8. Avis de recherche

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Ce sont des bruits de pas qui me réveillent. Quand j'ouvre mes yeux bouffis par le sommeil, la réalité me frappe. Je n'ai aucune idée de combien de temps j'ai dormi, mais la situation ne s'est pas améliorée. J'entends les bruits de pas se rapprocher, mais je suis trop faible pour tenter de fuir, ou au moins me cacher. Quand je vois un groupe de randonneurs sortir de l'ombre, je suis immédiatement soulagé : ce n'est ni un chasseur, un garde forestier, ou pire des policiers. Mais le groupe me regarde avec des yeux ronds. Tentant de paraître normal, je leur adresse un grand sourire et tente de les saluer mais mon sourire est tellement forcé qu'il m'arrache les joues, et ma bouche est tellement sèche que je suis incapable d'émettre un son.

Je m'assois tant bien que mal, essayant de reprendre une contenance. Il est trop tard pour m'enfuir ou faire comme si de rien n'était. Les randonneurs se dirigent vers moi ; au plus profond de moi je prie pour qu'ils ne soient pas français, ou au moins qu'ils n'aient pas regardé les actualités. Un homme se détache du groupe et me demande :

« Bonjour ? Tout va bien ? »

C'est dingue ces gens qui parlent toujours sur le ton de l'interrogation. Il a un fort accent, mais parle français, ce qui ne m'avance pas beaucoup.

« Bonjour, oui... tout va bien. Je... j'attendais quelqu'un et... je me suis endormi. »

Pire explication du siècle. Si Noa/Simon avait été là il se serait bien foutu de moi.

« Vous êtes sûrs qu'il n'y a pas de problème ?

- Oui, sûr.

- Vos parents sont quelque part ?

- Oui, oui. Je... j'attends un ami. »

C'est ce moment-là que choisit mon ventre pour gargouiller. Le randonneur me toise avec suspicion. Je dois être dans un sale état, entre mes vêtements sales et déchirés, mes blessures, et mon traître d'estomac qui réclame à manger, ça m'étonnerait qu'il croie à mon histoire.

« Nous séjournons dans un hôtel pas loin, on peut vous y emmener si vous voulez manger un bout. Il y a une pharmacie pas loin, pour vos plaies. »

Donc je suis moins loin de la civilisation que je le pensais. J'ai couru combien de temps dans la forêt, déjà ? Maintenant que je me rappelle, je me rends compte que je suis allé tellement loin que je me suis rapproché d'un village voisin. Bonne ou mauvaise nouvelle ? De toute façon je n'ai pas le choix. Si je refuse ils vont se méfier encore plus. A moi de leur prouver que je ne suis pas Mowgli ou un fugueur, mais réellement un pauvre con qui s'est endormi dans l'herbe en attendant son pote...

Sur le trajet, j'apprends que ce sont des touristes allemands passionnés de bleds paumés et de randonnées. Le reste du groupe ne parle qu'allemand mais le guide, celui à qui j'ai parlé, partage son temps entre la France, l'Allemagne et la Suisse. J'évite de poser des questions, je n'ai pas envie qu'on m'en pose en retour.

En arrivant à l'hôtel, une sorte de chalet tout en bois et briques, je me paie le privilège de boire un chocolat chaud et de manger un sandwich. C'est à la fois pour faire bonne impression, mais surtout parce que je crève réellement de faim. Je continue à les baratiner avec cette histoire d'ami qui va arriver. Je ne pense pas qu'ils me croient mais autant jouer le jeu jusqu'au bout. Dès que je pourrai leur fausser compagnie, je profiterai de l'occasion et je m'enfuirai dans un endroit où je pourrai réfléchir seul et en sécurité. Avant de partir je passe par les WC, tout en écoutant distraitement le brouhaha de la cafétéria. Soudain, j'entends un flash spécial à la télévision : « disparu depuis hier soir, le jeune Tonino... » Derrière la porte des cabinets, le bruit des conversations s'est tu. Merde, merde, merde. Je n'ai que quelques secondes pour agir. Je regarde autour de moi, paniqué. Le cabinet est minuscule et seule une petite lucarne tout en haut du mur donne accès à l'extérieur. J'ouvre la porte à la volée pour me retrouver face à l'entrée des WC, avec les lavabos. Par chance, personne n'est là ; un brouhaha s'élève hors des toilettes, alors qu'ils doivent être en train de me chercher. Tout est une question de rapidité : ils vont bien finir par fouiller les toilettes. Il y a une fenêtre un peu plus grande que l'autre, mais elle est assez haute ; ni une ni deux, je grimpe sur un lavabo et tente tant bien que mal de passer par la petite ouverture. Je mets tout mon poids en avant et bascule... dans un rosier. Fabuleux, il ne manquait plus que ça. Le buisson dans lequel j'ai atterri se trouve sur une petite parcelle de terre, près de la terrasse. Par chance, personne ne s'y trouve à cette heure-ci, à part quelques fumeurs qui ne me prêtent pas attention.

Peace and LoveOù les histoires vivent. Découvrez maintenant