à la lumière Hector s'aperçut que la télé s'était allumée, le symbole d'Exsercratio étant affiché au centre de celui-ci. Sa voix résonna alors dans la pièce.

« Super ! Vous avez trouvé un mini-jeu ! Mais qu'est-ce qu'un mini-jeu ? C'est un test qui permet d'avoir de l'équipement supplémentaire ! Pour cette partie, si vous réussissez à surmonter l'épreuve, vous gagnerez une caisse d'arme. Et quelles sont les règles de ce test ? Vous allez devoir survivre, c'est tout. Bon courage ! »

La voix disparut et l'écran laissa place à un message disant « Round 1 ».

Les trois compagnons s'étaient rapprochés, leurs armes bien en main. Ils regardaient dans tout les sens, cherchant à deviner d'où aller venir le danger. Soudain l'un des pans du mur à leur droite s'éleva et laissa apparaître six petits robots d'environ cinquante centimètres de haut dont les bras finissaient en lame, en scie ou tout autre objet tranchant. Ils commencèrent à rouler vers leurs adversaires. Thomas ayant également vu le message sur la télévision rengaina son pistolet et s'arma de son couteau, préférant garder les balles pour un adversaire plus coriace des rounds suivants. Profitant de la difficulté des robots pour tourner, Hector les contourna et frappa violemment l'un des robots, un des membres de celui-ci tomba au sol tandis que le reste du robot s'écrasa contre un mur avant de s'écrouler au sol. Alors que Hector se tournait pour frapper un deuxième robot, il ressentit une douleur fulgurante au niveau de son mollet gauche. Il balança de toutes ses forces son pied en arrière qui toucha l'un des robots. Essayant de faire fi de la douleur, il balança son épée vers l'une des machines qui s'approchait de lui qui alla finir sa course contre un mur. Se retournant pour faire face à celui qui l'avait blessé, Hector s'appuya sur sa jambe blessée et mit un genou à terre. Devant lui le robot leva son bras-lame déjà couvert de son sang et l'abattit sur Hector. Le coup n'atteint jamais sa cible, une hache l'ayant quasiment coupé en deux. Sophie lui tandit la main et l'aida à se relever. Les deux autres s'étaient occupés des robots restants et aucun des deux ne semblait blessé. Ils se retrouvèrent tout les trois au centre de la pièce, observant autour d'eux en prévision du second round. Celui-ci ne se fit pas attendre et alors que la télé changeait son message pour un prévisible « Round 2 », le mur de gauche commença à se soulever. Le mouvement de recul de Sophie fut ce qui lui sauva la vie. Un énorme molosse s'était jeté sur elle et l'avait étendue par terre. Sa mâchoire gigantesque se referma sur l'épaule de Sophie, qui hurla. Sans le pas en arrière, il lui aurait arrachée la gorge. Hector ne réfléchit pas et frappa le chien. Mais il ne fit que le blesser, car il voulait éviter de toucher Sophie. Il sentit une douleur dans son dos. Un deuxième chien, plus petit que le premier venait de le planter avec ses griffes. Il chancela en essayant de ne pas s'écrouler sous le poids de l'animal, mais sa jambe blessée le fit tomber à genoux. Le premier chien s'était remis du coup d'épée et s'apprêtait à mordre une nouvelle fois Sophie. Malgré la douleur, celle-ci roula sur le côté pour essayer de s'éloigner, tout en balançant un coup de hache vers le chien. L'arme ne fit qu'érafler la bête qui se jeta sur elle. Elle fut bloquée sous la masse du molosse et sentit son haleine fétide sur son visage. Un coup de feu retentit et l'animal s'écroula sur le côté, mort. Hector avait finalement réussit à se dégager et à tuer le chien qu'il avait sur le dos tandis que Thomas avait attendu le bon moment, où il était sûr de ne pas toucher Sophie pour tirer. Il s'élança vers elle, écarta la masse informe et l'aida à se relever. La blessure à l'épaule de Sophie semblait plutôt grave mais ils ne pouvaient pas s'en occuper maintenant. Ce n'était pas encore fini. En effet la télé venait d'annoncer un « Round 3 ». Le dernier pan de mur, sur la droite de la télé, s'éleva alors. Tous étaient près à bondir et à faire face. Tout se passa très vite. Un déclic retentit, la zone explosa. Hector fut projeté à terre, écorché à plusieurs endroits à cause des éclats de pierre. Avec toute la poussière qui s'était rependue dans la salle, il ne voyait pas ses deux compagnons. Il les appela alors et leur demanda si tout allait bien. Et c'est là que le sifflement à ces oreilles attira son attention. Il n'entendait que ce sifflement, pas sa voix. Il porta ses mains à ses oreilles mais celles-ci ne saignaient pas. C'était plutôt bon signe. La poussière commençait à retomber et il remarqua deux formes allongées face contre terre. Il s'approcha de ses acolytes, et voyant qu'ils n'étaient pas conscients, commença à soulever Sophie pour la sortir de la salle, la porte blindée s'étant ouverte. Il ne pouvait même pas envisager le fait qu'ils soient morts. Alors qu'il revenait au sous sol pour récupérer Thomas il vit la télé, grésillante