12. Les liens du sang

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Une soirée d'été, dans un jardin désert. Une jeune fille est assise sur un banc, elle semble attendre. Autour d'elle l'herbe est jaune, grillée par le soleil ; la brise emporte la chaleur étouffante et laisse place à une fraîcheur agréable. De fragiles coquelicots borde un chemin de graviers, et se balancent doucement, sous le chant des cigales. Soudain, la nature semble ployer sous un pas rapide. La jeune fille lève les yeux ; son regard de braise se pose sur le garçon qui avance vers elle.

« Salut.

- Salut. »

Le garçon est de taille moyenne, les cheveux en bataille, les genoux cagneux. Une cicatrice s'étend sur sa tempe, son regard est fuyant : on sent qu'il cherche à s'imposer, mais la fille ne semble pas être impressionnée. Elle l'a déjà vu plusieurs fois ce garçon, à chaque fois dans des circonstances étranges : la première fois il l'a charmée, pour ensuite lui planter un couteau dans le dos ; la deuxième fois c'est dans le ventre qu'il l'a poignardée. Pourtant c'est elle qui a demandé à le voir. Pour elle c'est comme si elle le rencontrait pour la première fois : elle ne le connaît pas tant que ça après tout ; et pour cause, ils sont censés être pires ennemis. Mais un autre lien les réunit : un lien bien plus fort que la haine qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Un lien qu'ils ne pourront jamais briser.

« Cela fait longtemps, hein ? »

Effectivement, cela fait longtemps.

« Je ne pensais pas que tu viendrais.

- Et pourtant je suis là, devant toi. »

Ils se toisent. La fille se lève et plante son regard dans le sien. Elle est plus petite, mais elle semble être maîtresse de la situation alors que le garçon a l'air plus faible, fatigué... presque inquiet.

« Je suis là pour te proposer un marché, dit-elle.

- Un marché ? ricane-t-il. Et en quel honneur ?

- Tu sais aussi bien que moi le pouvoir que nous avons sur cette ville. Et nous nous le disputons depuis un bon moment. Mais ce pouvoir, nous l'avons chacun utilisé pour détruire l'autre. Et nous n'avons pu que constater les dommages collatéraux. Alors je suis venue te proposer quelque chose : la paix. »

Le jeune homme ouvre de grands yeux, puis part dans un rire gras et amer.

« Tu ne crois pas qu'il est un peu trop tard ?

- Il n'est jamais trop tard, reprend la fille, impassible. Nous avons déjà fait trop de mal à cet endroit et à ses habitants. Et j'en ai assez. Je n'ai jamais souhaité de mal à tous ces innocents que notre guerre stupide a massacré. Je voulais changer le monde, et au lieu de ça je l'ai brisé. Je ne veux plus démolir, je veux reconstruire.

- Et comment comptes-tu t'y prendre ? Tu sais aussi bien que moi que nous avons atteint le point de non-retour.

- Pas sûr. J'ai eu une idée.

- Laquelle ?

- Tu as déjà vu ou lu Harry Potter ? Dans l'histoire, c'est comme si nous étions Harry et Voldemort. L'un de nous ne peut pas vivre tant que l'autre survit.

- Tu veux que l'un de nous...

- ... se sacrifie. C'est la seule solution. »

Il se remet à rire.

« Et tu t'attends à ce que ce soit moi ? Tu crois vraiment que je vais accepter de mourir pour toi, tes beaux yeux et cette ville qui ne vaut plus rien ?

- Je ne parle pas de mourir. Je parle de partir.

- Quoi ?

- L'un de nous doit quitter la ville et remettre ce qui lui appartient à l'autre. Ce dernier doit alors s'engager à tout faire pour faire renaître cette ville de ces cendres. »

Peace and LoveOù les histoires vivent. Découvrez maintenant