— Je n'ai pas du tout envie de le laisser... Je préfère démissionner.
Je venais de le dire, sans réfléchir. D'un ton désespéré, presque enfantin.
— Tu rigoles, j'espère ? s'écrie Mariam, les yeux ronds.
Rebecca, de son côté, lève les yeux au ciel et croise les bras.
— Sierra, tu viens à peine d'être embauchée... dit-elle d'un ton ferme. Ethan n'est pas seul. Je suis là, et en plus, l'immeuble est sécurisé. Rien ne va lui arriver.
— Tu as déjà manqué deux jours, enchaîne Mariam. Je comprends que tu aies peur, mais ça va passer. Petit à petit.
Rebecca soupire bruyamment, visiblement agacée par l'intervention de Mariam. Elle s'approche du lit et tire sans douceur la couverture que j'avais remontée jusqu'au menton.
— Aujourd'hui, tu vas travailler, dit-elle sans appel. Et Ethan reste avec moi.
Elle me prend la main, me tire doucement hors du lit. J'ai résisté une seconde. Puis je me suis laissée faire, vidée.
Ça fait quatre jours que j'ai retrouvé mon fils. Quatre jours depuis que j'ai cru l'avoir perdu pour toujours. Depuis, je ne supporte plus de le lâcher, même une minute.
Mais je dois avancer. Pour lui. Pour moi.
Je repense à ce jour terrible, à l'échange, à la peur. Et à Thomas.
Il a été là. Pas pour lui-même. Pas par fierté. Mais vraiment là.
Tout s'est réglé sans l'aide directe de la police, mais ils n'ont pas abandonné. L'enquête continue. Les autorités cherchent toujours les ravisseurs, pour éviter que cela se reproduise. Thomas a vu un seul homme masqué ce jour-là. Mais il y avait forcément des complices.
Depuis l'incident, Ethan n'a plus mis les pieds à la crèche. Il est autorisé à rester uniquement chez ses grands-parents... ou ici, avec Rebecca.
⸻
Le contraste entre cette anxiété maternelle et mon bureau est brutal.
Je suis dans une grande pièce moderne, remplie de bureaux bien rangés, de chaises en cuir, de plantes bien taillées. Tout le monde semble concentré, absorbé par son écran. On n'entend que le bruit rythmique des claviers et le léger bourdonnement des imprimantes.
Moi, je suis dans un petit coin discret, à mon poste. Sous les ordres.
Mais c'est mon premier jour. Et ça compte.
Chaque heure, je trouve un prétexte pour appeler la maison. Juste pour entendre que tout va bien. Que mon fils est là. Qu'il sourit. Qu'il respire.
Je raccroche. Et au même moment, un message de Thomas s'affiche :
Thomas : Salut ! Tu es où ?
Je réponds rapidement.
Moi : Je suis au boulot. Pourquoi ?
Thomas : Quoi ? Tu rigoles ?
Moi : J'ai commencé un stage aujourd'hui.
Thomas : Et c'est maintenant que tu me le dis ?!
Moi : Oui.
Thomas : Envoie-moi l'adresse et l'heure à laquelle tu finis.
Moi : Je finis à 19h00. Et j'ai une voiture, pas la peine.
Je m'apprêtais à lui envoyer l'adresse, mais avant même d'avoir terminé de taper, ma responsable m'interpelle depuis son bureau vitré :
— Mademoiselle Sierra, votre téléphone. Je veux toute votre attention ici.
Je me fige, gênée.
Je lui adresse un regard d'excuse, envoie rapidement l'adresse à Thomas et pose le téléphone hors de vue.
VOUS LISEZ
Mélange mixte
Fiction Générale"Aujourd'hui, si je partageais cette histoire avec les gens, je suis certaine que 80 % d'entre eux jugeraient ma décision sévèrement, sans comprendre les circonstances dans lesquelles elle a été prise. Il m'a dédaignée, m'a charmée, puis finalement...
