16. Boucler la boucle

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Peace et moi sommes postés à l'entrée de la ville, immobiles, personne n'osant faire le premier pas.

« Et si... et si c'était une mauvaise idée ? me dit-elle. Et s'ils nous avaient... oublié ?

- Tu rigoles ? Personne ne peut t'oublier, Peace. Je suis bien placé pour le savoir. Quant à moi... ma famille m'a bien fait comprendre qu'ils étaient inquiets, vu que je suis recherché dans toute la région. 

- Oui... tu as sans doute raison.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? Je ne te reconnais pas. Toi d'habitude si sûre de toi, tu as l'air d'une enfant qui fait son premier jour d'école. »

Elle lâche un soupir.

« Je ne sais pas. Avec le temps tu as fini par me connaître, Tonino, tu sais que tout ça n'est qu'une apparence, qu'une façade. Je veux juste... me sentir supérieure pour que personne ne puisse me rabaisser. Et ça marche, la grande majorité du temps. Mais là... Je me rends compte de l'impact de mes actes. Sur toi, sur Noa, sur ma mère... Comment va-t-elle réagir quand elle me verra ? Elle sera heureuse, je le sais, mais tellement déçue de moi, tellement en colère. J'ai l'habitude de laisser penser que je m'en fous des avis des autres mais ma mère... c'est différent. Tout ça... j'ai honte de moi. Et c'est un sentiment tellement désagréable. Je l'expérimente pour la première fois et j'aurais préféré ne jamais le connaître.

- Ce n'est peut-être pas plus mal ; tu sais, je t'ai toujours considérée comme au dessus du commun des mortels. Et là... je pense qu'on redescend tous les deux sur terre petit à petit et qu'on se rend compte que tu restes humaine, comme tout le monde. Ce n'est plus la peine de camoufler tes émotions ; tu peux être toi-même, assumer tes faiblesses, rire, pleurer, avoir peur, douter... Je sais que c'est nouveau pour toi. Mais si cette fugue m'a bien appris une chose, c'est qu'on est tous humains, même toi : on commet tous des erreurs, plus ou moins explicables et pardonnables, mais chacun mérite une chance de rédemption. Et il est temps pour toi d'avoir la tienne. »

Elle me dévisage, son regard de braise planté dans le mien. Et elle m'embrasse. Ce baiser a un goût étrange, comme s'il ne signifiait plus rien ; comme un au revoir.

Elle s'écarte de moi.

« Ce n'est plus pareil pas vrai ?

- Comment ça ?

- Nous deux.

- Il n'y a plus de "nous deux", Peace.

- Je m'en doutais, souffle-t-elle d'une voix douce. Quand j'ai vu la manière dont vous vous regardiez, toi et mon frère... j'ai compris que je ne t'avais jamais vraiment aimé. Je m'accrochais à toi parce que j'avais besoin de ce rocher d'amour que tu représentais. J'avais besoin de me sentir aimée et soutenue inconditionnellement. Et toi...

- Je t'aimais pour ce que je croyais que tu étais. J'avais une image tellement parfaite de toi, l'Impératrice, dont je rêvais tant. Tu étais plus un fantasme, une obsession, qu'un réel amour. Je me suis rendue compte lors de cette aventure que je ne te connaissais pas tant que ça. Toutes tes fêlures... j'aurais aimé pouvoir les réparer, mais j'en aurais été incapable. Parce que c'est à toi de le faire. Et tu n'as jamais voulu.

- On s'est tous les deux bien plantés, pas vrai ? dit-elle en souriant tristement.

- Je ne trouve pas. On a tous les deux bien grandi. Ce qu'on se dit là, on ne l'aurait jamais dit avant. On a évolué, à notre manière. On n'est plus des enfants ; il est temps qu'on reconstruise cette ville qu'on a tant fait souffrir. Et autre chose...

- Oui ?

- Je suis désolée pour ton enfant. J'ai conscience que c'est moi qui aurait dû être là pour toi ce jour-là. Je n'imagine pas ce que tu as dû vivre. »

Peace and LoveOù les histoires vivent. Découvrez maintenant