Le temps passe. Seize jours sont passés. Seize jours durant lesquels je me lève comme un zombie, je marche comme un cadavre, je peins comme l'ombre de moi-même, je regarde la télévision le regard vide et je m'allonge sur mon lit comme un fantôme. Pourquoi je n'arrive plus à reprendre goût à la vie ? C'est la question que je pose chaque soir assise dans mon canapé entre un paquet de céréales et une bouteille de téquila. Mon index gauche rayonne sous le soleil d'août. Seize jours sans aucun message, aucune nouvelle. Rien.- Bouge ton cul, Sinaï, tu vas devenir comme le Pokémon tas de morve.
Ouais, elles essayent mais ça rentre d'une oreille et ça ressort par l'autre. Les filles s'installent sur le canapé et enlèvent mes précieux amis pour les déposer sur la table.
- Qu'est-ce que tu veux faire ? Sortir en boîte, aller au restaurant, dans un musée, à une vente aux enchères, prendre de la drogue ?
- Mila ! l'interpelle Maya.
- Quoi ? Autant qu'elle se défonce une bonne fois pour toute.
L'idée me fait sourire. Je ne sais pas si c'est la clé mais allons-y. Je n'en ai consommé qu'une seule fois dans ma vie. Est-ce que la drogue va me permettre d'oublier ces deux semaines en compagnie de Nate ? La semaine avec Kate ? Les intrusions de Peter ? Je l'espère.
- Ok pour la drogue. je réponds.
- Parfait ! Va te doucher et t'habiller.
Je veux les oublier parce qu'en ce moment, je n'ai pas envie de me repasser le film incessant de mon mariage, de Kate comme ma témoin, de Peter dans le rôle du marié. Je veux oublier Nate quand il s'invite dans mes rêves et que je me revois dormir dans les draps qui sentent son odeur et sont encore chaud de son départ récent, porter son tee-shirt ou pire... l'épisode de la cave. Celui-là est à bannir de mes souvenirs.
Donc je me lève sous le tic tac incessant et beaucoup trop régulier de l'horloge. Je me dirige à pas lent vers la douche. Ce soir, je m'autorise un écart. Je veux tout oublier alors je vais me droguer et boire jusqu'à ne plus penser et s'il faut que je finisse dans un coma éthylique, et bien tant pis parce que le trou béant dans mon ventre à besoin d'être comblé.
Je sors de la douche, attrape le premier pantalon et le premier tee-shirt à bretelles. Le mois d'août est insupportable. Je ne sais pas ce qui est pire entre Rome et New York. Je prends une veste tailleur et y glisse mon portable avec une carte de crédit cachée dans la coque. Je prends une paire d'escarpins noirs, les louboutins que Nate m'a achetés. Comment elles sont arrivées ici ? Je ne sais pas mais ce soir je compte bien les ruiner. Je sors de ma chambre, complètement changé. Dans le miroir, je peux voir le trait de liner doré, le rouge à lèvre carmin que j'ai pris soin de mettre sous l'insistance de Mila.
- Bon, on a Eryne, la drogue et l'alcool. On va où ?
- Dans un jardin.
On hoche la tête sous la réponse de Ashley. Je claque la porte derrière moi et cache les clés sous une lame de parquet sous le paillasson. Au moins, je ne les perdrais pas pendant la soirée. Peu importe dans quel état je finis. On descend les escaliers, longe Everit Street avant d'arriver au Emily Warren Roebling Plaza. Un parc avec une petite parcelle d'herbe et une vue sur New York. Ça a toujours été notre repère de soirée. On s'installe sur le bord, proche de l'eau et j'ouvre les hostilités en commençant la bouteille de téquila neuve.
Je suis loin de ma première gorgée de la soirée et je suis sûrement déjà légèrement ivre. Mila, Ashley et Maya s'installent à côté de moi et on regarde l'autre rive illuminée dans la nuit. Mila nous fait passer le joint qu'elle allume. Tout en inspirant, je songe à Rome.
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[L.1] LOVE & ART
RomanceL'art est à la fois simple et complexe. L'art retrace une histoire. L'art est fait de tragédies, de sentiments. L'art est à la fois visuel et tactile. Eryne Dumas a fait le choix d'être artiste. Elle n'invente rien, elle ne créée pas de ses mains, e...