Chapitre cinq

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 Pandore

Je déboule dans la salle Trauma 3, le souffle court, déjà en train d'attacher mes cheveux tout en attrapant une paire de gants au mur. Une infirmière m'intercepte à mi-chemin, referme ma blouse d'un claquement sec pendant que je bouge encore. Mes baskets crissent sur le carrelage. L'air est saturé d'antiseptique, de sang, et d'adrénaline.

— Qu'est-ce qu'on a ? je demande, le ton sec, mes yeux déjà braqués sur le patient.

Marc lève les yeux depuis la tête du lit. Son regard est assombri par les néons. Il a du sang jusqu'aux coudes.

— Homme non identifié. Balle dans l'abdomen et dans l'épaule droite. Arrêt cardiaque dans l'ambulance. On a récupéré une circulation spontanée après quatre-vingt-dix secondes, une dose d'adré.

Je contourne la table.

L'homme sur le brancard est massif. Un mètre quatre-vingt-dix minimum. Plus de cent kilos de muscle dense. Des tatouages s'étalent sur son torse en lignes symétriques, délibérées — ni gang, ni militaire. Autre chose.
Il est torse nu, trempé de sang. Son pantalon a été découpé à moitié, le tissu collé à des caillots séchés.

Je repère les points d'impact. Une balle dans l'épaule droite, nette, transfixiante. L'autre, dans le flanc gauche, juste sous les côtes. Pas de point de sortie. Pas d'hémorragie externe évidente. Ce qui veut dire une chose :

— Ça se remplit à l'intérieur, je murmure. Hémopéritoine probable. FAST en urgence.

Les infirmiers sont déjà en mouvement — ciseaux, électrodes, moniteurs, tension automatique qui bippe. L'écho se lance avec un grondement sourd.

— Il est intubé, ajoute Marc en restant près de la tête. Propofol et vécuronium. Constantes instables. Fréquence cardiaque à 240 et ça monte.

— Tachycardie à complexes larges ?

— Ouais. Limite torsade.

— Respiration ?

— Le ventilo est à douze. Il est synchro.

J'attrape la sonde d'écho, j'étale le gel, et je la glisse sous le sternum, dans la fenêtre sous-xiphoïdienne. L'écran s'allume en noir et blanc, granuleux mais lisible.

— Là, je dis, tendue. Tamponnade. Regarde ce liquide.

La bande noire sur l'image entoure le cœur — du sang, coincé dans le sac péricardique. Pas rapide. Pas sous pression. Juste là, qui compresse. Le muscle cardiaque bat encore, mais mal. Chaque contraction est plus faible que la précédente.

Physiologie de tamponnade. Typique.

Pas assez de précharge. Les ventricules ne peuvent pas se remplir. Le sac l'étrangle en temps réel. Il meurt d'asphyxie interne.

— Il n'arrivera jamais vivant au bloc comme ça. On décompresse ici. Apportez une aiguille rachidienne et une 18G.

— Le bloc se prépare, lance une infirmière au fond, téléphone calé à l'épaule. Ils le prennent dans cinq minutes.

— Trop long, je claque.

On va vite. Le plateau arrive à ma droite, déjà prêt. Je décapsule l'aiguille rachidienne, fixe la seringue. L'image vacille, le cœur tremble dans sa prison de liquide. Je cale la sonde avec la main gauche, ajuste l'angle.

Puis j'insère l'aiguille.

Lentement. Contrôlée. Parallèle au plan sous-xiphoïdien.

Chaque millimètre compte. Trop haut, je rate le sac. Trop profond, je touche le myocarde. Mes yeux restent vissés à l'écran. La ligne fine du péricarde s'approche.

Le sang des RoisDes histoires addictives. Découvrez maintenant