Chapitre 2

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Point de vue de Roxanne

Revenir à Avalon, c'est comme ouvrir une vieille boîte qu'on avait scellée avec trop de soin.

On croit que le temps a tout rangé à l'intérieur, que les souvenirs se sont calmés, qu'ils ont perdu de leur mordant. Et puis on arrive, on pose un pied sur le bitume familier, on inspire l'air du coin... et tout remonte d'un seul coup. Les voix, les odeurs, les images. Les douleurs aussi.

Je n'avais pas remis les pieds ici depuis huit ans.

Huit ans, c'est long. C'est assez long pour changer un visage, un corps, une voix. Assez long pour apprendre à se taire, à se tenir droite, à masquer ce qu'on ressent. Assez long pour devenir une femme en silence... loin de ceux qui vous ont vue grandir.

Pourtant, quand la voiture a quitté l'axe principal et que j'ai reconnu certains panneaux, certaines rues, l'angle d'un lampadaire, la forme d'un stop rouillé... j'ai eu l'impression absurde que j'étais partie hier.

Je savais exactement où se trouvait le club.
Je savais exactement comment la route tournait.
Je savais même à quel moment la musique commencerait à vibrer dans l'air si on baissait la vitre.

C'était ça, le plus dérangeant : ce lieu n'avait jamais cessé d'exister en moi.

Je m'étais juré que je reviendrais forte. Calme. Inatteignable.

Mais quand j'ai franchi l'entrée de La Rose Rouge, ce soir-là, et que la chaleur du bar m'a enveloppée — mélange d'alcool, de cuir, de tabac froid, de parfum bon marché et de bois ciré — mon cœur a raté un battement.

Parce que malgré les années, malgré les kilomètres, malgré tout ce que j'avais tenté d'enterrer...
c'était toujours chez moi, ici.
D'une manière tordue. Irrationnelle. Indiscutable.

Les garçons m'avaient manqués. Leur façon de parler trop fort. De rire comme des ours. D'exister avec cette brutalité simple qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Même leurs défauts m'avaient manqués. Leur côté "hommes des cavernes", leurs blagues stupides, leurs regards qui évaluent tout et tout le monde.

Et au milieu de tout ça... il y avait Evie.
Ma sœur de cœur.
La seule personne dont l'absence avait fait plus mal que mon départ lui-même.

Je l'avais retrouvée plus tôt dans la soirée — ses bras autour de moi, son rire, cette évidence retrouvée — et pendant un moment, j'avais presque cru que tout allait bien.

Presque.

Parce qu'il restait un point noir dans ce tableau. Un point noir que je sentais comme une ombre au coin de ma vision, peu importe où je regardais.

Hunter.

Je ne l'avais pas vu.

Et ça me dérangeait plus que je ne voulais l'admettre.

Le salon était plein à craquer, la musique assez forte pour faire vibrer les verres, et les gars criaient "Joyeux anniversaire" en chœur comme si c'était une attaque de guerre. Evie riait, brillante, entourée, choyée.

Je voulais être au milieu de tout ça. Faire semblant d'être normale. Faire comme si j'avais toujours été là. Mais mon corps avait ses propres règles.

Quand j'ai senti la pression monter — trop de monde, trop de bruit, trop d'images qui se superposaient — j'ai eu besoin d'air.

Alors j'ai glissé vers l'extérieur, presque sans réfléchir.

Dehors, la nuit était froide, propre, silencieuse en comparaison. Un contraste brutal qui m'a fait du bien. Les étoiles étaient visibles, au-dessus des lumières du club. Quelques-unes seulement, mais assez pour me rappeler qu'il existait un monde plus vaste que cette pièce bondée.

Hells Angels : HunterOù les histoires vivent. Découvrez maintenant