Chapitre 9

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Point de vue de Evie

Je n'ai pas réfléchi longtemps.

Quand Roxanne a prononcé ce prénom — Carlos — je n'ai pas eu besoin d'explication supplémentaire pour savoir que c'était grave. Tout son corps avait parlé à sa place : les doigts crispés, la peau devenue blême, la respiration trop courte... Roxanne n'était pas juste "stressée". Elle était terrifiée.

Et Roxanne, je l'ai connue gamine, ado, adulte. Je l'ai connue insolente, fragile, en colère, amoureuse. Je l'ai connue au bord des larmes et capable de rire une seconde après.

Mais la peur que j'ai vue dans son regard ce soir-là... c'était différent.

C'était la peur de quelqu'un qui sait exactement de quoi l'ennemi est capable.

Alors oui : j'ai pensé à Hunter.

Et j'ai détesté ça.

Parce qu'une partie de moi voulait encore lui enfoncer sa connerie dans le crâne, le secouer, lui hurler qu'il a ruiné le retour de Roxanne en se comportant comme un gorille jaloux.

Mais une autre partie de moi — celle qui est devenue adulte en vivant au milieu des Hells — savait que quand il s'agissait de sécurité, quand il s'agissait de menaces, quand il s'agissait de guerre... Hunter était le seul qui pouvait bouger assez vite.

Et je n'avais pas le luxe de l'orgueil.

Je me tournai vers Ash, qui était resté figé près du mur, comme s'il essayait de ne pas laisser sa colère déborder.

— Ash, dis-je fermement, tu restes avec elle.

Il hocha la tête sans discuter.

— Bien sûr.

Roxanne secoua la tête.

— Evie, non... ne fais pas ça.

Je m'agenouillai devant elle, attrapai doucement ses mains. Ses doigts étaient glacés.

— Rox, je t'aime mais ferme-la deux minutes, d'accord ?

Ses yeux s'écarquillèrent.

Je pris une inspiration.

— Tu n'es plus seule. Tu ne vas pas décider à la place de tout le monde sous prétexte de "protéger". Cette époque est finie.

Elle trembla.

— Evie... tu ne comprends pas.

Je serrai ses mains.

— Tu as raison. Je ne comprends pas. Pas encore. Mais je sais une chose : tu as besoin de nous, même si ça te fait chier.

Elle baissa la tête.

Et dans ce geste, il y avait une sorte d'aveu silencieux.

Je me relevai.

— Je vais au club. Je reviens vite.

— Evie... murmura-t-elle, la voix cassée.

Je me retournai.

— Je reviens, Rox. Je te le promets.

Je n'ai pas attendu une réponse. Parce que si j'avais attendu, j'aurais vu ses yeux humides, et ça m'aurait ralentie.

Et ce soir-là, ralentir, c'était perdre.

Le trajet vers le QG me parut plus court que d'habitude, comme si la route elle-même me poussait à accélérer.

J'avais le ventre noué et les mains serrées sur le volant. La radio était éteinte. Je n'avais besoin de rien d'autre que mes pensées.

Carlos Hernandez.

Hells Angels : HunterOù les histoires vivent. Découvrez maintenant