Chapitre dix

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Arès

Je les dévisage, stupéfait.

Hermès et Aphrodite.

Des dieux. Ici. Dans une chambre d'hôpital qui sent encore l'antiseptique et le sang.

Une douzaine d'émotions me traversent, trop rapides pour les saisir — surprise, soulagement, confusion — et, sous tout ça, cette vieille compagne constante : la rage. Hermès soutient mon regard avec une sorte de pitié tranquille, les mains jointes, la posture décontractée. Aphrodite se tient à ses côtés.

Aphrodite.

Son nom me frappe plus fort qu'une balle.

Elle ne croise pas mon regard. Bien sûr que non. Elle a peur de ce qu'elle y verrait — la trahison, la fureur. Et elle a raison. Je sais qu'elle la ressent.

C'est elle qui m'a appris ce que la trahison signifie.

Hermès parle le premier.

— On doit parler.

Une brise froide parcourt la pièce, bien que la fenêtre soit fermée. Je la sens. Quelque chose a changé. Je jette un coup d'œil vers le couloir. Vide. Pas un bruit de pas. Pas un murmure. Juste le silence.

Évidemment. Les mortels se sont éclipsés. Une part d'eux sait toujours quand des dieux entrent dans la pièce.

Aphrodite hoche la tête, toujours silencieuse. Je ne la quitte pas des yeux.

Ça fait des années que je ne l'ai pas vue sous forme humaine. Elle est aussi parfaite que jamais — radieuse, gracieuse, d'une beauté impossible. Ça me dégoûte presque. Comme regarder une œuvre d'art mentir.

Autrefois, j'aurais brûlé des villes pour elle.

Maintenant, je les regarderais brûler avec elle à l'intérieur.

Je serre les poings.

— Il était temps, je gronde, la voix rauque.

Ils doivent être là pour l'Olympe.

Pour la punition qu'ils m'ont infligée comme une malédiction transmise en silence. Pour la sentence qui m'a laissé saigner dans des ruelles pendant que le monde oubliait mon nom. Peut-être sont-ils venus me traîner de force, brisé, dépouillé de mon titre, sans trône sous mes pieds, sans guerre à mener. Peut-être pensent-ils que je supplierai pour récupérer ce qu'on m'a volé. Peut-être pensent-ils que je ramperai.

Qu'ils essayent.

Ma mâchoire se contracte, assez fort pour faire mal. Mes mains s'enroulent dans les draps comme s'il s'agissait de gorges.

J'étais l'un des Douze. Né du pouvoir. Forgé dans la bataille. J'ai saigné pour cette montagne. Pour cette famille. Pour lui.

Et voilà ce que j'en retire ?

Un exil dans une enveloppe mortelle et une balle dans le ventre ?

Je devrais réduire l'Olympe en cendres, pas pourrir dans un lit d'hôpital.

Mais un autre visage traverse mon esprit.

La docteure.

Pandore.

Ça vient sans invitation. Sans contrôle.

Son nom me frappe la poitrine plus fort que la colère de mon père. Une seule image, trop vive pour l'ignorer — ces yeux, cette voix. Ces mains fermes tachées de mon sang. Le feu tranquille derrière ses ordres.

Et soudain, plus rien d'autre n'a d'importance.

Pas l'exil. Pas la balle. Pas l'avertissement qui va sûrement sortir de leurs lèvres.

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