Chapitre 5

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Point de vue de Roxanne

Le moteur de la voiture vibrait sous mes pieds comme un cœur trop rapide.

Je ne parlais pas. Je ne pouvais pas. Chaque fois que j'ouvrais la bouche, j'avais l'impression que quelque chose allait se briser définitivement : soit ma dignité, soit la fragile armure que j'avais construite pendant toutes ces années.

Evie était à côté de moi, tournée vers la fenêtre, mais je sentais sa colère rayonner. Ash, au volant, gardait les deux mains crispées sur le volant comme s'il se retenait de faire demi-tour pour aller casser la gueule de quelqu'un. Personne n'osait combler le silence. Il était trop lourd, trop chargé.

Je regardais défiler les rues d'Avalon, ces mêmes rues que j'avais connues enfant. Les lampadaires, les façades, les carrefours... tout me paraissait à la fois familier et irréel, comme un décor qu'on a aimé mais qu'on ne reconnaît plus tout à fait après des années.

J'avais la gorge serrée.

Ce baiser.

Le contact de ses lèvres.

La douceur presque indécente de ce geste... et l'humiliation brûlante qui l'avait suivi.

Ce n'était pas seulement "Hunter m'a embrassée".

C'était : Hunter s'est permis.
Comme si j'étais encore la gamine d'avant, celle qui rougissait dès qu'il s'approchait, celle qu'il pouvait ignorer ou manipuler d'un regard, celle qui encaissait tout sans broncher.

Et surtout... c'était le rappel brutal de cette vieille sensation : l'impression d'être un jouet entre les mains d'un homme trop puissant.

Mon ventre se noua.

Je secouai légèrement la tête, comme pour chasser l'image.

— Rox... souffla Evie doucement, comme si elle avait peur de me casser. Tu veux que je vienne chez toi cette nuit ?

Je clignai des yeux, surprise. Je n'avais même pas réalisé qu'on arrivait déjà dans mon quartier. L'air dehors semblait différent, plus froid, plus sec. Les maisons étaient plus serrées, plus fatiguées. Les rues moins propres. Mais c'était chez moi.

— Oui, répondis-je simplement. S'il te plaît.

Je n'avais pas envie d'être seule. Pas ce soir.

Ash se gara devant ma maison, et pendant une seconde je ressentis une honte étrange. Ce n'était pas la première fois que je pensais que cette baraque était une ruine... mais la voir avec eux, ce soir, après une fête, après ce chaos émotionnel, la rendait encore plus triste.

La façade avait l'air de s'excuser d'exister.

Peinture blanchâtre devenue grise, briques ébréchées, marches de bois usées, garde-corps grinçant. À l'intérieur, même si on avait déjà commencé les rénovations, l'odeur d'humidité se mélangeait encore à celle de la peinture fraîche.

Je descendis de la voiture en tremblant légèrement, pas seulement à cause du froid.

Evie posa une main sur mon épaule.

— T'es sûre que ça va ?

Je ravalai un rire amer.

— Non.

Elle ne posa pas plus de questions. Et pour ça, je lui en fus infiniment reconnaissante.

On entra.

Je refermai la porte derrière nous, et ce simple "clic" fut comme une clôture posée sur le monde extérieur. Comme si, ici, Hunter ne pouvait pas me toucher. Comme si, ici, je pouvais respirer.

Hells Angels : HunterOù les histoires vivent. Découvrez maintenant