et à moitié détaché du mur, toujours allumée et avec le message « Bien joué, vous pouvez récupérer votre récompense dans le pan de mur à gauche ! » écrit dessus. En effet un carré d'un mètre de côté s'était ouvert sur le mur et une caisse était visible à l'intérieur. Il commença par sortir Thomas et vérifier qu'ils étaient toujours en vie, ce qui étaient heureusement le cas, avant de retourner pour la dernière fois en bas récupérer la caisse d'arme. Il referma la porte blindée en espérant ne plus jamais devoir retourner dans cette maudite salle. La tension étant retombée, il sentait son dos et surtout sa jambe l'élancer. Cette dernière continuait d'ailleurs de saigner et la blessure n'était pas belle à voir. Il s'assit à côté de la demi trousse de soin en leur possession pour désinfecter la plaie et faire un rapide bandage. Ce n'était pas très bien fait mais il avait fait au mieux. Il regarda rapidement l'état de Thomas, qui ne semblait pas trop grave. Une pierre avait du le percuter à la tête car du sang séché était visible sur son crane. Mais ça avait cessé de saigner. Il s'approcha de Sophie et grimaça en voyant ses blessures. En plus de la morsure du chien à l'épaule, elle avait des coupures dues à l'explosion sur tout le corps. Mais surtout son oreille droite saignait. Hector savait qu'au vu des possibilités de soin à portée de main elle avait beaucoup de chance de rester sourde de ce côté là. Il soignait du mieux qu'il pouvait l'épaule de sa sœur, quand Thomas émergea alors en grognant. Il se précipita vers lui en se disant que son ouïe allait déjà mieux vu qu'il l'avait entendu. Il le fit boire, lui demanda comment il allait et l'informa de l'état de Sophie. Il voulut alors absolument la voir mais à peine il se redressa qu'il se rallongea en grognant de douleur. Laissant se reposer son ami, Hector sortit dehors et leva les yeux vers le ciel, qui commençait à s'assombrir. La forêt sombre devant lui craquait et des bruits étrange en sortait. Hector ni fit pas attention, s'accroupit et pleura. Tout ça était trop pour lui. Il était parti pour des vacances et voilà que sa sœur et son meilleur ami pouvaient mourir n'importe quand. Il maudit Exsercratio, le jeu, le destin et beaucoup d'autres choses encore. Il espérait presque que quelqu'un sorte de la foret pour le tuer, pour en finir une bonne fois pour toute. Mais rien ne bougeait dans la forêt et au bout d'une heure, Hector retourna à l'intérieur et s'allongea aux côtés des deux personnes qui comptaient certainement le plus pour lui. Il essaya bien de dormir mais au bout de plusieurs heures il finit par se lever et après avoir vérifié l'état de ses blessures et de celles de Sophie, il s'approcha de la caisse d'armes pour en faire l'inventaire. Il passa rapidement sur les trois pistolets similaires à celui qu'ils possédaient déjà, du stock de balles, des deux longs couteaux de combats, du set de couteaux de lancer et des deux grenades flash. Son regard s'attarda bien plus sur le pistolet mitrailleur, accompagné de deux chargeurs de trente balles et surtout sur la grenade à fragmentation. Sachant qu'il ne dormirait pas il prit un des longs couteaux et un pistolet, les mit à sa ceinture et sortit avec le set de couteau de lancer. Il s'entraîna plusieurs heures jusqu'à ce que le soleil soit haut dans le ciel. A la fin de la séance, il arrivait à toucher une cible fixe assez large à une dizaine de mètres. Ce n'était pas époustouflant mais vu la difficulté qu'il avait eu à seulement planter un couteau dans un arbre, il était plutôt content de lui. En retournant dans le bâtiment, il vit que Thomas était au chevet de sa sœur et que celle ci avait ouvert les yeux. Il s'approcha et c'est à ce moment là qu'il vit qu'elle était en train de pleurer. Il s'accroupit et lui demanda qu'est-ce qu'il se passait. Pour seule réponse elle lui montra du doigt son oreille. Hector comprit qu'il avait malheureusement vu juste quant à l'état de son ouïe. Il tenta de la consoler puis comprenant que Thomas y arriverait bien mieux que lui il prépara rapidement un repas, leur donna puis sortit à nouveau s'entraîner au lancer. Après trois heures d'entraînement, il s'était encore amélioré. Thomas était sorti et le regardait maintenant depuis quelques minutes. D'après lui, Hector semblait plutôt doué, il arrivait maintenant à toucher des cibles de taille humaine, toujours fixes, à presque quinze mètres de distance, même s'il ne touchait presque jamais exactement au même endroit. Hector allait proposer à Thomas d'essayer quand un bruit dans la forêt attira leur attention. Hector était prêt à tirer mais ce qui déboula de la foret lui fit directement baisser son couteau. Une petite fille d'une dizaine d'années courrait dans leur direction et lorsqu'elle les vit, s'arrêta net. Elle regarda autour d'elle et dit : « Vous... Vous allez me protéger, hein ? »

ExsercratioOù les histoires vivent. Découvrez maintenant